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PROCRASTINATION

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PROCRASTINATION

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La procrastination est souvent résumée par une formule simple : remettre au lendemain ce que l’on pourrait faire aujourd’hui. Cette définition décrit le comportement visible, mais explique très peu ce qui se passe réellement.

Nous pouvons reporter une tâche parce qu’elle nous ennuie, nous inquiète, nous paraît trop complexe ou insuffisamment définie. Nous pouvons également attendre parce que nous sommes fatigués, parce que d’autres priorités sont réellement plus importantes ou parce que nous avons appris que l’urgence nous aide à nous mobiliser.

Tous les reports ne sont donc pas de la procrastination.

La procrastination devient particulièrement intéressante psychologiquement lorsque nous retardons volontairement une action tout en sachant que ce retard risque de nous compliquer la vie et que nous aurions intérêt à commencer.

Le procrastinateur ne manque pas nécessairement de volonté. Très souvent, il cherche d’abord à échapper à l’inconfort que la tâche provoque maintenant, quitte à fabriquer un inconfort beaucoup plus grand pour plus tard.

Reporter n’est pas toujours procrastiner

Nous pouvons décider de ne pas accomplir immédiatement une tâche pour d’excellentes raisons.

Il peut manquer une information, une décision peut nécessiter davantage de réflexion ou une autre activité peut être réellement prioritaire. Reporter peut alors être une décision rationnelle.

La procrastination comporte généralement une contradiction : nous pensons que nous devrions agir, nous avons souvent l’intention de le faire, mais nous trouvons continuellement une raison de différer le commencement ou la poursuite de la tâche.

Cette différence est importante.

Une personne qui choisit consciemment de terminer un dossier urgent avant de ranger son bureau ne procrastine pas nécessairement. Une personne qui range méticuleusement son bureau pendant trois heures afin de ne pas ouvrir le dossier qu’elle doit absolument terminer se trouve dans une situation différente.

Le comportement secondaire peut même être très productif. Ce qui compte est aussi ce qu’il permet d’éviter.

Le soulagement immédiat

La procrastination possède un avantage considérable : elle fonctionne immédiatement.

Une tâche nous inquiète. Nous décidons de la commencer plus tard. Pendant quelques instants, la tension diminue.

Le cerveau apprend alors quelque chose de très simple : ne pas commencer procure un soulagement.

Le problème a seulement été déplacé dans le temps.

À mesure que l’échéance approche, la tâche est toujours présente, mais elle est désormais accompagnée du temps perdu, de la culpabilité et parfois de conséquences concrètes supplémentaires.

Nous pouvons alors nous reprocher d’avoir procrastiné, ce qui augmente encore l’inconfort associé à la tâche.

Le comportement qui devait nous permettre d’éviter une émotion désagréable finit ainsi par en créer plusieurs nouvelles.

Ce que nous évitons réellement

Une tâche n’est pas toujours évitée pour elle-même.

Écrire un courrier peut signifier devoir affronter un conflit. Faire ses comptes peut obliger à regarder une situation financière inquiétante. Commencer un projet peut exposer à la possibilité d’échouer.

Dans ces situations, la procrastination fonctionne comme une régulation émotionnelle à court terme.

Nous ne cherchons pas nécessairement à éviter quinze minutes de travail. Nous cherchons à éviter ce que ces quinze minutes vont nous faire ressentir.

Cette distinction change profondément la compréhension du problème.

Lorsque nous savons précisément ce que nous évitons — ennui, peur, incertitude, sentiment d’incompétence, conflit ou autre inconfort — nous pouvons commencer à travailler sur l’obstacle réel au lieu de nous répéter simplement qu’il faudrait « être plus discipliné ».

Quand la tâche est trop grande

« Faire ma comptabilité », « écrire mon livre », « chercher un emploi », « ranger la maison » ou « préparer mon déménagement » ne sont pas réellement des actions simples.

Ce sont des projets composés d’un grand nombre d’actions.

Face à une tâche très large, le cerveau doit décider par où commencer, dans quel ordre avancer et combien de temps prévoir. Cette complexité peut suffire à produire une forme de paralysie.

Le problème n’est alors pas nécessairement le manque d’envie.

La première action n’est simplement pas suffisamment visible.

« Écrire le livre » peut devenir « ouvrir le document et écrire le titre du prochain chapitre ». « Faire les comptes » peut commencer par « réunir les relevés nécessaires ».

Réduire le seuil de démarrage ne rend pas le projet insignifiant. Cela transforme un objectif abstrait en action réalisable.

Le perfectionnisme derrière la procrastination

Le perfectionnisme et la procrastination forment souvent une association particulièrement efficace.

Si une tâche doit être réalisée parfaitement, il faut disposer du bon moment, de suffisamment de temps, de toute son énergie et idéalement d’une excellente inspiration.

Ces conditions se rencontrent rarement.

Le commencement est donc continuellement repoussé.

La procrastination permet aussi de protéger momentanément l’image de ses capacités. Si nous commençons très tard et obtenons un résultat médiocre, nous pouvons nous dire que nous aurions certainement fait beaucoup mieux avec davantage de temps.

La performance réelle n’a jamais complètement testé notre potentiel supposé.

Mais cette protection a un prix : nous nous empêchons précisément de découvrir ce que nous aurions pu produire en travaillant dans des conditions ordinaires, avec des imperfections ordinaires.

« Je travaille mieux sous pression »

Certaines personnes constatent réellement qu’elles deviennent extrêmement efficaces lorsque l’échéance approche.

L’urgence élimine les hésitations. Les choix deviennent plus simples parce qu’il n’est plus possible de tout envisager. L’adrénaline augmente la mobilisation et le perfectionnisme doit parfois céder devant la nécessité de terminer.

Le résultat peut même être très bon.

Cela ne signifie pas nécessairement que la pression était indispensable à la qualité. Elle a peut-être surtout fourni ce que la personne n’arrivait pas à créer plus tôt : une priorité incontestable, une limite temporelle et l’impossibilité de continuer à négocier avec elle-même.

Cette stratégie peut fonctionner pendant longtemps. Son coût apparaît lorsque les délais deviennent trop courts, que plusieurs urgences se superposent ou que la personne doit continuellement vivre dans une tension élevée pour réussir à agir.

L’efficacité de dernière minute ne prouve donc pas que la procrastination est sans conséquence.

La procrastination productive

Il existe une manière particulièrement habile de ne pas faire ce que nous devons faire : accomplir autre chose.

Nous répondons aux messages, réorganisons les fichiers, faisons une recherche supplémentaire, préparons le matériel ou réglons plusieurs petites tâches.

À la fin de la journée, nous avons beaucoup travaillé.

Mais la tâche importante n’a pas avancé.

Cette procrastination est difficile à repérer parce qu’elle ne ressemble pas à de l’oisiveté. Elle peut même produire un sentiment légitime d’efficacité.

La question utile n’est alors pas seulement « ai-je travaillé ? », mais « ai-je travaillé sur ce qui comptait réellement aujourd’hui ? »

Toutes les tâches terminées n’ont pas la même valeur.

Téléphone, Internet et distractions

Les environnements numériques offrent une quantité presque infinie d’alternatives à une tâche inconfortable.

Quelques secondes suffisent pour consulter un message, une actualité ou une vidéo. Chacune de ces actions fournit une stimulation immédiate, tandis que les bénéfices de la tâche importante sont souvent beaucoup plus éloignés.

Il serait cependant trop facile d’accuser uniquement le téléphone.

Avant les smartphones, l’être humain savait déjà trouver de nombreuses manières de reporter ce qu’il ne voulait pas commencer.

Le numérique réduit surtout le coût de la distraction : il n’est même plus nécessaire de quitter sa chaise pour trouver une activité plus agréable.

Modifier l’environnement peut donc être utile, mais si l’inconfort associé à la tâche reste intact, l’esprit peut simplement chercher une autre voie d’évitement.

Motivation, discipline et démarrage

Nous attendons parfois d’avoir envie de commencer.

Or la motivation ne précède pas toujours l’action. Elle peut apparaître après quelques minutes de travail, lorsque la tâche devient plus claire et que nous constatons que nous avançons.

Cela explique pourquoi le commencement possède une importance disproportionnée.

Une tâche imaginée peut sembler énorme. Une tâche commencée devient concrète.

La discipline peut aider à franchir ce seuil, mais elle ne doit pas être comprise comme une violence permanente contre soi-même. Elle consiste aussi à organiser les conditions dans lesquelles le comportement souhaité devient plus facile.

Préparer le matériel, définir la première action ou réserver un moment précis réduit le nombre de décisions nécessaires au moment de commencer.

Moins il faut négocier avec soi-même, moins la procrastination dispose d’espace pour s’installer.

Fatigue, surcharge et procrastination apparente

Tout retard ne doit pas être interprété comme un problème d’autorégulation.

Une personne épuisée peut avoir réellement moins de ressources pour commencer une tâche exigeante. Une surcharge de responsabilités peut rendre impossible l’accomplissement de tout ce qui était prévu.

Dans ces situations, se traiter de paresseux ajoute souvent une accusation à un problème d’énergie ou de priorités.

Il faut donc distinguer : « je pourrais raisonnablement faire cette tâche mais j’évite l’inconfort qu’elle provoque » de « je n’ai actuellement pas les ressources nécessaires pour répondre à toutes les demandes ».

Cette distinction n’est pas toujours facile.

Mais elle évite de transformer automatiquement toute limite humaine en défaut de volonté.

Parfois, la bonne réponse n’est pas de mieux lutter contre la procrastination. C’est de réduire, reporter ou abandonner une tâche réellement non prioritaire.

Le cercle de la culpabilité

Après avoir procrastiné, nous pouvons devenir extrêmement sévères envers nous-mêmes.

« J’ai encore perdu ma journée. »

« Je ne suis pas sérieux. »

« Je fais toujours la même chose. »

Cette autocritique semble parfois destinée à empêcher la répétition du comportement. En réalité, elle peut augmenter la honte et rendre la tâche encore plus désagréable.

Le lendemain, commencer signifie non seulement affronter le travail, mais également retrouver la preuve supposée de notre incapacité à nous organiser.

La culpabilité peut être utile lorsqu’elle nous signale qu’un comportement doit changer. Elle devient moins utile lorsqu’elle transforme un retard en identité.

Nous avons procrastiné. Cela décrit un comportement. Cela ne démontre pas que nous sommes incapables d’agir autrement.

Rompre le mécanisme

La question « comment arrêter définitivement de procrastiner ? » place parfois la barre inutilement haut.

Nous continuerons probablement tous à reporter certaines choses.

Une approche plus réaliste consiste à reconnaître plus rapidement le mécanisme et à raccourcir la période qui sépare l’intention de l’action.

Il est souvent utile de définir une première étape très concrète, de réduire temporairement l’accès aux distractions et de décider à l’avance quand la tâche commencera.

Mais il faut également accepter que commencer puisse rester désagréable.

Si nous attendons que toute résistance disparaisse, nous remettons encore notre action entre les mains de notre état émotionnel du moment.

Nous pouvons ne pas avoir envie de commencer et commencer quand même.

Reprendre après avoir interrompu

La procrastination devient particulièrement coûteuse lorsqu’un retard est interprété comme un abandon.

Nous avions prévu de travailler lundi. Nous ne l’avons pas fait. Mardi, nous considérons déjà que la semaine est « ratée » et reportons au lundi suivant.

Cette logique du tout ou rien transforme une interruption de vingt-quatre heures en interruption d’une semaine.

La capacité de reprendre est donc aussi importante que la capacité de commencer.

Un projet réel traverse des journées improductives, des imprévus et des changements de rythme.

Le problème n’est pas d’avoir interrompu. Le problème est de transformer l’interruption en abandon définitif.

Recommencer aujourd’hui n’efface pas le retard d’hier, mais empêche celui-ci de décider également de demain.

Quand demander de l’aide ?

Une procrastination occasionnelle fait partie de la vie quotidienne. Elle mérite davantage d’attention lorsqu’elle devient chronique et provoque régulièrement des difficultés scolaires, professionnelles, financières, administratives ou relationnelles.

Il peut alors être utile d’examiner ce qui l’accompagne. Une procrastination importante peut être liée au perfectionnisme, à l’anxiété, à une faible estime de soi, à l’épuisement ou à certaines difficultés d’attention et de fonctions exécutives, entre autres possibilités.

Il serait donc imprudent de supposer qu’une seule explication convient à tous.

Un accompagnement peut aider à comprendre le mécanisme particulier de la personne et à construire des stratégies adaptées. Les méthodes thérapeutiques utilisées pour travailler sur l’évitement, les croyances, l’organisation ou la régulation émotionnelle seront développées dans la partie Psychothérapie.

À retenir

La procrastination n’est pas simplement l’art de remettre les choses au lendemain. Elle apparaît souvent lorsque reporter une tâche permet d’éviter immédiatement l’inconfort associé à son commencement.

Ce soulagement à court terme explique une grande partie de sa force. Mais le problème ne disparaît pas : il revient accompagné du temps perdu, de l’urgence et parfois de la culpabilité.

La solution n’est donc pas toujours de chercher davantage de motivation. Il peut être plus efficace d’identifier ce que nous évitons, de rendre la première action suffisamment concrète et d’accepter qu’il n’est pas nécessaire de se sentir parfaitement prêt pour commencer.

Et lorsque nous avons déjà perdu du temps, une autre compétence devient essentielle : reprendre.

Nous ne pouvons pas toujours choisir le moment où l’envie de travailler apparaîtra. Nous pouvons en revanche cesser d’exiger sa présence comme condition préalable à la première action.

Contenu d’information générale. Les techniques de soin et leurs indications demandent une évaluation adaptée à la situation.