LA SANTÉ AVANT TOUT — FICHES

ÉPUISEMENT PROFESSIONNEL

LA SANTÉ AVANT TOUT · Psychologie

ÉPUISEMENT PROFESSIONNEL

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L’épuisement professionnel, souvent désigné par le terme burn-out, ne correspond pas simplement au fait d’être très fatigué après une période de travail intense. Il désigne une situation dans laquelle les exigences professionnelles ont progressivement mobilisé les ressources de la personne jusqu’à créer un déséquilibre qu’elle ne parvient plus à compenser de manière habituelle.

Le phénomène ne se construit généralement pas en une journée. Il peut s’installer lentement, parfois chez une personne qui continue longtemps à travailler, à répondre aux demandes et à donner extérieurement l’impression que tout va bien. C’est précisément cette progression qui peut rendre l’épuisement difficile à reconnaître.

On peut continuer à fonctionner pendant un certain temps tout en étant déjà en train d’épuiser les ressources qui permettent de fonctionner.

Être fatigué n’est pas nécessairement être en burn-out

La fatigue fait partie de la vie professionnelle. Une période chargée, une échéance importante ou plusieurs journées difficiles peuvent provoquer un épuisement temporaire. Après du repos, la personne retrouve généralement une partie importante de son énergie et de son fonctionnement habituel.

Dans l’épuisement professionnel, la récupération devient plus difficile. Le week-end ne suffit plus forcément. Les vacances peuvent apporter un soulagement temporaire sans résoudre le problème de fond. La personne reprend son activité et retrouve rapidement la même sensation d’épuisement.

La différence ne repose donc pas uniquement sur l’intensité de la fatigue, mais sur sa persistance, son contexte et ses conséquences.

Le burn-out n’est pas simplement « trop travailler »

Une quantité de travail excessive peut évidemment contribuer à l’épuisement, mais elle ne constitue pas l’unique facteur. Deux personnes travaillant le même nombre d’heures peuvent vivre leur situation de manière très différente.

Le risque peut augmenter lorsque plusieurs éléments se combinent : charge importante, faible autonomie, interruptions constantes, objectifs contradictoires, manque de moyens, absence de reconnaissance, conflits de valeurs, insécurité professionnelle ou impossibilité de récupérer suffisamment.

La question n’est donc pas seulement :

« Combien d’heures travaillez-vous ? »

Elle est aussi :

« Dans quelles conditions travaillez-vous et que vous coûte psychologiquement ce travail ? »

L’épuisement

La première dimension est souvent une sensation profonde d’épuisement. Il ne s’agit plus seulement de rentrer fatigué le soir. La personne peut avoir l’impression de commencer sa journée avec des réserves déjà insuffisantes.

Des tâches auparavant ordinaires deviennent coûteuses. Répondre à un message, prendre une décision, participer à une réunion ou simplement commencer une activité peut demander un effort disproportionné.

Cette fatigue peut être physique, cognitive et émotionnelle à la fois.

Le détachement

Lorsque l’investissement devient trop coûteux, une forme de distance peut apparaître. Une personne autrefois impliquée commence à penser :

« Je m’en fiche. »

Elle peut devenir irritée par les collègues, les clients, les patients ou les demandes auxquelles elle répondait auparavant avec davantage de disponibilité. Le cynisme peut augmenter.

Ce détachement n’est pas nécessairement la preuve que la personne est devenue indifférente. Il peut constituer une tentative de protection : lorsqu’on ne peut plus donner autant émotionnellement, prendre de la distance réduit temporairement la dépense.

Le sentiment de ne plus être efficace

Une autre dimension fréquente concerne le sentiment d’efficacité professionnelle. La personne doute davantage de ses compétences et a l’impression de ne plus parvenir à produire un travail satisfaisant.

Or l’épuisement peut effectivement affecter :

la concentration ;

la mémoire de travail ;

la capacité à prioriser ;

la prise de décision ;

la patience ;

la créativité.

Les difficultés produites par l’épuisement peuvent alors être interprétées comme la preuve d’une incapacité personnelle.

« Je n’y arrive plus, donc je ne suis plus compétent. »

Alors qu’une autre lecture est possible :

« Je n’arrive plus à fonctionner comme avant parce que mes ressources sont épuisées. »

Le paradoxe des personnes très investies

L’épuisement professionnel peut toucher des personnes qui accordent beaucoup d’importance à leur travail. L’engagement n’est évidemment pas une maladie, mais certaines qualités peuvent devenir des facteurs de vulnérabilité lorsqu’elles sont exploitées sans limites.

Conscience professionnelle, sens des responsabilités, perfectionnisme, difficulté à laisser une tâche inachevée ou volonté de ne pas abandonner les autres peuvent conduire une personne à continuer longtemps après l’apparition des premiers signaux de surcharge.

Elle ne pense pas :

« Je vais me détruire pour mon travail. »

Elle pense plutôt :

« Encore cette semaine. Après, ça ira mieux. »

Puis une autre urgence arrive.

L’urgence qui devient permanente

Une urgence possède normalement un début et une fin. Le problème apparaît lorsque le fonctionnement exceptionnel devient la norme.

Tout devient prioritaire. Tout doit être traité immédiatement. Les pauses disparaissent, les horaires s’allongent et la personne reste mentalement connectée au travail en dehors de celui-ci.

Lorsque tout est urgent, le système ne dispose plus réellement de période de récupération.

La charge de travail visible et invisible

La charge professionnelle ne correspond pas uniquement au nombre de tâches inscrites sur une liste. Il existe aussi une charge cognitive invisible : anticiper, coordonner, vérifier, se souvenir, répondre aux interruptions et garder mentalement plusieurs dossiers ouverts.

Deux postes comportant un nombre similaire de tâches peuvent donc avoir des coûts psychologiques très différents.

Une journée passée à gérer continuellement des imprévus peut être plus épuisante qu’une journée plus longue mais structurée et prévisible.

Les interruptions

Chaque interruption demande une réorientation de l’attention. Message, téléphone, collègue, notification, nouvelle urgence : la personne quitte une tâche, traite autre chose puis tente de revenir à ce qu’elle faisait.

Lorsqu’elles se répètent continuellement, ces transitions peuvent produire une impression particulière :

« J’ai travaillé toute la journée et je n’ai rien terminé. »

Cette impression nourrit ensuite le sentiment d’inefficacité, alors même que la personne a consacré énormément d’énergie à gérer les sollicitations.

Le manque de contrôle

Une charge importante peut être mieux tolérée lorsqu’une personne conserve une certaine autonomie sur la manière de l’organiser. À l’inverse, une activité dans laquelle elle doit répondre à des demandes permanentes sans pouvoir décider des priorités peut devenir particulièrement éprouvante.

Le sentiment :

« Quoi que je fasse, quelqu’un d’autre décide immédiatement de ce que je dois faire ensuite »

réduit la possibilité d’organiser son propre effort.

Le manque d’autonomie peut donc compter autant que la quantité de travail.

Les injonctions contradictoires

Certaines organisations demandent simultanément :

d’aller plus vite et d’améliorer la qualité ;

de réduire les moyens et d’augmenter les résultats ;

d’être disponible en permanence et de préserver son équilibre ;

de prendre des initiatives tout en demandant une autorisation pour chaque décision.

Lorsque les objectifs sont incompatibles, la personne peut finir par attribuer à son incapacité personnelle ce qui relève en réalité d’une contradiction structurelle.

Elle tente de réussir simultanément deux choses impossibles à satisfaire ensemble.

Le manque de moyens

Il est difficile de bien faire un travail lorsque les ressources nécessaires manquent.

Temps.

Personnel.

Matériel.

Information.

Formation.

Budget.

La personne peut compenser temporairement par davantage d’effort personnel. Mais cette compensation possède une limite.

Si une organisation fonctionne durablement uniquement parce que ses membres donnent davantage que ce que le système prévoit réellement, le problème ne peut pas être entièrement résolu par une meilleure gestion individuelle du stress.

Le manque de reconnaissance

La reconnaissance ne se réduit pas au compliment.

Elle peut concerner le salaire, l’évolution professionnelle, la confiance, l’autonomie, la prise en compte du travail effectué ou simplement le fait que l’effort ne soit pas considéré comme allant de soi.

Lorsque quelqu’un donne énormément et reçoit continuellement le message implicite :

« Ce n’est jamais assez »,

le travail peut perdre progressivement son caractère gratifiant.

La reconnaissance qui arrive seulement après l’effort supplémentaire

Un mécanisme peut également s’installer lorsque l’organisation valorise principalement ceux qui dépassent constamment leurs limites.

Rester tard.

Répondre le week-end.

Accepter chaque urgence.

Renoncer aux congés.

Le comportement exceptionnel devient alors le nouveau niveau attendu. Ce qui était initialement un effort supplémentaire devient progressivement la norme.

La personne doit ensuite aller encore plus loin pour obtenir la même reconnaissance.

Les valeurs

L’épuisement peut aussi apparaître lorsqu’une personne ne peut plus exercer son métier conformément à ses valeurs.

Un professionnel souhaite consacrer du temps aux personnes qu’il accompagne, mais doit traiter toujours davantage de dossiers.

Un salarié doit vendre quelque chose qu’il ne considère pas comme utile.

Un responsable doit appliquer des décisions auxquelles il n’adhère pas.

Cette tension ne ressemble pas nécessairement à une surcharge quantitative. Elle peut pourtant être profondément épuisante.

Le conflit éthique

Lorsque le travail oblige régulièrement une personne à agir contre ce qu’elle considère comme juste ou professionnellement correct, elle peut ressentir :

frustration ;

culpabilité ;

colère ;

impuissance.

Le problème ne peut alors pas être résumé à :

« Il faut apprendre à mieux gérer son stress. »

Le stress signale peut-être précisément un conflit réel entre ce que la personne doit faire et ce qu’elle considère qu’elle devrait pouvoir faire.

Le perfectionnisme

Le perfectionnisme peut augmenter considérablement la quantité de travail nécessaire pour terminer une tâche.

La personne ne cherche plus seulement :

« Est-ce suffisamment bon pour remplir son objectif ? »

mais :

« Est-ce impossible à critiquer ? »

Or ce deuxième objectif est pratiquement impossible.

Chaque tâche consomme alors davantage de temps et d’énergie qu’elle ne devrait, tandis que la satisfaction reste faible parce que l’attention se porte principalement sur ce qui pourrait encore être amélioré.

« Je peux encore tenir »

La capacité à tenir peut paradoxalement retarder la reconnaissance du problème.

Une personne très résistante peut continuer longtemps. Elle compense par l’effort, l’organisation, le café, le travail le soir ou le week-end.

De l’extérieur, elle semble gérer.

Mais tenir et aller bien ne sont pas synonymes.

La question n’est pas uniquement de savoir combien de temps quelqu’un peut continuer ainsi, mais à quel prix.

Les signaux précoces

L’épuisement ne commence pas nécessairement par un effondrement spectaculaire. Des changements plus discrets peuvent apparaître : récupération moins bonne, irritabilité, perte de plaisir professionnel, difficultés de concentration, sentiment d’être constamment pressé, diminution de la patience ou impossibilité de décrocher mentalement.

Pris isolément, chacun de ces signes peut avoir de nombreuses explications. Leur accumulation et leur évolution dans le contexte professionnel sont plus informatives.

Le sommeil

Le travail peut continuer mentalement après la fin de la journée.

La personne repense aux dossiers, prépare le lendemain, imagine les problèmes à venir ou se réveille avec une tâche en tête.

Le sommeil devient moins réparateur. La fatigue augmente. La journée suivante demande davantage d’effort, ce qui peut conduire à travailler encore plus longtemps pour obtenir le même résultat.

Un cercle peut ainsi se construire entre surcharge et mauvaise récupération.

Le corps

L’épuisement professionnel peut s’accompagner de manifestations physiques : tensions, maux de tête, troubles digestifs, perturbations du sommeil ou sensation générale d’épuisement.

Mais ces symptômes ne sont pas spécifiques au burn-out. Ils peuvent avoir de nombreuses causes.

Il est donc important de ne pas attribuer automatiquement tout symptôme physique au stress professionnel.

Les émotions

L’épuisement peut modifier fortement le fonctionnement émotionnel. Certaines personnes deviennent irritables. D’autres pleurent plus facilement. D’autres encore décrivent surtout une impression de vide :

« Je ne ressens plus grand-chose. »

Ce détachement peut parfois être vécu comme particulièrement inquiétant lorsque la personne était auparavant passionnée par son activité.

La perte de plaisir

Une personne peut continuer à accomplir ses tâches tout en ayant perdu toute satisfaction.

Le travail est devenu exclusivement une succession d’obligations.

Puis cette perte de plaisir peut s’étendre en dehors du travail. Les loisirs eux-mêmes deviennent difficiles parce que la personne est trop fatiguée pour en profiter.

À ce stade, il devient important d’examiner plus largement la situation psychologique.

Burn-out et dépression

Les deux peuvent partager plusieurs manifestations : fatigue, difficultés de concentration, perte d’intérêt, sommeil perturbé, découragement.

Ils ne sont cependant pas simplement synonymes.

L’épuisement professionnel est défini par son lien avec le contexte du travail, tandis qu’un épisode dépressif concerne un ensemble plus large de symptômes pouvant toucher tous les domaines de l’existence.

Les deux situations peuvent néanmoins coexister. Une personne épuisée professionnellement peut développer une dépression, et une dépression peut également affecter profondément le fonctionnement professionnel.

Burn-out et anxiété

L’anxiété peut également apparaître.

La personne anticipe :

la prochaine réunion ;

le prochain message ;

le retour du lundi ;

la réaction d’un supérieur ;

la quantité de travail accumulée.

Parfois, le simple son d’une notification professionnelle suffit à provoquer une tension immédiate.

Le travail n’est alors plus seulement fatigant. Il devient associé à une alerte presque permanente.

Le dimanche soir

Certaines personnes ressentent une légère réticence avant de reprendre le travail. Cela ne constitue évidemment pas un burn-out.

Mais lorsqu’une détresse importante revient systématiquement à l’approche de la reprise, elle mérite d’être observée.

La question utile n’est pas :

« Est-ce normal de ne pas avoir envie d’aller travailler ? »

mais :

« Qu’est-ce que cette reprise provoque exactement et depuis combien de temps ? »

Le présentéisme

Une personne épuisée ne s’arrête pas toujours.

Elle peut continuer à venir travailler tout en fonctionnant très en dessous de ses capacités habituelles.

Elle met davantage de temps.

Commet davantage d’erreurs.

A du mal à décider.

Puis reste plus longtemps pour compenser.

Le présentéisme peut ainsi entretenir la situation tout en donnant l’impression extérieure que la personne est encore opérationnelle.

Le télétravail

Le télétravail peut réduire certaines contraintes et offrir davantage de flexibilité. Mais il peut également effacer les frontières.

L’ordinateur professionnel est à quelques mètres.

Les messages arrivent.

La personne se dit :

« Je réponds juste à celui-là. »

Puis un autre.

Lorsque le lieu de repos devient également le lieu de travail, la transition psychologique entre les deux peut devenir plus difficile.

Les technologies et la disponibilité permanente

Pouvoir être contacté ne signifie pas devoir être disponible à chaque instant.

Pourtant, certaines cultures professionnelles créent une attente implicite de réponse rapide, y compris en dehors des horaires habituels.

La frontière ne disparaît pas nécessairement par ordre explicite. Elle peut disparaître progressivement parce que chacun voit les autres répondre et pense devoir faire de même.

Le travail indépendant

L’épuisement professionnel ne concerne pas uniquement les salariés.

Un indépendant peut cumuler plusieurs fonctions : produire, vendre, administrer, communiquer, résoudre les problèmes, gérer les finances et préparer la suite.

Il peut également être plus difficile de déterminer :

« Ma journée est terminée. »

Lorsqu’il n’existe pas de frontière extérieure, la personne doit construire elle-même certaines limites.

Mais ces limites ne peuvent pas être pensées indépendamment des réalités économiques. Une personne dont la survie financière dépend directement de son activité ne peut pas toujours simplement « travailler moins ».

La passion

« Fais ce que tu aimes et tu ne travailleras jamais » est une formule séduisante, mais trompeuse.

Une activité passionnante demande également :

effort ;

organisation ;

répétition ;

contraintes ;

décisions.

La passion peut même faciliter le dépassement des limites parce que la personne accepte davantage d’efforts pour quelque chose qui compte énormément pour elle.

Aimer son travail ne protège donc pas automatiquement de l’épuisement.

La responsabilité

Plus une personne porte de responsabilités, plus il peut être difficile de s’arrêter.

« Si je m’arrête, qui fera le travail ? »

Cette question peut être parfaitement réaliste.

Mais si une organisation dépend durablement de l’impossibilité pour une personne de s’arrêter, cela révèle également une fragilité du système.

Les métiers d’aide

Soignants, aidants professionnels, travailleurs sociaux, enseignants et autres métiers fortement relationnels peuvent rencontrer une charge émotionnelle particulière.

Ils ne produisent pas seulement une tâche.

Ils travaillent avec :

la souffrance ;

la détresse ;

les conflits ;

les attentes ;

les besoins humains.

Lorsque les moyens disponibles ne correspondent plus à ce qu’ils estiment nécessaire, la tension peut devenir particulièrement importante.

L’épuisement compassionnel

Dans certains métiers ou situations d’aide, une exposition répétée à la souffrance d’autrui peut produire une fatigue émotionnelle spécifique.

La personne peut se sentir moins disponible, plus distante ou plus irritable et s’en culpabiliser :

« Je devrais encore avoir de l’empathie. »

Mais une capacité relationnelle continuellement sollicitée peut également s’épuiser.

Reconnaître cette limite n’est pas un aveu d’indifférence.

Les relations professionnelles

Un environnement conflictuel peut être épuisant même lorsque la charge de travail reste raisonnable.

Tensions.

Critiques constantes.

Absence de soutien.

Compétition permanente.

Management imprévisible.

Harcèlement.

La personne peut passer une grande partie de son énergie non pas à travailler, mais à anticiper les interactions.

Harcèlement et épuisement

Le harcèlement au travail peut évidemment conduire à un épuisement important, mais il ne faut pas confondre les deux phénomènes.

Le burn-out peut exister sans harcèlement.

Le harcèlement peut produire des conséquences qui dépassent l’épuisement professionnel.

Il sera donc traité séparément.

La vie personnelle

Le travail n’existe pas dans un compartiment hermétique.

Une personne peut supporter une période professionnelle intense lorsqu’elle dispose par ailleurs de :

repos ;

soutien ;

temps ;

stabilité.

La même charge devient beaucoup plus difficile lorsqu’elle se combine avec :

maladie ;

problèmes familiaux ;

difficultés financières ;

responsabilités d’aidant ;

manque de sommeil.

L’épuisement résulte parfois de l’addition de plusieurs charges dont le travail constitue seulement la partie la plus visible.

Le faux équilibre parfait

L’expression équilibre vie professionnelle-vie personnelle peut donner l’impression qu’il existerait une répartition idéale et constante.

Dans la réalité, certaines périodes exigent davantage de travail et d’autres davantage de disponibilité personnelle.

La question est plutôt de savoir si le déséquilibre est :

choisi ou subi ;

temporaire ou permanent ;

récupérable ou destructeur.

Une période exceptionnellement intense n’est pas nécessairement problématique si elle possède réellement une fin et si la récupération reste possible.

Les vacances ne réparent pas une organisation impossible

Des vacances peuvent permettre de récupérer.

Mais si la personne revient exactement dans les mêmes conditions qui ont produit son épuisement, l’amélioration peut être très courte.

Il est donc insuffisant de penser uniquement :

repos → retour → même système.

Il faut parfois examiner ce qui doit changer dans les conditions de travail elles-mêmes.

« Prends soin de toi »

Le conseil est bien intentionné.

Mais il peut devenir absurde lorsqu’il est adressé à quelqu’un auquel on impose simultanément une charge impossible.

Méditation.

Sport.

Respiration.

Loisirs.

Ces pratiques peuvent être utiles.

Elles ne doivent pas servir à transférer entièrement sur l’individu la responsabilité d’un environnement professionnel dysfonctionnel.

On ne compense pas toujours un problème d’organisation par une meilleure capacité personnelle à le supporter.

La responsabilité individuelle existe néanmoins

L’environnement n’explique pas tout.

Une personne peut également contribuer à son épuisement lorsqu’elle :

n’ose jamais dire non ;

accepte chaque demande ;

refuse de déléguer ;

vise une perfection impossible ;

ne prend jamais de pause ;

transforme chaque tâche en urgence.

Reconnaître ces mécanismes ne signifie pas rendre la personne responsable de conditions de travail injustes.

Il s’agit de distinguer ce qu’elle peut modifier de ce qui exige un changement extérieur.

Dire non

Dire non au travail peut être difficile.

La personne craint :

de décevoir ;

de perdre une opportunité ;

d’être considérée comme peu motivée ;

de laisser tomber ses collègues.

Mais accepter continuellement plus que ce qui peut réellement être réalisé ne crée pas une capacité supplémentaire.

Cela reporte simplement le problème.

Prioriser signifie aussi renoncer

Une véritable priorité implique que certaines choses soient moins prioritaires.

Lorsque cinq tâches sont toutes annoncées comme absolument urgentes, la personne ne possède plus une priorité : elle possède cinq urgences concurrentes.

Demander :

« Si je ne peux en terminer qu’une aujourd’hui, laquelle doit passer en premier ? »

peut parfois obliger l’organisation à rendre explicite un choix qu’elle faisait porter implicitement au salarié.

Déléguer

Certaines personnes délèguent difficilement parce qu’elles pensent :

« Ce sera plus rapide si je le fais moi-même. »

À court terme, c’est parfois vrai.

Mais lorsque cette logique s’applique à tout, la personne devient le point de passage obligatoire de chaque tâche.

Déléguer suppose aussi d’accepter qu’une autre personne puisse faire correctement sans faire exactement de la même manière.

L’arrêt

Lorsqu’une personne ne peut plus fonctionner normalement, un arrêt de travail peut parfois faire partie de la prise en charge médicale.

Mais l’arrêt n’est ni une honte ni, à lui seul, une solution universelle.

Il peut permettre une récupération et une prise de distance. La suite dépend ensuite de la situation : état de la personne, conditions professionnelles, possibilités d’adaptation et causes de l’épuisement.

La culpabilité de s’arrêter

Une personne épuisée peut penser :

« Mes collègues vont devoir faire mon travail. »

Cette culpabilité peut être très forte, particulièrement dans les équipes déjà en sous-effectif.

Mais une organisation qui ne peut fonctionner que si chacun travaille jusqu’à l’épuisement possède un problème qui dépasse la responsabilité individuelle de celui qui finit par ne plus pouvoir continuer.

Le retour

Reprendre exactement au même rythme peut réactiver rapidement les difficultés.

Le retour peut nécessiter, selon la situation, une réflexion sur :

la charge ;

les horaires ;

les responsabilités ;

les priorités ;

les limites ;

les adaptations possibles.

Il ne s’agit pas simplement de démontrer :

« Je suis redevenu capable de supporter exactement ce qui m’a épuisé. »

La peur de ne plus être comme avant

Après un épuisement important, la personne peut vouloir retrouver immédiatement son ancien fonctionnement.

Mais une autre question peut être plus utile :

« Est-ce réellement à ce fonctionnement-là que je veux revenir ? »

Certaines habitudes qui paraissaient autrefois être des qualités ont peut-être participé au problème.

Toujours disponible.

Toujours capable.

Jamais absent.

Jamais en retard.

Jamais besoin d’aide.

La récupération peut parfois demander de construire un fonctionnement différent plutôt que de restaurer exactement l’ancien.

L’identité professionnelle

Lorsque le travail occupe une place centrale dans l’identité, l’épuisement peut provoquer une véritable crise.

« Si je ne suis plus capable de travailler comme avant, qui suis-je ? »

La personne peut découvrir qu’elle avait progressivement confondu :

ce qu’elle fait ;

ce qu’elle produit ;

et ce qu’elle vaut.

Le travail peut être profondément important sans devenir l’unique fondement de l’identité.

Changer de métier ?

Après un burn-out, certaines personnes souhaitent immédiatement quitter leur profession.

Pour certaines, ce sera effectivement une décision pertinente.

Pour d’autres, le problème concernait davantage :

une organisation ;

un poste ;

un supérieur ;

une période ;

des conditions particulières.

Il n’est donc pas toujours possible de conclure :

« Ce métier n’est plus pour moi. »

Il faut parfois distinguer le métier de la manière dont il était exercé dans un contexte précis.

Le risque de tout attribuer au travail

Une autre prudence est nécessaire.

Une fatigue profonde, des troubles du sommeil, des difficultés cognitives ou une perte d’énergie peuvent avoir différentes causes.

Psychologiques.

Médicales.

Sociales.

Professionnelles.

Plusieurs peuvent coexister.

L’étiquette burn-out ne doit donc pas empêcher d’examiner d’autres explications lorsque cela est nécessaire.

Prévenir

Prévenir l’épuisement ne signifie pas supprimer toute période intense.

Il s’agit davantage de conserver des possibilités de récupération et d’identifier les déséquilibres avant qu’ils ne deviennent permanents.

Certaines questions peuvent servir de repères :

Est-ce que je récupère encore ?

Puis-je réellement m’arrêter lorsque ma journée est terminée ?

Ma charge est-elle temporairement élevée ou devenue structurellement impossible ?

Ai-je une marge de décision ?

Puis-je signaler une difficulté sans être immédiatement disqualifié ?

Ce travail continue-t-il à avoir un sens pour moi ?

La récupération

Récupérer ne signifie pas uniquement ne pas travailler.

Une personne peut passer son week-end à ruminer le travail.

Physiquement absente.

Psychologiquement encore au bureau.

La récupération implique aussi des périodes où l’attention peut réellement quitter les exigences professionnelles.

Ce qui permet cette déconnexion varie selon les personnes.

Retrouver autre chose que le travail

Lorsque le travail a progressivement occupé toute la place, la récupération peut aussi passer par la reconstruction d’autres dimensions de l’existence.

Relations.

Activités.

Repos.

Curiosité.

Création.

Mouvement.

Vie familiale.

Il ne s’agit pas de fabriquer artificiellement des loisirs obligatoires, mais de permettre que l’identité et le temps ne soient plus entièrement absorbés par une seule fonction.

Quand demander de l’aide ?

Une aide mérite d’être envisagée lorsque l’épuisement devient durable, lorsque le repos ne permet plus une récupération suffisante, lorsque le fonctionnement professionnel ou personnel se dégrade nettement ou lorsque des symptômes anxieux ou dépressifs apparaissent.

Une évaluation peut également être importante lorsqu’il existe des symptômes physiques importants, afin de ne pas attribuer automatiquement au travail ce qui pourrait avoir une autre origine.

Lorsque la situation entraîne désespoir profond, idées suicidaires ou impossibilité de se maintenir en sécurité, une aide urgente est nécessaire.

La psychothérapie

La psychothérapie peut notamment permettre d’examiner certains mécanismes qui participent à l’épuisement : perfectionnisme, difficulté à poser des limites, peur de décevoir, rapport à la performance, identité professionnelle ou impossibilité à se désengager mentalement du travail.

Elle ne doit toutefois pas servir à apprendre à quelqu’un à supporter indéfiniment une situation objectivement destructrice.

Les approches thérapeutiques seront développées dans la partie Psychothérapie.

À retenir

L’épuisement professionnel ne peut être réduit ni à une faiblesse individuelle ni à une organisation toujours entièrement responsable. Il apparaît souvent à l’intersection entre les exigences d’un environnement et la manière dont une personne tente d’y répondre.

Certaines personnes s’épuisent parce qu’on leur demande réellement trop. D’autres parce qu’elles ne parviennent plus à limiter ce qu’elles exigent d’elles-mêmes. Très souvent, les deux dimensions se renforcent.

Le problème commence lorsque l’exception devient la norme : travailler davantage pour rattraper le retard, sacrifier la récupération pour maintenir la qualité, compenser le manque de moyens par davantage d’investissement personnel, puis utiliser les dernières ressources disponibles pour cacher que les ressources manquent.

La question n’est donc pas seulement :

« Comment retrouver assez d’énergie pour recommencer comme avant ? »

Elle est aussi :

« Qu’est-ce qui, dans ma manière de travailler ou dans les conditions dans lesquelles je travaille, doit changer pour que retrouver de l’énergie ne serve pas simplement à l’épuiser de nouveau ? »

Car récupérer n’a pas pour seul objectif de redevenir capable de supporter l’insupportable. Récupérer doit aussi permettre de retrouver une manière de travailler dans laquelle l’effort reste compatible avec la possibilité de continuer à vivre en dehors du travail.

Contenu d’information générale. Les techniques de soin et leurs indications demandent une évaluation adaptée à la situation.