LA SANTÉ AVANT TOUT · Psychologie
SENS DE LA VIE
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La question du sens de la vie peut sembler philosophique, spirituelle ou existentielle avant de paraître psychologique. Pourtant, elle traverse directement notre manière de vivre. Nous supportons généralement mieux un effort lorsque nous savons pourquoi nous le faisons, et une période difficile devient parfois plus éprouvante encore lorsqu’elle nous paraît totalement dépourvue de direction.
Chercher du sens ne signifie pas nécessairement chercher une réponse universelle à la question « pourquoi sommes-nous sur Terre ? ». En psychologie, la question est souvent plus proche de l’expérience quotidienne : qu’est-ce qui donne suffisamment de valeur, de cohérence et de direction à ma propre existence ?
La réponse peut se trouver dans les relations, la foi, la famille, la création, le travail, la transmission, l’engagement, la connaissance, le service des autres ou une combinaison très personnelle de plusieurs dimensions.
Le sens n’est pas forcément une grande réponse trouvée une fois pour toutes. Il peut être ce qui nous donne aujourd’hui une raison suffisamment importante de continuer à construire demain.
Le sens n’est pas identique au bonheur
Une vie porteuse de sens n’est pas nécessairement une vie agréable à chaque instant.
Certaines expériences profondément importantes demandent des efforts, provoquent des inquiétudes ou nous exposent à la déception. Élever un enfant, accompagner quelqu’un, construire un projet, défendre une conviction ou créer une œuvre peut apporter beaucoup de sens tout en comportant des périodes difficiles.
Le bonheur et le sens peuvent naturellement se rencontrer, mais ils ne se confondent pas.
Le plaisir concerne souvent la qualité immédiate d’une expérience. Le sens inscrit davantage cette expérience dans une histoire plus large.
Nous pouvons ainsi accomplir quelque chose de pénible parce que nous savons pourquoi nous acceptons cet effort.
Inversement, une succession d’activités agréables ne suffit pas toujours à empêcher un sentiment de vide lorsqu’elles ne semblent reliées à aucune direction importante.
Avoir une direction plutôt qu’une destination
Nous imaginons parfois le sens comme une mission qu’il faudrait découvrir.
Quelque part existerait notre véritable vocation, et nous devrions la trouver pour commencer enfin à vivre correctement.
Cette conception peut créer une pression considérable.
Tout le monde ne possède pas une vocation unique.
Une existence peut être guidée par plusieurs directions : aimer certaines personnes, transmettre quelque chose, exercer correctement son métier, apprendre, créer, aider ou vivre conformément à certaines valeurs.
Ces directions peuvent également changer avec le temps.
Le sens ressemble alors moins à une destination précise qu’à une orientation.
Nous n’avons pas besoin de connaître tout le trajet pour savoir suffisamment dans quelle direction nous voulons avancer.
Les valeurs donnent une boussole
Les valeurs représentent ce que nous considérons comme important dans notre manière de vivre : honnêteté, liberté, fidélité, justice, famille, créativité, foi, connaissance, solidarité ou autonomie, par exemple.
Elles ne sont pas exactement des objectifs.
Un objectif peut être atteint : obtenir un diplôme, terminer un livre ou déménager.
Une valeur continue au-delà du résultat. Nous pouvons terminer un livre tout en continuant à valoriser la création. Obtenir un diplôme ne met pas fin à la valeur accordée à la connaissance.
Les valeurs peuvent ainsi fournir une direction lorsque les objectifs changent.
Deux personnes peuvent poursuivre extérieurement le même projet pour des raisons très différentes. L’une cherche la reconnaissance, l’autre l’autonomie, une troisième souhaite transmettre.
Comprendre ce que représente réellement un objectif permet parfois de découvrir que plusieurs chemins peuvent satisfaire la valeur qui se trouvait derrière lui.
Le sens se construit aussi dans les relations
Pour beaucoup de personnes, une part essentielle du sens de la vie vient des liens.
Aimer et être aimé, élever des enfants, prendre soin de quelqu’un, partager une histoire ou transmettre quelque chose aux générations suivantes peut donner une profondeur particulière à l’existence.
Cela ne signifie pas qu’une personne sans couple ou sans enfant serait condamnée à une vie moins significative.
Les formes de relation sont nombreuses.
Une amitié, une communauté, une activité associative ou la contribution à la vie de personnes que nous ne connaissons parfois même pas personnellement peuvent également donner un sentiment d’appartenance et d’utilité.
Le sens relationnel apparaît notamment lorsque nous savons que notre existence ne se déroule pas uniquement pour nous-mêmes.
Nous participons, même modestement, à l’histoire d’autres personnes.
Travail, création et contribution
Le travail peut constituer une source importante de sens, mais il n’a pas besoin de devenir toute la raison de vivre.
Certaines personnes trouvent dans leur profession une véritable vocation. D’autres travaillent principalement pour assurer leur sécurité matérielle et construisent ailleurs ce qui donne le plus de sens à leur existence.
Les deux situations sont légitimes.
La création possède également une place particulière. Écrire, construire, cuisiner, jardiner, inventer, composer ou fabriquer permet de laisser quelque chose qui n’existait pas auparavant.
Le sentiment de contribution peut fonctionner de manière similaire.
Nous pouvons trouver du sens dans le fait de résoudre un problème, transmettre une connaissance ou améliorer, même légèrement, la situation de quelqu’un.
La contribution n’a pas besoin d’être spectaculaire pour être réelle.
Une action peut transformer très peu le monde et beaucoup la vie d’une personne.
Spiritualité et sens
Pour certaines personnes, le sens de la vie est inséparable de la spiritualité.
L’existence s’inscrit alors dans une réalité qui dépasse la seule durée de la vie individuelle. La foi peut apporter une orientation, des valeurs et une manière de comprendre la place de l’être humain dans le monde.
Pour d’autres, le sens se construit sans référence religieuse ou spirituelle.
La psychologie n’a pas à établir une hiérarchie entre ces conceptions.
Elle peut en revanche observer l’importance psychologique d’une vision du monde suffisamment cohérente pour la personne qui la porte.
La spiritualité et ses relations avec la psychologie ont été développées dans le chapitre Psychologie et spiritualité. Ici, l’essentiel est de reconnaître qu’elle constitue pour de nombreuses personnes l’une des grandes sources possibles de sens, sans être la seule.
Quand ce qui donnait du sens disparaît
Nous prenons parfois conscience de ce qui structurait notre existence au moment où nous le perdons.
Une retraite peut supprimer un rôle professionnel central. Une séparation bouleverse un projet de vie construit à deux. Le départ des enfants modifie l’organisation familiale. Une maladie peut rendre impossible une activité essentielle. Un deuil peut faire disparaître une personne autour de laquelle une grande partie de la vie était organisée.
La souffrance vient alors de la perte elle-même, mais parfois également de la disparition de la direction qu’elle fournissait.
« Pour quoi vais-je me lever maintenant ? »
Cette question peut apparaître brutalement.
Reconstruire du sens ne signifie pas remplacer immédiatement ce qui a été perdu.
Certaines pertes sont irremplaçables.
Il s’agit progressivement de permettre à d’autres dimensions de l’existence de reprendre de la place, sans demander qu’elles effacent ce qui comptait auparavant.
Les crises existentielles
Il existe des périodes où les repères habituels cessent de fonctionner.
Une personne peut avoir atteint les objectifs qu’elle s’était fixés et découvrir qu’elle ne sait plus ce qu’elle souhaite ensuite. Elle peut également constater que la vie qu’elle mène correspond davantage aux attentes de son entourage qu’à ses propres valeurs.
Ces crises ne sont pas nécessairement des troubles psychologiques.
Elles peuvent signaler qu’une organisation devenue familière ne suffit plus.
Une question apparaît alors : si je ne continue pas simplement par habitude, qu’est-ce que je veux réellement conserver ?
Cette interrogation peut être inconfortable parce qu’elle oblige parfois à remettre en question des choix anciens.
Mais elle peut également permettre de construire une vie davantage choisie.
Changer de direction ne signifie pas que les années précédentes étaient nécessairement perdues. Elles ont contribué à produire la personne qui peut aujourd’hui décider autrement.
Le sens ne justifie pas automatiquement la souffrance
Lorsque quelqu’un traverse une épreuve, l’entourage cherche parfois rapidement une signification positive.
« Tout arrive pour une raison. »
« Cela devait t’apprendre quelque chose. »
Même lorsqu’elles sont prononcées avec de bonnes intentions, ces affirmations peuvent devenir douloureuses.
Une personne peut construire du sens après une épreuve sans considérer que l’épreuve était nécessaire, juste ou bénéfique.
Elle peut décider de transmettre ce qu’elle a appris, aider d’autres personnes ou modifier profondément sa vie sans conclure qu’elle devait souffrir pour y parvenir.
Le sens que nous construisons à partir d’un événement n’est pas nécessairement la justification de cet événement.
Cette distinction permet de reconnaître ce qui a été créé ensuite sans embellir artificiellement ce qui a fait mal.
Le sens dans les choses ordinaires
Nous associons facilement le sens à de grands projets.
Pourtant, une grande partie d’une existence se déroule dans des choses beaucoup plus ordinaires.
Préparer un repas, prendre soin d’un animal, appeler quelqu’un, entretenir une maison, apprendre quelque chose, accomplir correctement une tâche ou être présent pour une personne peut paraître minuscule lorsqu’on cherche une « grande mission ».
Mais une vie est principalement constituée de ces moments.
Le sens peut venir d’une accumulation de petites actions cohérentes plutôt que d’un événement spectaculaire.
Il existe des personnes qui ne sauront jamais précisément combien elles ont compté pour quelqu’un.
Une phrase prononcée au bon moment, une aide offerte ou une présence fidèle peut continuer à produire des effets longtemps après avoir été oubliée par celui qui en était à l’origine.
L’importance d’une vie ne se mesure donc pas uniquement à ce qui devient visible.
Peut-on vivre sans connaître « sa mission » ?
Oui.
L’idée selon laquelle chacun posséderait une mission précise qu’il devrait absolument découvrir peut devenir une source d’angoisse.
Certaines personnes savent très tôt ce qu’elles souhaitent construire. D’autres avancent par étapes, en découvrant progressivement ce qui leur convient.
Une direction suffisamment bonne peut être plus utile qu’une mission parfaite.
Nous pouvons savoir ce que nous voulons protéger, ce que nous refusons de devenir, les personnes pour lesquelles nous voulons être présents et les activités auxquelles nous souhaitons consacrer une partie de notre temps.
Cela suffit déjà à orienter de nombreuses décisions.
Le sens peut être découvert, mais il peut aussi être construit.
Et ce que nous construisons aujourd’hui peut évoluer demain.
Quand la vie semble ne plus avoir de sens
Il existe une différence entre se demander occasionnellement quel est le sens de sa vie et éprouver durablement l’impression que plus rien n’a de valeur.
Une période de perte, d’épuisement ou de bouleversement peut temporairement rendre l’avenir difficile à imaginer.
Mais lorsque le vide devient profond et persistant, que tout intérêt disparaît ou que la personne ne voit plus aucune raison de continuer à vivre, cette souffrance doit être prise au sérieux.
Dans ce contexte, chercher de l’aide ne demande pas d’avoir déjà trouvé une réponse à la question existentielle.
Parfois, la première étape consiste simplement à ne pas rester seul avec un état dans lequel aucune possibilité n’est encore visible.
Les différentes formes d’accompagnement psychologique et psychothérapeutique seront développées dans la partie Psychothérapie.
À retenir
Le sens de la vie n’est pas nécessairement une réponse unique cachée quelque part et que chacun devrait découvrir.
Il peut se construire à travers les valeurs, les relations, la foi, la création, le travail, la contribution, la transmission et les engagements qui donnent une direction à notre existence.
Il peut également changer. Une source de sens peut disparaître, une autre apparaître, et certaines périodes peuvent être consacrées précisément à cette reconstruction.
Nous ne sommes pas obligés de transformer toutes nos souffrances en leçons ni d’accomplir quelque chose d’extraordinaire pour que notre existence possède de la valeur.
Une vie peut avoir du sens non parce qu’elle répond une fois pour toutes à la question « pourquoi suis-je ici ? », mais parce que, jour après jour, nous trouvons encore quelque chose ou quelqu’un pour lequel il vaut la peine d’être pleinement présent.
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