LA SANTÉ AVANT TOUT · Psychologie
TROUBLE BIPOLAIRE
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Le trouble bipolaire est un trouble de l’humeur caractérisé par l’alternance d’épisodes au cours desquels l’humeur, l’énergie et le niveau d’activité se modifient de manière importante. Il peut comporter des épisodes maniaques ou hypomaniaques et, selon les formes, des épisodes dépressifs.
Dans le langage courant, le mot « bipolaire » est parfois utilisé pour désigner quelqu’un qui change rapidement d’avis, passe de la bonne humeur à l’irritation ou semble émotionnellement imprévisible. Cette utilisation entretient une confusion importante.
Nous pouvons tous connaître des variations d’humeur au cours d’une journée. Une bonne nouvelle nous réjouit, une contrariété nous agace, la fatigue nous rend moins patients. Ces changements ordinaires ne constituent pas un trouble bipolaire.
La bipolarité ne signifie pas simplement avoir des hauts et des bas : elle concerne de véritables épisodes qui modifient significativement l’humeur, l’énergie, le comportement et le fonctionnement de la personne.
Les épisodes plutôt que les changements d’humeur ordinaires
Pour comprendre le trouble bipolaire, la notion d’épisode est essentielle.
L’humeur ne change pas seulement pendant quelques minutes en réaction aux événements. Un ensemble de modifications apparaît et se maintient suffisamment pour produire un fonctionnement inhabituel par rapport à celui de la personne.
Le sommeil peut changer, l’énergie augmenter considérablement, les pensées s’accélérer, le comportement devenir inhabituellement expansif ou impulsif. À d’autres périodes, une dépression peut entraîner ralentissement, perte d’intérêt, fatigue et profond découragement.
Entre les épisodes, certaines personnes retrouvent un fonctionnement beaucoup plus proche de leur état habituel.
Le trouble ne se présente cependant pas exactement de la même manière chez tout le monde. La fréquence, la durée, l’intensité et la nature des épisodes peuvent varier considérablement.
L’épisode maniaque
La manie correspond à une modification importante et persistante de l’humeur et du niveau d’énergie.
La personne peut se sentir exceptionnellement euphorique, puissante ou enthousiaste, mais l’humeur peut également être principalement irritable.
Le besoin de sommeil peut diminuer fortement sans que la personne se sente immédiatement fatiguée. Elle parle davantage ou plus rapidement, ses pensées semblent se succéder à grande vitesse et elle peut entreprendre de nombreux projets simultanément.
La confiance en soi peut devenir très élevée, parfois jusqu’à une surestimation considérable de ses capacités.
Des comportements inhabituels peuvent apparaître : dépenses importantes, décisions financières risquées, engagements irréalistes, comportements sexuels inhabituels, conduite dangereuse ou projets disproportionnés.
Dans les épisodes sévères, le jugement peut être profondément altéré et des symptômes psychotiques peuvent apparaître.
La manie ne doit donc pas être confondue avec une période de grande motivation ou quelques jours particulièrement productifs.
L’hypomanie
L’hypomanie présente certaines caractéristiques proches de la manie, mais avec une intensité moindre.
La personne peut avoir davantage d’énergie, dormir moins, parler davantage, multiplier les idées et se sentir particulièrement efficace ou sociable.
Cette période peut même être vécue agréablement.
C’est précisément ce qui peut rendre l’hypomanie difficile à identifier.
Pourquoi considérer comme un problème une période pendant laquelle on se sent enfin énergique, créatif et capable de réaliser énormément de choses ?
Parce que l’important n’est pas uniquement de savoir si l’état est agréable. Il faut également observer le changement par rapport au fonctionnement habituel, sa durée, les comportements qui l’accompagnent et l’ensemble de l’évolution de l’humeur.
L’hypomanie n’entraîne pas le même degré de désorganisation que la manie, mais elle possède une importance considérable dans l’identification de certaines formes de trouble bipolaire.
Les épisodes dépressifs
Le trouble bipolaire peut également comporter des épisodes dépressifs.
Ils peuvent associer tristesse profonde ou sensation de vide, perte d’intérêt et de plaisir, fatigue, ralentissement, difficultés de concentration, modifications du sommeil ou de l’appétit, culpabilité et sentiment de dévalorisation.
Pour certaines personnes, ce sont précisément les périodes dépressives qui provoquent le plus de souffrance et les conduisent à consulter.
Cela peut compliquer l’identification du trouble lorsque les épisodes d’élévation de l’humeur n’ont pas été reconnus ou n’ont jamais été considérés comme problématiques.
Une personne peut facilement signaler : « J’ai connu plusieurs dépressions » sans penser à mentionner une période antérieure durant laquelle elle dormait très peu, travaillait continuellement et se sentait exceptionnellement puissante.
L’histoire complète de l’humeur devient donc particulièrement importante.
Trouble bipolaire de type I et de type II
L’expression « trouble bipolaire » regroupe plusieurs situations.
Dans le trouble bipolaire de type I, la présence d’au moins un épisode maniaque constitue un élément central. Des épisodes dépressifs peuvent également survenir, mais ils ne sont pas nécessaires pour comprendre la définition fondamentale de cette forme.
Dans le trouble bipolaire de type II, la personne connaît des épisodes hypomaniaques et des épisodes dépressifs majeurs, sans avoir présenté d’épisode maniaque complet.
Le type II ne doit pas être considéré comme une version simplement « légère » du type I. Les épisodes dépressifs peuvent être sévères et provoquer une souffrance importante.
D’autres formes et évolutions existent également, ce qui explique pourquoi la bipolarité ne peut pas être résumée à une seule succession prévisible d’euphorie et de dépression.
Les épisodes mixtes
La réalité peut être plus complexe que l’image d’une alternance parfaitement nette entre une phase « haute » et une phase « basse ».
Certaines périodes associent des caractéristiques qui semblent appartenir à des directions opposées.
Une personne peut présenter une énergie importante tout en ressentant une profonde détresse. L’agitation peut coexister avec des pensées très sombres. Une accélération mentale peut accompagner une humeur douloureuse plutôt qu’une euphorie.
Ces situations sont particulièrement importantes parce qu’elles montrent que l’humeur humaine ne se range pas toujours dans deux cases parfaitement séparées.
Le terme « bipolaire » ne signifie donc pas que la personne bascule mécaniquement entre deux états simples.
Sommeil, énergie et rythme de vie
Le sommeil occupe une place particulièrement importante dans le trouble bipolaire.
Pendant certains épisodes d’élévation de l’humeur, le besoin de sommeil peut diminuer de manière spectaculaire.
Il ne s’agit pas simplement d’une personne qui dort peu et se sent épuisée le lendemain. Elle peut dormir très peu tout en se sentant pleine d’énergie.
Les perturbations du rythme veille-sommeil peuvent également accompagner ou précéder certaines modifications de l’humeur.
Observer les changements inhabituels de sommeil, d’énergie et d’activité peut donc apporter des informations importantes sur l’évolution du fonctionnement.
Cela ne signifie évidemment pas que quelques nuits courtes annoncent automatiquement un épisode bipolaire. Les troubles du sommeil sont extrêmement fréquents et possèdent de nombreuses causes.
C’est leur association avec d’autres changements significatifs qui prend son sens.
Quand l’état paraît meilleur que la normale
L’une des difficultés particulières de la bipolarité est que certains épisodes ne sont pas immédiatement vécus comme une souffrance.
Une personne en phase d’élévation peut se sentir plus intelligente, plus créative, plus sociable ou plus productive que jamais.
Son entourage peut être inquiet alors qu’elle-même considère qu’elle va exceptionnellement bien.
Toute tentative de ralentissement peut alors être perçue comme une incompréhension ou une volonté de l’empêcher de profiter enfin de ses capacités.
Il faut pourtant distinguer un véritable épanouissement d’une modification pathologique de l’humeur.
Une augmentation spectaculaire de l’énergie associée à une forte réduction du sommeil, à des décisions inhabituelles et à une perte progressive du jugement n’est pas simplement une excellente période de productivité.
Les conséquences peuvent apparaître après l’épisode
Pendant une période d’élévation de l’humeur, certaines décisions semblent parfaitement raisonnables à la personne.
Leurs conséquences deviennent parfois évidentes plus tard.
Dettes, engagements impossibles à tenir, conflits professionnels, ruptures relationnelles ou comportements risqués peuvent laisser des traces lorsque l’humeur revient vers son niveau habituel.
La personne peut alors éprouver honte et culpabilité devant ce qu’elle a fait.
Il est important de reconnaître simultanément deux réalités : certains comportements ont réellement eu des conséquences, mais ils ont également eu lieu dans le contexte d’un épisode ayant pu altérer fortement le jugement.
Comprendre le trouble ne fait pas disparaître les conséquences. Cela permet néanmoins d’éviter de transformer toute l’identité de la personne en jugement moral fondé sur ce qu’elle a fait pendant ses périodes les plus difficiles.
Bipolarité et créativité
La relation entre bipolarité et créativité est souvent romantisée.
Certaines personnes présentant un trouble bipolaire sont effectivement très créatives, comme le sont également de nombreuses personnes qui ne présentent pas ce trouble.
Des périodes d’énergie accrue peuvent parfois donner l’impression d’une production exceptionnelle.
Mais présenter la manie ou l’hypomanie comme une source nécessaire de génie peut devenir dangereux.
Les épisodes peuvent également désorganiser la pensée, rendre les projets irréalistes, compromettre leur réalisation ou provoquer des conséquences graves.
La créativité appartient à la personne.
Elle ne doit pas être automatiquement attribuée à son trouble.
Une personne n’est pas « bipolaire » à chaque émotion
Une personne présentant un trouble bipolaire continue évidemment à vivre les émotions ordinaires de tout être humain.
Elle peut être contrariée le matin et joyeuse le soir sans que cela constitue un épisode.
Elle peut se mettre en colère pour une raison parfaitement compréhensible, être enthousiaste devant une bonne nouvelle ou connaître une mauvaise journée.
Une fois le diagnostic connu, l’entourage peut être tenté d’interpréter chaque changement d’humeur à travers lui.
« Tu es énervé : est-ce que tu repars en phase ? »
Cette surveillance permanente peut devenir pesante et priver la personne du droit d’avoir des émotions ordinaires.
Le diagnostic aide à comprendre certains épisodes. Il ne doit pas absorber toute la personnalité et toute la vie émotionnelle.
Pourquoi le diagnostic peut être complexe
Plusieurs difficultés psychologiques ou médicales peuvent produire certains symptômes ressemblant à des éléments du trouble bipolaire.
Des épisodes dépressifs peuvent naturellement conduire à envisager d’abord une dépression. Certaines consommations ou certains médicaments peuvent modifier l’humeur et l’activité. D’autres troubles psychologiques peuvent également comporter impulsivité, instabilité émotionnelle ou troubles du sommeil.
C’est pourquoi la simple alternance entre « je vais bien » et « je vais mal » ne permet pas de conclure à une bipolarité.
L’histoire des épisodes, leur durée, leur intensité, les modifications du sommeil et de l’activité, leurs conséquences et les éventuelles périodes de manie ou d’hypomanie doivent être examinées dans leur ensemble.
Un questionnaire en ligne ne peut pas remplacer cette évaluation.
Vivre entre les épisodes
La bipolarité ne se résume pas aux périodes de crise.
Il existe aussi toute la vie qui se déroule entre elles.
Certaines personnes connaissent de longues périodes de stabilité pendant lesquelles elles travaillent, aiment, créent, élèvent leurs enfants et poursuivent leurs projets.
Après plusieurs épisodes, elles peuvent cependant développer une peur permanente de la rechute.
Une journée très productive devient suspecte. Une mauvaise nuit inquiète. Un enthousiasme inhabituel déclenche immédiatement la question : « Est-ce que ça recommence ? »
Apprendre à connaître ses propres signes sans transformer chaque variation en alarme constitue alors un équilibre important.
Le trouble mérite une attention réelle, mais il n’a pas besoin d’occuper mentalement chaque minute de la vie.
Quand demander de l’aide ?
Une évaluation professionnelle est particulièrement importante lorsqu’apparaissent des périodes inhabituelles d’augmentation importante de l’énergie, de réduction du besoin de sommeil, d’accélération des pensées, de comportements impulsifs ou de sentiment de puissance, surtout lorsqu’elles alternent avec des épisodes dépressifs.
Une aide rapide est nécessaire lorsqu’un épisode entraîne des comportements dangereux, une perte importante du jugement, des symptômes psychotiques ou un risque pour la personne ou son entourage.
Les épisodes dépressifs accompagnés d’idées suicidaires nécessitent également une prise en charge immédiate.
Le trouble bipolaire fait partie des situations pour lesquelles l’évaluation médicale et psychiatrique possède une place importante. Les différentes approches psychothérapeutiques pouvant accompagner la personne seront développées dans la partie Psychothérapie.
À retenir
Le trouble bipolaire n’est pas une simple instabilité émotionnelle. Il se caractérise par des épisodes modifiant significativement l’humeur, l’énergie, l’activité et le fonctionnement.
La manie, l’hypomanie et les épisodes dépressifs ne sont pas de simples versions amplifiées des changements d’humeur ordinaires. Leur intensité, leur durée, leur association avec d’autres symptômes et leurs conséquences permettent de comprendre leur importance.
Une personne présentant un trouble bipolaire ne se réduit pas à ses épisodes et conserve le droit de vivre toutes les émotions ordinaires sans que chacune soit interprétée comme un symptôme.
Comprendre la bipolarité, c’est apprendre à reconnaître les véritables changements d’état sans transformer toute la vie émotionnelle d’une personne en maladie.
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