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DOULEUR ET PSYCHOLOGIE

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DOULEUR ET PSYCHOLOGIE

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La douleur semble, à première vue, appartenir entièrement au corps.

Une articulation fait mal.

Une blessure fait mal.

Une maladie provoque une douleur.

Il pourrait donc sembler étrange de parler de douleur dans une rubrique consacrée à la psychologie.

Pourtant, la douleur est une expérience.

Elle implique le corps, le système nerveux, le cerveau, les émotions, l’attention, la mémoire, les attentes, le contexte et l’histoire de la personne.

Cela ne signifie absolument pas que la douleur serait « imaginaire ».

Dire qu’une douleur possède une dimension psychologique ne signifie pas qu’elle n’est pas réelle. Cela signifie que l’être humain ressent la douleur avec tout son organisme, et pas seulement avec la partie du corps qui fait mal.

Douleur et nociception

Il est utile de distinguer deux notions.

La nociception correspond aux processus par lesquels le système nerveux détecte et traite certaines informations liées à une menace ou à une atteinte potentielle des tissus.

La douleur est l’expérience désagréable ressentie par la personne.

Les deux sont liées.

Mais elles ne sont pas parfaitement identiques.

Une activité nociceptive peut exister sans produire exactement la même douleur chez deux personnes.

Et l’intensité de la douleur ne correspond pas toujours de manière simple à l’importance observable d’une lésion.

La douleur est réelle

Cette distinction est fondamentale.

Lorsque les examens n’expliquent pas entièrement l’intensité d’une douleur, la conclusion ne doit pas être :

« Donc vous n’avez rien. »

Encore moins :

« C’est dans votre tête. »

Une personne peut ressentir une douleur authentique même lorsque les mécanismes qui la produisent sont complexes ou qu’aucune lésion proportionnelle à son intensité n’est visible.

La douleur n’a pas besoin d’être photographiée pour être vécue.

Douleur aiguë et douleur chronique

Une douleur aiguë apparaît généralement dans un contexte relativement limité dans le temps.

Blessure.

Intervention.

Inflammation.

Maladie.

Elle peut jouer un rôle d’alarme et conduire à protéger une partie du corps.

La douleur chronique, elle, persiste ou revient sur une longue période.

Elle peut progressivement devenir un problème à part entière et transformer de nombreux aspects de la vie.

Lorsque l’alarme continue

Une alarme est utile lorsqu’elle signale un danger.

Mais imaginons une alarme devenue extrêmement sensible.

Elle réagit fortement.

Parfois à une menace relativement faible.

Parfois alors que le danger initial a diminué.

Cette comparaison peut aider à comprendre certains mécanismes de douleur persistante.

Mais elle doit être utilisée avec prudence.

Elle ne signifie pas :

« Votre douleur est une fausse alarme. »

Elle signifie que les systèmes participant à la douleur peuvent eux-mêmes se modifier.

La douleur est une expérience protectrice

Le système de la douleur cherche notamment à protéger l’organisme.

Lorsque nous nous blessons, nous modifions spontanément nos comportements.

Nous évitons certains mouvements.

Nous protégeons la zone.

Nous nous reposons.

Cette protection est souvent utile.

Mais lorsqu’une douleur persiste longtemps, les comportements de protection peuvent parfois devenir eux-mêmes très importants dans la vie quotidienne.

Le cerveau n’invente pas la douleur

Dire que le cerveau participe à l’expérience douloureuse provoque parfois une réaction :

« Vous êtes donc en train de dire que j’invente ma douleur. »

Non.

Le cerveau participe également à la vision.

Cela ne signifie pas que nous inventons volontairement ce que nous voyons.

Il participe à l’audition.

Cela ne signifie pas que les sons sont imaginaires.

La participation du cerveau à la douleur ne retire rien à sa réalité.

L’intensité n’est pas uniquement une mesure de lésion

Deux personnes présentant des lésions similaires peuvent décrire des douleurs différentes.

Et chez une même personne, une douleur peut varier selon les moments.

Cette variabilité ne signifie pas que la personne ment.

Elle montre simplement que l’expérience douloureuse dépend de nombreux facteurs.

L’attention

La douleur attire naturellement l’attention.

C’est logique.

Une alarme biologique doit être difficile à ignorer.

Mais l’attention peut également modifier l’expérience.

Lorsque toute l’attention est dirigée vers une sensation douloureuse, celle-ci peut occuper une place immense.

Lorsque l’attention est fortement mobilisée ailleurs, la douleur peut parfois sembler momentanément moins présente.

Elle n’a pas nécessairement disparu.

Son poids dans le champ de conscience a changé.

Impossible de « ne pas y penser »

Dire à quelqu’un :

« Arrête d’y penser »

est rarement utile.

Plus une sensation est importante et menaçante, plus le cerveau tend naturellement à la surveiller.

La personne ne choisit pas simplement de s’obséder.

Elle cherche parfois à comprendre :

« Est-ce que ça augmente ? »

« Est-ce dangereux ? »

« Qu’est-ce qui se passe ? »

Cette surveillance peut devenir épuisante.

L’hypervigilance corporelle

Lorsqu’une personne vit depuis longtemps avec une douleur, elle peut devenir extrêmement attentive aux sensations de son corps.

Un petit changement est immédiatement détecté.

Une tension.

Un élancement.

Une raideur.

Cette vigilance peut être compréhensible, notamment lorsque la douleur a déjà annoncé de véritables problèmes.

Mais elle peut aussi rendre chaque sensation plus saillante et augmenter l’inquiétude.

La peur

La douleur fait peur.

Particulièrement lorsqu’elle est :

intense ;

nouvelle ;

inexpliquée ;

imprévisible ;

associée à une maladie ;

ou vécue comme le signe possible d’une aggravation.

La peur n’est donc pas un élément secondaire ridicule.

Elle fait partie de l’expérience.

« Si je bouge, je vais aggraver les dégâts »

Après une blessure, éviter certains mouvements peut être parfaitement approprié.

Mais dans certaines douleurs persistantes, la peur du mouvement peut continuer alors que la situation a changé.

La personne réduit progressivement :

la marche ;

les sorties ;

les activités ;

les gestes ;

les déplacements.

Elle cherche à se protéger.

Mais la réduction excessive d’activité peut entraîner d’autres difficultés.

Le cercle peur-évitement

Un mécanisme fréquemment décrit peut ressembler à ceci :

douleur → peur → évitement → diminution d’activité → perte de capacités et de confiance → davantage de difficulté lors des mouvements → davantage de peur.

Ce modèle n’explique pas toutes les douleurs chroniques.

Mais il peut aider à comprendre certaines situations.

L’évitement n’est alors pas de la paresse.

Il constitue une tentative de protection devenue coûteuse.

La catastrophisation

Le terme peut être mal compris.

Il ne signifie pas :

« Vous dramatisez pour rien. »

Il décrit une manière de penser dans laquelle la douleur est associée à des interprétations particulièrement menaçantes.

« Cela ne finira jamais. »

« Je ne pourrai plus rien faire. »

« Ma vie est terminée. »

Ces pensées peuvent apparaître précisément parce que la personne souffre depuis longtemps.

Elles méritent d’être comprises plutôt que ridiculisées.

L’incertitude médicale

Ne pas savoir pourquoi nous avons mal peut être particulièrement difficile.

Une explication, même imparfaite, permet parfois de donner une structure à l’expérience.

Sans explication :

« Et si on avait raté quelque chose ? »

La personne peut multiplier les recherches et consultations.

Parfois à juste titre.

Parfois sans jamais obtenir la certitude totale qu’elle recherche.

Le diagnostic peut soulager

Recevoir un nom peut parfois provoquer un soulagement.

Non parce que la maladie est souhaitée.

Mais parce que l’expérience devient reconnue.

« Enfin, quelqu’un comprend que ce que je ressens existe. »

La reconnaissance peut avoir une importance psychologique considérable.

Mais le diagnostic peut aussi enfermer

Un diagnostic peut également devenir une identité.

« Je suis ma maladie. »

Chaque projet est évalué à travers elle.

Chaque sensation devient une confirmation.

Le diagnostic est alors passé d’un outil permettant de comprendre une situation à une définition globale de la personne.

Il faut pouvoir reconnaître une maladie sans réduire toute l’existence à celle-ci.

La mémoire de la douleur

Nous ne mémorisons pas la douleur comme une mesure objective enregistrée seconde par seconde.

Notre souvenir est influencé par différents éléments.

L’intensité.

La durée.

Les moments les plus difficiles.

La manière dont l’épisode s’est terminé.

Les conséquences.

Une expérience antérieure très douloureuse peut également modifier les attentes lors d’une situation future comparable.

L’anticipation

« La dernière fois, j’ai énormément souffert. »

Avant même que l’événement recommence, la personne peut être tendue.

Elle anticipe.

Surveille.

Se prépare.

Cette anticipation ne signifie pas qu’elle crée volontairement la douleur.

Elle montre que l’expérience passée influence la manière dont l’organisme aborde la situation suivante.

Les attentes

Les attentes peuvent modifier certaines expériences corporelles.

Si nous pensons qu’une situation va être très douloureuse, notre attention et notre niveau d’alerte peuvent changer.

À l’inverse, se sentir en sécurité et comprendre ce qui va se passer peut parfois réduire une partie de la détresse.

Cela ne signifie pas que « penser positif » suffit à supprimer une douleur.

Placebo : un mot souvent mal compris

Lorsqu’un effet placebo intervient, cela ne signifie pas que la personne a inventé son amélioration.

Les attentes, le contexte thérapeutique et la perception de sécurité peuvent influencer des mécanismes réels de l’expérience douloureuse.

L’effet placebo montre précisément que la relation entre contexte, cerveau et corps est complexe.

L’effet nocebo

L’inverse peut également se produire.

Une attente négative peut augmenter la perception de certains symptômes ou effets indésirables.

Par exemple, une information anxiogène présentée sans nuance peut augmenter l’attention portée à certaines sensations.

Informer reste évidemment nécessaire.

Mais la manière de présenter l’information peut avoir des conséquences.

Le stress

Le stress peut modifier l’expérience de la douleur.

Tensions musculaires.

Sommeil perturbé.

Hypervigilance.

Fatigue.

Attention davantage orientée vers les menaces.

Une période stressante peut donc être associée à une augmentation de certaines douleurs.

Cela ne signifie pas :

« Votre douleur vient seulement du stress. »

Le stress peut être un facteur parmi d’autres.

La douleur provoque elle-même du stress

Il ne faut pas inverser trop rapidement la causalité.

Une personne qui souffre quotidiennement peut devenir stressée parce qu’elle souffre.

Elle s’inquiète pour :

son travail ;

ses finances ;

son autonomie ;

son sommeil ;

ses relations ;

son avenir.

Dire :

« Vous avez mal parce que vous êtes stressé »

peut donc parfois renverser une relation beaucoup plus complexe.

Le sommeil

Douleur et sommeil peuvent entretenir une relation difficile.

La douleur empêche de dormir.

Le manque de sommeil augmente la fatigue et peut modifier la sensibilité à la douleur.

La journée suivante devient plus difficile.

La personne bouge moins.

Puis la nuit suivante arrive.

Le sommeil n’est donc pas seulement une conséquence secondaire.

Il peut faire partie du cercle général de la douleur persistante.

La fatigue

Vivre avec une douleur demande de l’énergie.

Se concentrer malgré elle.

Travailler malgré elle.

Parler malgré elle.

Faire les tâches quotidiennes.

La personne peut paraître ne rien faire d’extraordinaire tout en dépensant énormément de ressources simplement pour maintenir un fonctionnement ordinaire.

Douleur et humeur

Une douleur persistante peut affecter l’humeur.

Irritabilité.

Découragement.

Tristesse.

Perte d’intérêt.

La personne peut progressivement renoncer à des activités qui constituaient auparavant des sources de plaisir.

Une dépression peut parfois apparaître dans ce contexte.

Cela ne signifie pas que la dépression était la cause initiale de la douleur.

Dépression et douleur

La relation fonctionne également dans l’autre direction.

Une dépression peut modifier :

le sommeil ;

l’énergie ;

l’attention ;

l’activité ;

la perception corporelle.

Certaines personnes dépressives présentent de nombreuses plaintes physiques.

Il faut donc éviter les raisonnements simplistes dans les deux sens.

Psychique et physique peuvent s’influencer mutuellement.

L’irritabilité

Souffrir continuellement réduit parfois la tolérance.

Le bruit agace.

Les questions fatiguent.

Une remarque banale déclenche une réaction disproportionnée.

L’entourage peut penser :

« Il est devenu insupportable. »

La douleur n’excuse pas tout comportement.

Mais elle peut expliquer pourquoi les ressources émotionnelles sont plus limitées.

Les proches

La douleur chronique affecte souvent l’ensemble du système relationnel.

Les proches veulent aider.

Ils ne savent pas toujours comment.

Ils demandent :

« Ça va mieux ? »

La personne répond pour la centième fois :

« Non. »

Tout le monde finit parfois par être épuisé par un problème qu’aucun d’eux ne peut résoudre simplement.

Le besoin d’être cru

L’une des souffrances les plus importantes peut être :

ne pas être cru.

Particulièrement lorsque la douleur est invisible.

La personne entend :

« Pourtant, tu as bonne mine. »

Ou :

« Hier, tu es sorti, donc ça ne doit pas être si grave. »

Mais une personne peut avoir une bonne journée, sourire ou accomplir une activité et continuer à souffrir.

Une bonne journée ne prouve pas l’absence de douleur

Les symptômes peuvent varier.

Une personne peut réussir une activité aujourd’hui et ne pas pouvoir la répéter demain.

Cette variabilité peut être difficile à comprendre pour l’entourage.

Elle peut même être difficile à accepter pour la personne elle-même :

« Hier j’ai réussi, pourquoi pas aujourd’hui ? »

Le fonctionnement humain n’est pas toujours parfaitement constant.

Le piège du « tout ou rien »

Une bonne journée arrive.

La personne veut rattraper tout ce qu’elle n’a pas pu faire.

Elle travaille.

Range.

Sort.

Multiplie les activités.

Puis elle s’effondre.

Quelques jours plus tard, elle recommence.

Ce fonctionnement en alternance entre suractivité et arrêt complet peut devenir difficile.

Trouver un rythme plus régulier peut parfois être utile dans certaines douleurs persistantes.

Les limites

Accepter certaines limites ne signifie pas abandonner.

Il peut s’agir de reconnaître :

« Aujourd’hui, mon corps ne me permet pas la même chose qu’avant. »

Mais une autre question doit rester ouverte :

« Parmi ces limites, lesquelles sont réellement imposées par ma situation et lesquelles ai-je ajoutées progressivement par peur ? »

La réponse n’est pas toujours simple.

Le mouvement

Dans certaines situations, le mouvement peut faire partie de la récupération ou de la gestion d’une douleur chronique.

Dans d’autres, certains mouvements doivent être évités ou adaptés.

Il serait donc irresponsable de donner une règle générale :

« Il faut bouger malgré la douleur. »

La nature de la douleur et les recommandations adaptées à la situation comptent.

Le rapport au corps

Une douleur persistante peut transformer la relation au corps.

Le corps devient :

ennemi ;

obstacle ;

source de trahison.

« Mon corps m’empêche de vivre. »

Cette rupture peut être profonde.

Retrouver une relation moins exclusivement conflictuelle avec le corps peut constituer un enjeu psychologique important, même lorsque la douleur ne disparaît pas totalement.

Le corps d’avant

La personne peut comparer continuellement son fonctionnement actuel à celui d’avant.

« Avant, je pouvais… »

Cette comparaison est compréhensible.

Elle contient parfois un véritable deuil.

Deuil d’une capacité.

D’une activité.

D’une certaine spontanéité.

D’une image de soi.

Reconnaître cette perte peut être plus juste que d’exiger immédiatement une attitude positive.

Identité et douleur chronique

Lorsque les consultations, traitements, limitations et symptômes occupent énormément de temps, la douleur peut devenir centrale dans l’identité.

La personne est :

celle qui souffre ;

celle qui ne peut plus ;

celle qui a telle maladie.

Pourtant, elle reste également beaucoup d’autres choses.

Préserver ou reconstruire ces autres dimensions peut être important :

relations ;

créativité ;

valeurs ;

compétences ;

rôles ;

projets accessibles.

L’autonomie

Une douleur chronique peut obliger à demander de l’aide.

Pour une personne très indépendante, cette situation peut être psychologiquement difficile.

Elle peut ressentir :

honte ;

culpabilité ;

colère ;

impression d’être un poids.

Recevoir de l’aide ne signifie pourtant pas nécessairement perdre toute autonomie.

L’autonomie peut aussi consister à participer aux décisions et à organiser l’aide dont nous avons réellement besoin.

Travail et douleur

Continuer à travailler peut être important pour :

les revenus ;

l’identité ;

les relations sociales ;

le sentiment de compétence.

Mais certaines douleurs rendent certaines activités extrêmement difficiles.

La personne peut alors se retrouver entre deux injonctions :

« Il faut continuer. »

et

« Il faut écouter son corps. »

Les adaptations nécessaires dépendent de la situation réelle, pas d’une règle morale universelle.

La douleur invisible au travail

Une personne peut hésiter à parler de sa douleur.

Elle craint d’être considérée comme :

moins compétente ;

fragile ;

peu fiable.

Elle peut donc cacher ses difficultés jusqu’à épuisement.

À l’inverse, certaines adaptations précoces peuvent parfois permettre de maintenir davantage d’activité.

La question dépend évidemment du contexte professionnel et de la situation individuelle.

La douleur et les activités agréables

Une difficulté importante apparaît lorsque toutes les activités deviennent évaluées uniquement selon la douleur.

« Est-ce que cela va me faire mal ? »

Progressivement, la vie peut se réduire autour de l’évitement.

Lorsque cela est possible et adapté, retrouver certaines activités significatives peut permettre que la journée ne soit plus organisée uniquement autour du symptôme.

Accepter la douleur ?

Le mot acceptation provoque parfois une réaction compréhensible.

« Vous voulez que j’accepte de souffrir ? »

En psychologie, accepter ne signifie pas :

aimer ;

approuver ;

renoncer à chercher des solutions ;

considérer la douleur comme inévitable.

Il peut signifier reconnaître la réalité présente sans consacrer toute l’énergie disponible à lutter mentalement contre le fait qu’elle existe aujourd’hui.

Douleur et lutte

Il existe deux souffrances possibles.

La douleur elle-même.

Et la lutte permanente contre sa présence :

« Elle ne devrait pas être là. »

« Je refuse que ma vie soit comme ça. »

Cette révolte est profondément compréhensible.

Mais lorsqu’une douleur ne peut pas être supprimée immédiatement, la lutte psychologique constante peut parfois consommer énormément d’énergie sans modifier le symptôme.

Acceptation ne signifie pas résignation

La distinction est essentielle.

Résignation :

« Rien ne peut être fait. »

Acceptation :

« Voilà la réalité actuelle. Qu’est-ce qui reste possible à partir d’ici ? »

Une personne peut accepter la présence actuelle d’une douleur tout en continuant :

à chercher des soins ;

à adapter son activité ;

à explorer des solutions ;

à protéger ses projets.

Les valeurs

Lorsque la douleur occupe toute la vie, une question peut devenir importante :

« Qu’est-ce qui compte encore pour moi, même avec cette douleur ? »

Famille.

Création.

Apprentissage.

Amitié.

Spiritualité.

Contribution.

Nature.

Ces valeurs ne suppriment pas la douleur.

Elles peuvent toutefois empêcher celle-ci de devenir l’unique organisatrice de l’existence.

Le contrôle

Une personne souffrant depuis longtemps peut consacrer énormément de temps à essayer de contrôler chaque variation.

Alimentation.

Posture.

Température.

Activité.

Sommeil.

Stress.

Chaque élément devient potentiellement responsable.

Certaines adaptations sont utiles.

Mais la recherche d’un contrôle total peut devenir une nouvelle source de fatigue et d’anxiété.

L’imprévisibilité

La douleur chronique est particulièrement difficile lorsqu’elle est imprévisible.

La personne ne sait pas comment elle se sentira demain.

Elle hésite à faire des projets.

« Et si je dois annuler ? »

Progressivement, elle peut cesser de prévoir quoi que ce soit.

La douleur influence alors non seulement le présent, mais aussi l’organisation du futur.

Annuler

Devoir annuler fréquemment peut produire de la culpabilité.

La personne craint que les autres pensent qu’elle invente une excuse.

Elle peut alors se forcer à participer au prix d’un coût important.

Ou s’isoler pour ne plus avoir à annuler.

Un entourage capable de comprendre une certaine flexibilité peut réduire cette pression.

La colère contre son corps

« Pourquoi moi ? »

« Pourquoi mon corps me fait ça ? »

Cette colère peut être légitime.

Il n’est pas nécessaire de transformer immédiatement toute souffrance en leçon de vie.

Certaines situations sont simplement injustes et difficiles.

La psychologie n’a pas pour fonction d’obliger une personne à être reconnaissante de sa douleur.

Donner du sens

Certaines personnes finissent néanmoins par donner un sens à ce qu’elles ont traversé.

Elles changent certaines priorités.

Développent un projet.

Aident d’autres personnes.

Cette reconstruction peut être précieuse lorsqu’elle vient de la personne elle-même.

Elle devient problématique lorsqu’elle est imposée :

« Cette maladie devait forcément t’arriver pour t’apprendre quelque chose. »

Nous ne connaissons pas le sens que quelqu’un doit donner à sa souffrance.

Les promesses de guérison

Une personne qui souffre depuis longtemps peut devenir particulièrement vulnérable aux promesses :

« Cette méthode élimine toutes les douleurs. »

L’espoir est compréhensible.

Mais la détresse peut également conduire à investir beaucoup d’argent, de temps ou d’énergie dans des solutions présentées avec une certitude injustifiée.

Une promesse absolue mérite précisément davantage de prudence.

Approche globale ne signifie pas nier le corps

Une prise en compte psychologique de la douleur ne remplace pas nécessairement les dimensions médicales, physiques ou sociales.

Une approche réellement globale peut considérer :

le corps ;

le système nerveux ;

l’état psychologique ;

les habitudes ;

le sommeil ;

l’environnement ;

les relations ;

le travail ;

les ressources disponibles.

Elle ne choisit pas artificiellement entre :

« physique »

et

« psychologique ».

Psychothérapie et douleur chronique

Un accompagnement psychologique peut parfois aider à travailler sur :

la peur du mouvement ;

l’anxiété ;

la catastrophisation ;

l’adaptation aux limitations ;

les émotions ;

le sommeil ;

la reprise d’activités ;

les valeurs ;

la relation au corps ;

les conséquences relationnelles de la douleur.

Cela ne signifie pas que le psychologue considère la douleur comme imaginaire.

Il travaille sur la manière dont la personne peut vivre avec une situation qui affecte profondément son existence.

Les méthodes précises seront abordées dans la partie Psychothérapie.

Lorsque la douleur persiste malgré tout

Il existe des situations où l’objectif réaliste n’est pas immédiatement :

zéro douleur.

Cela peut être difficile à entendre.

Mais un autre objectif peut parfois devenir :

mieux fonctionner ;

retrouver certaines activités ;

mieux dormir ;

avoir moins peur ;

réduire la place de la douleur dans la journée ;

retrouver davantage de liberté.

Une amélioration de la qualité de vie reste importante même lorsque le symptôme n’a pas complètement disparu.

La douleur ne doit pas devenir un examen moral

Une personne qui réussit à vivre activement malgré une douleur n’est pas moralement supérieure.

Une personne qui est profondément limitée n’est pas moins courageuse.

Les douleurs, les maladies, les ressources et les contextes sont différents.

Comparer les réactions peut ajouter une injustice supplémentaire.

Quand demander de l’aide psychologique ?

Une aide peut être pertinente lorsque la douleur entraîne :

une anxiété importante ;

un isolement ;

une perte massive d’activités ;

une dépression ;

une peur intense du mouvement ;

des conflits relationnels ;

une difficulté majeure à s’adapter aux changements imposés.

La consultation psychologique ne signifie pas que l’on abandonne la recherche ou le traitement des causes physiques.

Les deux démarches peuvent coexister.

Quand ne pas psychologiser

Une douleur nouvelle, intense, inhabituelle, évolutive ou accompagnée d’autres signes préoccupants ne doit pas être expliquée simplement par :

le stress ;

l’anxiété ;

les émotions ;

la somatisation.

Une évaluation médicale peut être nécessaire.

Une personne ayant déjà une douleur chronique peut également développer un nouveau problème médical.

Avoir une douleur connue n’interdit pas d’en avoir une nouvelle.

À retenir

La douleur se situe précisément à un endroit où notre séparation habituelle entre le corps et le psychisme devient insuffisante.

Elle est corporelle.

Neurologique.

Sensorielle.

Émotionnelle.

Cognitive.

Relationnelle.

Elle influence la vie, et la vie influence la manière dont elle est ressentie.

Reconnaître cette complexité ne revient jamais à dire :

« Votre douleur est imaginaire. »

Au contraire.

Cela revient à prendre suffisamment au sérieux l’expérience de la personne pour ne pas la réduire à une image, une lésion, un chiffre ou une seule explication.

La psychologie de la douleur ne demande donc pas :

« Est-ce physique ou psychologique ? »

Cette question est souvent trop pauvre.

Elle demande plutôt :

« Qu’est-ce qui produit, amplifie, maintient, apaise ou transforme cette expérience, et comment permettre à cette personne de retrouver le plus de vie possible sans nier ce qu’elle ressent ? »

Car lorsqu’une douleur persiste, l’objectif ne peut pas toujours attendre sa disparition complète avant de commencer.

La douleur mérite d’être prise en charge. Mais, autant que possible, la vie mérite également de ne pas être entièrement mise en attente à cause d’elle.

Contenu d’information générale. Les techniques de soin et leurs indications demandent une évaluation adaptée à la situation.