LA SANTÉ AVANT TOUT · Psychologie
DISSOCIATION
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La dissociation est un terme fréquemment utilisé, mais souvent de manière très large.
« J’étais complètement ailleurs. »
« J’ai fait le trajet sans même m’en rendre compte. »
« J’avais l’impression de me regarder de l’extérieur. »
« Tout semblait irréel. »
Ces expériences ne décrivent pas nécessairement la même chose.
Certaines formes de déconnexion momentanée peuvent appartenir au fonctionnement humain ordinaire. D’autres expériences dissociatives sont beaucoup plus intenses, répétitives ou invalidantes et peuvent être associées notamment à un traumatisme ou à certains troubles psychologiques.
La dissociation peut être comprise comme une perturbation de l’intégration habituelle entre certaines dimensions de l’expérience : conscience, perception, mémoire, identité, émotions, sensations corporelles ou sentiment d’être présent à soi-même et au monde.
Nous ne sommes pas conscients de tout en permanence
Notre expérience psychologique n’est jamais entièrement consciente.
Lorsque nous conduisons sur un trajet familier, une grande partie des gestes devient automatique.
Lorsque nous sommes absorbés par un livre, nous pouvons ne plus entendre immédiatement ce qui se passe autour de nous.
Lorsque nous rêvassons, notre attention quitte momentanément l’environnement.
Ces phénomènes montrent que notre conscience peut varier.
Ils ne constituent pas nécessairement une dissociation pathologique.
L’absorption
Nous pouvons être tellement absorbés par une activité que le reste du monde semble momentanément disparaître.
Musique.
Lecture.
Film.
Travail.
Création.
Jeu.
Nous perdons parfois la notion du temps.
Cette absorption peut être parfaitement ordinaire.
Le fait d’avoir momentanément moins conscience de l’environnement ne signifie donc pas automatiquement souffrir d’un trouble dissociatif.
« J’ai conduit sans voir le trajet »
Beaucoup de personnes connaissent cette expérience.
Elles arrivent à destination et réalisent qu’elles se souviennent très peu des derniers kilomètres.
Elles ont pourtant respecté les principales règles de conduite et effectué les gestes nécessaires.
L’attention était partiellement mobilisée ailleurs tandis que des comportements fortement automatisés continuaient.
Ce phénomène ne doit pas être automatiquement interprété comme une dissociation clinique.
Alors, qu’est-ce qui devient dissociatif ?
La distinction dépend notamment :
de la nature de l’expérience ;
de son intensité ;
de sa fréquence ;
de sa durée ;
du contexte ;
de la détresse qu’elle provoque ;
de ses conséquences sur la vie quotidienne.
Une sensation occasionnelle d’étrangeté pendant quelques secondes n’a pas la même signification qu’une perte répétée de continuité dans l’expérience de soi ou de la mémoire.
La dépersonnalisation
La dépersonnalisation correspond à une sensation de détachement par rapport à soi-même.
Une personne peut décrire :
« J’ai l’impression de me regarder agir. »
« Mon corps ne semble pas vraiment être le mien. »
« Je me sens comme un robot. »
« Je sais que c’est moi, mais je ne me sens pas complètement moi. »
L’expérience peut être très inquiétante.
Se regarder de l’extérieur
Certaines personnes ont l’impression d’être spectatrices de leurs propres actions.
Elles parlent.
Marchent.
Interagissent.
Mais ressentent une distance étrange par rapport à ce qu’elles font.
Cela ne signifie pas nécessairement qu’elles croient réellement avoir quitté leur corps.
Dans la dépersonnalisation, la personne conserve souvent la conscience du caractère subjectif et inhabituel de son expérience.
La déréalisation
La déréalisation concerne davantage la perception du monde extérieur.
L’environnement peut sembler :
étrange ;
lointain ;
artificiel ;
plat ;
irréel ;
comme dans un rêve.
La personne peut regarder une rue parfaitement familière et penser :
« Je sais où je suis, mais tout me paraît bizarre. »
Cette expérience peut être extrêmement déstabilisante.
Dépersonnalisation et déréalisation
Les deux phénomènes peuvent apparaître ensemble ou séparément.
Dépersonnalisation :
« C’est moi qui me semble irréel. »
Déréalisation :
« C’est le monde qui me semble irréel. »
Cette distinction aide à mettre des mots sur des expériences qui peuvent être difficiles à décrire.
« Est-ce que je deviens fou ? »
La sensation d’irréalité peut provoquer une peur intense.
La personne pense parfois qu’elle perd le contact avec la réalité.
Cette peur augmente l’anxiété.
L’anxiété augmente l’attention portée aux sensations étranges.
Celles-ci deviennent encore plus inquiétantes.
Un cercle peut alors se créer.
Comprendre ce qui se passe peut déjà réduire une partie de la peur associée à l’expérience.
Dissociation et anxiété
Des expériences de dépersonnalisation ou de déréalisation peuvent survenir dans des contextes d’anxiété intense.
Pendant ou après une attaque de panique, par exemple, une personne peut ressentir :
« Tout devient irréel. »
Cette sensation peut alors être interprétée comme la preuve qu’un événement catastrophique est en train de se produire.
La peur de la sensation elle-même peut contribuer à son maintien.
Le stress
Une période de stress important peut également s’accompagner d’un sentiment de déconnexion.
La personne fonctionne.
Elle accomplit ce qui doit être fait.
Mais elle dit :
« Je fais tout mécaniquement. »
Ce vécu peut correspondre à différents mécanismes et ne doit pas être automatiquement qualifié de dissociation clinique.
Le contexte reste essentiel.
Le traumatisme
La dissociation est particulièrement étudiée dans le contexte des expériences traumatiques.
Face à une situation extrêmement menaçante, l’organisme mobilise différents mécanismes de survie.
Combattre.
Fuir.
Se figer.
Dans certaines situations, une forme de déconnexion de l’expérience peut également apparaître.
La personne peut ressentir que l’événement ne lui arrive pas réellement.
Ou qu’elle observe la scène à distance.
Une protection ?
La dissociation est parfois décrite comme un mécanisme protecteur.
Cette formulation peut être utile si elle est comprise avec prudence.
Dans une situation impossible à fuir physiquement, une diminution de l’intégration émotionnelle de l’expérience peut parfois réduire momentanément son caractère insupportable.
Mais ce qui a pu avoir une fonction dans un contexte extrême peut devenir problématique lorsqu’il se répète ensuite dans des situations qui ne présentent plus le même danger.
Ne pas transformer cette idée en règle
Toute personne traumatisée ne dissocie pas.
Toute personne qui dissocie n’a pas nécessairement vécu un traumatisme identifiable.
Et toute expérience de déconnexion n’est pas une preuve qu’un traumatisme caché existe.
Cette dernière précision est particulièrement importante.
Il serait dangereux de raisonner :
« Je dissocie, donc quelque chose de terrible a nécessairement dû m’arriver et je l’ai oublié. »
La psychologie ne permet pas une telle conclusion automatique.
Dissociation pendant l’événement
Une dissociation peut apparaître pendant une expérience très stressante.
La personne peut décrire :
un ralentissement étrange du temps ;
une impression de distance ;
une diminution des sensations ;
un sentiment d’irréalité ;
une impression d’observer plutôt que de vivre l’événement.
Ce vécu peut rendre ensuite le souvenir lui-même difficile à organiser.
Après l’événement
Chez certaines personnes, les phénomènes dissociatifs persistent ou réapparaissent après la fin du danger.
Une sensation.
Un lieu.
Une situation.
Une émotion.
Quelque chose rappelle implicitement l’expérience antérieure.
La personne peut alors se sentir soudainement déconnectée sans comprendre immédiatement pourquoi.
Dissociation et mémoire
Certaines formes de dissociation peuvent concerner la mémoire.
La personne peut présenter des lacunes concernant certains événements ou certaines périodes qui ne s’expliquent pas simplement par l’oubli ordinaire.
Mais la mémoire humaine est naturellement imparfaite.
Nous oublions énormément de choses.
Ne pas se souvenir de certaines périodes de son enfance, par exemple, ne prouve pas automatiquement l’existence d’une amnésie dissociative.
L’amnésie dissociative
L’amnésie dissociative désigne des difficultés importantes à rappeler certaines informations autobiographiques, généralement en relation avec des événements particulièrement stressants ou traumatiques, lorsque cet oubli dépasse ce qui serait attendu d’un oubli ordinaire.
Son évaluation demande de la prudence.
D’autres explications possibles doivent être considérées.
Les souvenirs retrouvés
La question des souvenirs retrouvés est particulièrement sensible.
La mémoire n’est pas un enregistrement vidéo stocké intact quelque part dans le cerveau.
Elle est reconstructive.
Des souvenirs peuvent revenir.
Mais ils peuvent également être influencés par :
des suggestions ;
des attentes ;
des questions répétées ;
des informations obtenues ultérieurement ;
des reconstructions.
Il faut donc éviter deux certitudes excessives :
« Tout souvenir retrouvé est nécessairement faux »
et
« Tout souvenir retrouvé correspond nécessairement exactement à un événement réel. »
La suggestion
Lorsqu’une personne vulnérable cherche à comprendre une expérience étrange, les questions orientées peuvent avoir un effet puissant.
« Vous avez sûrement subi quelque chose que vous avez refoulé. »
Une telle affirmation peut conduire la personne à chercher une histoire correspondant à l’explication proposée.
Un professionnel doit donc être particulièrement prudent lorsqu’il travaille autour de souvenirs incertains.
Les trous de mémoire
Nous utilisons parfois l’expression :
« J’ai un trou noir. »
Mais tous les trous de mémoire ne sont pas dissociatifs.
Fatigue.
Alcool.
Médicaments.
Manque d’attention.
Troubles du sommeil.
Problèmes neurologiques.
Stress.
De nombreux facteurs peuvent affecter la mémoire.
Une difficulté mnésique importante ou inhabituelle mérite donc une évaluation qui ne suppose pas immédiatement une origine psychologique.
Dissociation et émotions
Certaines personnes décrivent moins une sensation d’irréalité qu’une absence émotionnelle.
« Je sais que je devrais ressentir quelque chose, mais il n’y a rien. »
Cette impression d’engourdissement émotionnel peut apparaître dans différents contextes.
Traumatisme.
Dépression.
Épuisement.
Stress intense.
Elle n’est donc pas spécifique à la dissociation.
Être coupé de son corps
La dissociation peut également concerner le rapport aux sensations corporelles.
La personne peut avoir du mal à percevoir :
la faim ;
la fatigue ;
la douleur ;
la tension ;
certaines émotions corporelles.
Elle peut avoir l’impression que son corps est éloigné ou étranger.
Mais là encore, des expériences corporelles inhabituelles peuvent avoir de nombreuses causes et ne doivent pas être interprétées automatiquement.
Le sentiment d’identité
Dans certaines formes de dissociation, le sentiment de continuité de l’identité peut être perturbé.
La personne peut ressentir des parties de son expérience comme fortement séparées.
Elle peut avoir du mal à relier certains comportements, souvenirs ou états émotionnels entre eux.
Ces phénomènes sont différents des variations ordinaires que nous connaissons tous selon les contextes.
Nous ne nous comportons pas exactement de la même manière au travail, avec nos proches ou seuls.
Cette adaptation normale ne signifie pas avoir plusieurs identités.
Le trouble dissociatif de l’identité
Le trouble dissociatif de l’identité est un trouble complexe caractérisé notamment par une perturbation importante de l’identité et des discontinuités dans l’expérience de soi, accompagnées d’autres manifestations telles que des lacunes mnésiques dans certaines situations.
Il ne doit pas être confondu avec :
des changements d’humeur ;
des contradictions ;
le fait de se comporter différemment selon les contextes ;
ou l’impression ordinaire d’avoir plusieurs facettes de sa personnalité.
Le mythe de la « double personnalité »
La culture populaire a longtemps présenté le trouble dissociatif de l’identité comme une sorte de double personnalité spectaculaire.
Cette représentation est souvent caricaturale.
Elle peut contribuer à la stigmatisation et donner une image très éloignée de la complexité réelle des troubles dissociatifs.
Une personne n’est pas un personnage de film construit pour produire un retournement scénaristique.
Dissociation et psychose
Les deux notions sont parfois confondues.
Dans la dépersonnalisation ou la déréalisation, une personne peut dire :
« Tout me paraît irréel. »
Mais elle sait souvent que cette sensation vient de son expérience subjective.
Dans certains troubles psychotiques, le rapport à la réalité peut être perturbé d’une autre manière.
La distinction clinique peut être complexe et appartient à une évaluation professionnelle.
Une sensation d’irréalité ne signifie donc pas automatiquement une psychose.
Dissociation et imagination
Une imagination riche ne constitue pas une dissociation pathologique.
Inventer des personnages.
Être absorbé dans une histoire.
Imaginer des conversations.
Rêver éveillé.
Ces activités peuvent appartenir à une vie mentale parfaitement ordinaire.
La question est toujours celle de la nature de l’expérience, du contrôle, de la détresse et de son impact sur la vie.
Le temps
Certaines personnes décrivent une perception perturbée du temps.
Des heures semblent avoir disparu.
Ou quelques minutes paraissent extrêmement longues.
La perception subjective du temps varie naturellement selon :
l’attention ;
l’émotion ;
l’ennui ;
la peur ;
l’absorption.
Une modification de la perception du temps n’est donc pas en elle-même suffisante pour conclure à une dissociation.
Les déclencheurs
Chez certaines personnes présentant des phénomènes dissociatifs récurrents, des déclencheurs peuvent être identifiés.
Situation relationnelle.
Conflit.
Sensation corporelle.
Lieu.
Odeur.
Son.
Souvenir.
Émotion intense.
Identifier un contexte répétitif peut aider à comprendre que l’expérience n’apparaît pas nécessairement de manière totalement aléatoire.
Mais le déclencheur n’est pas toujours conscient
Une personne peut dire :
« Cela arrive sans raison. »
Elle n’identifie aucun événement particulier.
Cela ne signifie pas nécessairement qu’il n’existe aucun contexte.
Mais il serait également incorrect d’affirmer qu’un déclencheur caché doit forcément être trouvé.
Parfois, l’explication reste incertaine.
La psychologie doit pouvoir conserver cette incertitude.
La peur de la dissociation
Après une expérience intense, une personne peut commencer à la surveiller.
« Est-ce que ça recommence ? »
Elle vérifie continuellement :
son corps ;
sa vision ;
ses sensations ;
son sentiment de présence.
Cette surveillance augmente parfois la perception de sensations étranges.
Un cercle peut apparaître :
sensation inhabituelle → peur → surveillance → sensation amplifiée → davantage de peur.
Vouloir se sentir « normal » immédiatement
La lutte permanente contre une sensation peut parfois augmenter sa place.
La personne vérifie :
« Est-ce que le monde semble réel maintenant ? »
Puis trente secondes plus tard :
« Et maintenant ? »
Le contrôle devient lui-même une activité qui maintient l’attention sur le phénomène.
Cela ne signifie pas qu’il faudrait simplement ignorer toute dissociation.
Mais la surveillance constante peut devenir une difficulté supplémentaire.
Revenir au présent
Dans certaines situations, des techniques dites d’ancrage peuvent aider une personne à réorienter son attention vers l’environnement présent.
Observer ce qui se trouve autour de soi.
Identifier des sensations.
Sentir le contact des pieds avec le sol.
Nommer ce que l’on voit.
Ces techniques ne constituent pas une solution universelle et ne remplacent pas l’évaluation d’une dissociation importante.
Leur utilisation thérapeutique et les différentes méthodes seront abordées dans la partie Psychothérapie.
La sécurité
Lorsqu’une personne connaît des épisodes importants de déconnexion ou de perte de mémoire, certaines situations pratiques doivent être considérées.
Conduite.
Machines.
Déplacements.
Responsabilités nécessitant une vigilance constante.
La question n’est pas de dramatiser.
Elle est de prendre en compte les conséquences réelles lorsque les épisodes peuvent compromettre momentanément la sécurité.
Tenir un repère
Lorsque les épisodes se répètent, noter leur contexte peut parfois aider à mieux comprendre leur fonctionnement.
Que se passait-il avant ?
Quelle était l’émotion ?
Quel était le niveau de fatigue ?
Combien de temps l’expérience a-t-elle semblé durer ?
Qu’est-ce qui l’a précédée ?
L’objectif n’est pas de surveiller obsessionnellement chaque sensation.
Il est de disposer éventuellement d’informations plus précises lorsqu’un phénomène semble réellement récurrent.
L’entourage
Voir quelqu’un devenir soudainement distant ou « absent » peut être déroutant.
L’entourage peut croire :
« Il m’ignore. »
« Elle ne m’écoute pas. »
La réaction n’est pourtant pas nécessairement volontaire.
Lorsque le phénomène est connu, comprendre qu’il peut s’agir d’une difficulté psychologique permet parfois de réagir avec moins de confrontation.
Ne pas forcer
Lorsqu’une personne semble fortement déconnectée, la brusquer ou exiger immédiatement une explication détaillée n’est pas nécessairement utile.
Une présence calme et des repères simples peuvent parfois être plus appropriés.
Mais une situation inhabituelle ou sévère ne doit pas être automatiquement attribuée à la dissociation.
Un état de confusion ou une modification importante de la conscience peut également nécessiter une évaluation médicale urgente.
Ne pas tout psychologiser
C’est une règle importante.
Une impression d’irréalité, des troubles de mémoire ou une modification de la conscience peuvent avoir différentes causes.
Psychologiques.
Neurologiques.
Médicales.
Substances.
Médicaments.
Manque de sommeil.
Une explication psychologique ne doit pas être utilisée pour empêcher l’examen d’autres possibilités lorsque celui-ci est nécessaire.
Dissociation et substances
Certaines substances peuvent provoquer des expériences de déréalisation, de dépersonnalisation ou d’altération de la perception.
Chez certaines personnes, ces sensations peuvent persister ou devenir très anxiogènes après l’expérience initiale.
Le contexte de consommation constitue donc une information importante lorsqu’on cherche à comprendre l’apparition des symptômes.
La dissociation n’est pas une faiblesse
Une personne peut se reprocher :
« Pourquoi est-ce que mon cerveau fait ça ? »
Lorsque la dissociation apparaît dans un contexte de stress ou de traumatisme, la considérer uniquement comme un dysfonctionnement volontaire n’a guère de sens.
Il s’agit d’un phénomène psychologique qui mérite d’être compris.
Mais comprendre sa fonction éventuelle ne signifie pas devoir continuer à le subir lorsqu’il devient envahissant.
Comprendre n’est pas fabriquer une histoire
Lorsqu’une personne cherche l’origine de ses symptômes, la tentation peut être forte de vouloir absolument trouver l’événement qui expliquerait tout.
Parfois, un lien est clair.
Parfois non.
Une bonne compréhension psychologique ne consiste pas à remplir chaque zone inconnue avec une histoire plausible.
L’absence d’explication immédiate vaut mieux qu’une certitude inventée.
Quand la dissociation devient problématique
Elle mérite particulièrement une attention lorsqu’elle :
se répète fréquemment ;
provoque une forte détresse ;
perturbe le travail ou les études ;
compromet certaines relations ;
s’accompagne de pertes de mémoire importantes ;
entraîne des situations dangereuses ;
ou donne à la personne l’impression de perdre régulièrement la continuité de son expérience.
Une consultation permet alors d’examiner plus précisément ce qui se passe.
L’évaluation
L’évaluation peut chercher à distinguer différents phénomènes.
Dissociation.
Anxiété.
Traumatisme.
Troubles du sommeil.
Dépression.
Effets de substances.
Causes médicales ou neurologiques possibles.
La qualité de l’évaluation est importante précisément parce que le mot dissociation recouvre des expériences très différentes.
Les psychothérapies
Lorsque les phénomènes dissociatifs sont associés à un traumatisme ou à d’autres difficultés psychologiques, différentes approches thérapeutiques peuvent être envisagées selon la situation.
Le travail peut notamment concerner :
la stabilisation ;
la régulation émotionnelle ;
la sécurité ;
le rapport au corps ;
les expériences traumatiques ;
la continuité du vécu ;
les stratégies d’adaptation.
Les méthodes elles-mêmes appartiennent à la partie Psychothérapie et ne seront pas développées ici.
Aller trop vite
Lorsqu’un traumatisme important est impliqué, vouloir immédiatement explorer chaque souvenir en détail n’est pas toujours approprié.
Une personne peut avoir besoin d’abord de ressources suffisantes pour tolérer ce qui émerge.
La psychothérapie du traumatisme ne consiste donc pas nécessairement à forcer quelqu’un à raconter le plus rapidement possible tout ce qui lui est arrivé.
Le rythme et la sécurité psychologique comptent.
Quand demander de l’aide rapidement ?
Une évaluation rapide est particulièrement importante lorsque les épisodes sont soudains et inhabituels, s’accompagnent d’une confusion importante, de pertes de connaissance, de comportements dangereux ou d’autres manifestations physiques ou neurologiques préoccupantes.
De même, une souffrance psychologique intense, un risque suicidaire ou une incapacité à assurer sa sécurité nécessite une aide adaptée sans attendre.
Le mot dissociation ne doit jamais servir à expliquer à distance une situation potentiellement urgente.
Peut-on aller mieux ?
Oui, de nombreuses personnes apprennent à mieux comprendre et à réduire des phénomènes dissociatifs qui perturbaient fortement leur vie.
L’évolution dépend évidemment de leur origine, de leur forme et du contexte.
Le premier changement important peut parfois être simplement de pouvoir mettre des mots sur une expérience auparavant terrifiante :
« Ce qui m’arrive existe. Je ne suis pas obligé d’en conclure immédiatement que je perds la raison. »
Comprendre ne résout pas tout.
Mais cela peut retirer une partie de la peur qui entourait le phénomène.
À retenir
La dissociation n’est pas une seule expérience.
Elle peut concerner le sentiment d’être soi, la perception du monde, la mémoire, les émotions, le corps ou la continuité de l’expérience.
Certaines formes de déconnexion appartiennent au fonctionnement humain ordinaire.
D’autres deviennent suffisamment intenses, fréquentes ou invalidantes pour nécessiter une évaluation professionnelle.
La dissociation peut être associée au traumatisme.
Mais elle ne constitue pas automatiquement la preuve d’un traumatisme oublié.
Une lacune de mémoire n’est pas automatiquement une amnésie dissociative.
Une impression d’irréalité n’est pas automatiquement une psychose.
Et une expérience étrange ne devrait pas être forcée à entrer dans une explication avant d’avoir été correctement comprise.
Face à un phénomène aussi complexe, deux excès sont particulièrement trompeurs :
« Ce n’est rien, tout le monde fait ça »
et
« Si cela m’arrive, cela prouve nécessairement qu’un événement terrible est caché quelque part dans ma mémoire. »
Entre ces deux certitudes existe une approche plus rigoureuse :
observer ce qui se passe réellement, considérer le contexte, distinguer les phénomènes possibles et accepter de ne pas inventer une réponse là où une véritable évaluation est encore nécessaire.
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Contenu d’information générale. Les techniques de soin et leurs indications demandent une évaluation adaptée à la situation.