LA SANTÉ AVANT TOUT · Psychologie
TOC ET PHÉNOMÈNES OBSESSIONNELS
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Le trouble obsessionnel-compulsif, généralement désigné par le sigle TOC, est souvent caricaturé. Dans le langage courant, une personne très ordonnée, perfectionniste ou attachée à certaines habitudes peut dire qu’elle est « un peu TOC ».
Le véritable trouble obsessionnel-compulsif est d’une autre nature. Il peut provoquer une souffrance considérable et occuper une place importante dans la vie quotidienne. Il associe généralement des obsessions, des compulsions, ou les deux, dans un fonctionnement où la personne tente de réduire une inquiétude ou un malaise qui finit souvent par revenir.
Tous les phénomènes obsessionnels ne correspondent cependant pas à un TOC. Des pensées répétitives, des vérifications occasionnelles, des habitudes ou certains rituels peuvent exister sans constituer un trouble.
La question n’est pas simplement de savoir si une pensée revient ou si un geste est répété, mais quelle place ce mécanisme occupe dans la vie et jusqu’à quel point la personne se sent obligée de lui obéir.
Qu’est-ce qu’une obsession ?
Dans le TOC, une obsession est une pensée, une image mentale ou une impulsion qui revient de manière intrusive et provoque généralement de l’anxiété, du dégoût, de la culpabilité, de la peur ou un autre malaise important.
La personne ne choisit pas nécessairement cette pensée et peut même la trouver profondément contraire à ses valeurs.
Elle peut craindre d’avoir laissé une porte ouverte, d’avoir contaminé quelqu’un, d’avoir commis une erreur grave ou de provoquer involontairement un événement dramatique. D’autres obsessions peuvent concerner la religion, la sexualité, la morale, la santé, la violence ou le besoin que certaines choses soient exactement comme elles doivent être.
Le contenu peut parfois être si dérangeant que la personne n’ose en parler à personne.
Elle peut alors conclure que le simple fait d’avoir cette pensée révèle quelque chose de dangereux sur elle-même.
Or avoir une pensée n’équivaut pas à vouloir la réaliser.
Cette distinction est fondamentale dans la compréhension des pensées obsessionnelles.
Les pensées intrusives existent aussi sans TOC
L’apparition occasionnelle de pensées étranges, absurdes, choquantes ou inquiétantes n’est pas exceptionnelle.
Une personne peut se trouver sur un quai et imaginer soudainement tomber sur les rails. Un parent peut avoir brièvement l’image d’un accident touchant son enfant. Quelqu’un peut se demander, sans aucune intention réelle, ce qui se passerait s’il faisait soudainement quelque chose de totalement contraire à ses habitudes.
La différence ne réside donc pas toujours dans le contenu de la pensée.
Elle peut résider dans l’importance qui lui est accordée.
Une pensée intrusive ordinaire apparaît puis disparaît généralement sans devenir une question centrale. Dans un fonctionnement obsessionnel, elle peut être interprétée comme dangereuse, révélatrice ou exigeant une réponse.
La personne commence alors à chercher une certitude.
Et cette recherche de certitude peut progressivement alimenter le problème.
Les compulsions
Une compulsion est un comportement ou un acte mental que la personne se sent poussée à accomplir, souvent pour réduire l’anxiété associée à une obsession ou empêcher qu’un événement redouté ne se produise.
Les compulsions les plus connues concernent le lavage et les vérifications.
Mais elles peuvent prendre de nombreuses autres formes : compter, répéter certains gestes, ranger selon un ordre précis, demander continuellement confirmation, recommencer une action jusqu’à ce qu’elle semble « correcte » ou éviter certaines situations.
Certaines compulsions sont entièrement mentales.
La personne peut répéter intérieurement une phrase, reconstruire un souvenir, vérifier mentalement ce qu’elle a dit ou tenter de remplacer une pensée considérée comme mauvaise par une autre pensée.
Ces compulsions invisibles expliquent pourquoi un TOC peut être sévère sans que l’entourage remarque de rituels spectaculaires.
Le cercle obsession-compulsion
Une compulsion peut réellement réduire l’anxiété.
C’est précisément ce qui contribue à maintenir le mécanisme.
Une inquiétude apparaît : « Et si je n’avais pas fermé la porte ? »
La personne vérifie.
Elle se sent momentanément rassurée.
Mais son cerveau peut progressivement apprendre une autre leçon : si la vérification était nécessaire pour obtenir ce soulagement, c’est peut-être que le danger méritait effectivement d’être pris très au sérieux.
Lorsqu’un doute revient, une nouvelle vérification devient tentante.
Puis une deuxième.
Puis la vérification elle-même ne procure plus une certitude suffisante.
Ce qui soulage immédiatement peut donc renforcer le besoin de recommencer ultérieurement.
Le TOC peut ainsi devenir une machine à produire de nouvelles vérifications à partir d’une recherche de certitude impossible à satisfaire complètement.
Vérifier n’est pas toujours compulsif
Nous vérifions tous certaines choses.
Revenir une fois contrôler si la porte est fermée parce que nous étions distraits au moment de partir n’indique pas nécessairement un TOC.
Se laver les mains après avoir manipulé quelque chose de sale est un comportement normal.
Relire un document important avant de l’envoyer est généralement raisonnable.
La frontière dépend notamment de la répétition, de la détresse, du temps consacré au comportement et de la liberté réelle de ne pas l’accomplir.
La personne présentant un TOC peut savoir que la cinquième vérification n’apportera probablement aucune information supplémentaire tout en ressentant une difficulté considérable à partir sans la réaliser.
Ce n’est donc pas le geste isolé qui permet de comprendre le phénomène, mais sa fonction et la contrainte psychologique qui l’accompagne.
Le besoin de certitude
De nombreux phénomènes obsessionnels entretiennent une relation particulière avec l’incertitude.
« Est-ce que j’ai vraiment fermé ? »
« Suis-je absolument certain de n’avoir blessé personne ? »
« Et si cette sensation était le signe d’une maladie ? »
« Comment puis-je être sûr à 100 % que cette pensée ne signifie rien ? »
La difficulté est que la certitude absolue existe rarement dans la vie quotidienne.
Une vérification peut fournir une information raisonnablement fiable, mais le fonctionnement obsessionnel produit immédiatement une nouvelle possibilité : « Et si j’avais mal regardé ? »
La personne cherche alors à supprimer totalement le doute.
Mais plus elle exige cette certitude totale, plus le moindre doute devient important.
Apprendre à vivre avec une part d’incertitude constitue donc un enjeu essentiel dans la compréhension du TOC.
Responsabilité, culpabilité et pensée magique
Certaines personnes présentant des phénomènes obsessionnels ressentent une responsabilité particulièrement importante concernant des événements qu’elles contrôlent en réalité très peu.
Elles peuvent penser que si elles n’accomplissent pas un rituel et qu’un événement négatif survient ensuite, elles en seront responsables.
La pensée elle-même peut également acquérir une signification excessive.
Avoir imaginé un événement semble augmenter le risque qu’il se produise ou donne l’impression d’avoir participé moralement à sa réalisation.
Dans certains cas, des règles très personnelles apparaissent : accomplir une action un certain nombre de fois, éviter certains chiffres ou effectuer un geste afin d’empêcher un malheur.
De l’extérieur, la personne peut parfaitement reconnaître que la relation entre le rituel et l’événement est peu logique.
Mais émotionnellement, prendre le risque de ne pas accomplir le rituel peut lui sembler beaucoup plus difficile.
Les obsessions qui font honte
Certaines obsessions sont particulièrement difficiles à révéler parce qu’elles concernent précisément ce que la personne redoute le plus d’être.
Une personne profondément attachée à ses proches peut être envahie par des pensées violentes qu’elle ne souhaite absolument pas réaliser.
Une personne très soucieuse de morale peut être obsédée par la possibilité d’avoir commis une faute.
Des pensées sexuelles non désirées peuvent également provoquer une culpabilité considérable.
La personne peut alors commencer à surveiller ses réactions, analyser ses souvenirs et rechercher continuellement des preuves de ce qu’elle est réellement.
Cette souffrance est aggravée lorsque la pensée est confondue avec une intention.
Une pensée intrusive ne constitue pas automatiquement un désir caché, un projet ou une vérité sur l’identité de la personne.
Le contenu d’une obsession peut justement être extrêmement perturbant parce qu’il entre en contradiction avec ce qui compte pour elle.
Évitement et demandes de réassurance
Les compulsions ne sont pas les seuls moyens utilisés pour réduire l’anxiété.
L’évitement peut prendre une place considérable.
Une personne craignant de provoquer un accident peut éviter de conduire. Une autre, préoccupée par la contamination, limite progressivement les lieux qu’elle fréquente ou les objets qu’elle touche.
La demande répétée de réassurance peut également fonctionner comme une compulsion.
« Tu es sûr que je n’ai rien fait ? »
« Tu crois vraiment que tout va bien ? »
La réponse soulage pendant quelques minutes, puis le doute revient.
L’entourage peut alors se retrouver progressivement intégré au fonctionnement obsessionnel, répondant continuellement aux mêmes questions ou participant aux rituels pour éviter la détresse de la personne.
L’intention est bienveillante, mais la recherche permanente de réassurance peut contribuer à entretenir le cercle.
TOC, perfectionnisme et personnalité obsessionnelle
Le TOC ne doit pas être confondu avec le perfectionnisme.
Une personne perfectionniste peut consacrer beaucoup de temps à améliorer son travail parce qu’elle souhaite atteindre un niveau particulièrement élevé. Une personne présentant un TOC peut répéter une action parce qu’elle ressent qu’elle doit la recommencer afin de neutraliser une peur ou un malaise.
Il existe également des troubles ou traits de personnalité caractérisés par une importance excessive accordée à l’ordre, au contrôle ou aux règles. Ils ne sont pas synonymes du trouble obsessionnel-compulsif.
Cette distinction explique pourquoi l’expression courante « je suis TOC parce que j’aime que tout soit parfaitement rangé » entretient une confusion.
Une préférence pour l’ordre n’est pas une maladie.
Et une personne souffrant réellement de TOC n’est pas nécessairement particulièrement ordonnée.
Quand les rituels envahissent la vie
Le TOC peut devenir extrêmement chronophage.
Se préparer le matin prend une heure supplémentaire. Quitter la maison exige une série de vérifications. Un document est relu encore et encore. Les gestes quotidiens doivent être recommencés jusqu’à produire la sensation correcte.
À mesure que le trouble gagne du terrain, la personne peut organiser sa vie autour de l’évitement des situations déclenchant les obsessions.
Les conséquences peuvent toucher les études, le travail, le couple, la famille, les loisirs et l’autonomie.
Certaines personnes cachent longtemps leurs symptômes, parfois parce qu’elles en ont honte ou craignent d’être incomprises.
La souffrance peut donc être beaucoup plus importante que ce que l’entourage perçoit.
Quand demander de l’aide ?
Une aide professionnelle devient particulièrement pertinente lorsque les obsessions ou compulsions provoquent une souffrance importante, occupent beaucoup de temps, perturbent les activités quotidiennes ou conduisent à des évitements de plus en plus nombreux.
Elle est également importante lorsque la personne ne parvient plus à résister à certains rituels malgré la conscience de leur caractère excessif.
Le TOC peut être pris en charge. Certaines approches psychothérapeutiques ont été spécifiquement développées et étudiées pour ces difficultés ; elles seront abordées dans la partie Psychothérapie.
L’essentiel est de ne pas laisser la honte empêcher d’en parler.
Un professionnel habitué à ces phénomènes sait que l’existence d’une pensée intrusive ne signifie pas automatiquement que la personne souhaite la réaliser.
À retenir
Le trouble obsessionnel-compulsif associe des obsessions, des compulsions ou les deux. Les obsessions sont des pensées, images ou impulsions intrusives qui provoquent un malaise important ; les compulsions sont des comportements ou actes mentaux accomplis notamment pour réduire ce malaise ou prévenir un événement redouté.
Le soulagement produit par la compulsion peut contribuer à maintenir le cercle obsessionnel. Plus la personne cherche une certitude absolue, plus le doute peut devenir difficile à tolérer.
Avoir occasionnellement une pensée intrusive, vérifier une porte ou aimer l’ordre ne signifie pas présenter un TOC. Ce sont la persistance, la détresse, la contrainte et les conséquences sur la vie quotidienne qui deviennent déterminantes.
Le problème n’est pas qu’une pensée indésirable traverse l’esprit. Il commence lorsque cette pensée acquiert tellement de pouvoir que toute la vie doit progressivement s’organiser pour la neutraliser.
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