LA SANTÉ AVANT TOUT · Psychologie
DEUIL
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Le deuil est souvent associé à la mort d’une personne aimée.
C’est évidemment l’une de ses formes les plus profondes.
Mais psychologiquement, le deuil désigne plus largement le processus qui accompagne une perte importante et irréversible.
La personne était là.
Elle ne l’est plus.
Une relation existait.
Elle ne pourra plus continuer de la même manière.
Et la réalité extérieure change parfois beaucoup plus vite que notre monde intérieur.
Le deuil n’est pas simplement apprendre qu’une personne est morte. C’est apprendre progressivement à vivre dans un monde où elle n’est plus physiquement présente.
La perte
Lorsqu’une personne importante meurt, nous ne perdons pas seulement sa présence.
Nous pouvons également perdre :
une voix ;
des habitudes ;
un soutien ;
un témoin de notre histoire ;
des projets communs ;
une place dans une relation ;
une représentation du futur ;
parfois même une partie de notre identité.
C’est pourquoi deux personnes peuvent vivre très différemment la mort du même individu.
Elles n’ont pas perdu exactement la même relation.
Il n’existe pas une seule manière de faire son deuil
Certaines personnes pleurent énormément.
D’autres très peu.
Certaines veulent parler.
D’autres se taisent.
Certaines recherchent les souvenirs.
D’autres ne peuvent pas encore les regarder.
Certaines ont besoin d’être entourées.
D’autres recherchent la solitude.
Ces différences ne permettent pas à elles seules de mesurer la profondeur de l’attachement.
La quantité de larmes n’est pas une unité de mesure de l’amour.
Le choc
Même lorsqu’un décès était attendu, l’annonce peut produire un choc.
La personne savait.
Elle avait compris.
Elle avait peut-être même préparé certains aspects pratiques.
Et pourtant, lorsque la mort devient réelle :
« Ce n’est pas possible. »
Savoir qu’un événement va arriver et vivre cet événement sont deux réalités psychologiques différentes.
L’impression d’irréalité
Dans les premiers temps, certaines personnes décrivent une sensation étrange.
Elles organisent les funérailles.
Répondent au téléphone.
Parlent aux proches.
Remplissent des documents.
Et une partie d’elles semble observer la scène de l’extérieur.
« Je sais ce qui s’est passé, mais je n’arrive pas encore à le réaliser. »
Cette impression peut faire partie de la manière dont l’esprit absorbe progressivement une réalité trop importante pour être intégrée immédiatement.
Le déni
Le mot déni est parfois utilisé trop facilement.
Une personne peut savoir parfaitement qu’un proche est mort tout en continuant spontanément à penser :
« Je vais l’appeler. »
Puis la réalité revient.
Ce n’est pas nécessairement un refus conscient d’accepter la mort.
Nos habitudes relationnelles continuent pendant un certain temps à fonctionner comme si la personne faisait encore partie du monde accessible.
Chercher la personne
Après une perte, nous pouvons continuer à attendre inconsciemment certains signes familiers.
Un bruit dans l’escalier.
Une silhouette.
Un appel.
Une heure particulière.
Pendant une fraction de seconde :
« C’est lui. »
Puis :
« Non. »
Le cerveau doit progressivement mettre à jour une réalité relationnelle construite pendant parfois des dizaines d’années.
Les « étapes du deuil »
L’idée selon laquelle tout deuil suivrait nécessairement une succession fixe d’étapes est extrêmement populaire.
Déni.
Colère.
Marchandage.
Dépression.
Acceptation.
Ce modèle peut aider certaines personnes à mettre des mots sur des expériences possibles.
Mais il devient trompeur lorsqu’il est transformé en calendrier universel.
Le deuil réel est rarement aussi ordonné.
Une personne peut ressentir plusieurs émotions le même jour.
Revenir à une émotion qu’elle croyait dépassée.
Ne jamais en éprouver certaines.
Il n’existe pas une procédure obligatoire à accomplir dans le bon ordre.
Le deuil n’est pas une ligne droite
Une journée peut sembler presque normale.
Puis une chanson.
Une odeur.
Une date.
Une phrase.
Et la douleur revient avec une intensité inattendue.
Cela ne signifie pas nécessairement que la personne « régresse ».
Le deuil peut avancer par vagues.
La fréquence et l’intensité de ces vagues peuvent évoluer sans disparaître selon une progression parfaitement régulière.
La tristesse
La tristesse est évidemment fréquente.
Mais elle n’est pas la seule émotion possible.
Le deuil peut comporter :
colère ;
peur ;
culpabilité ;
soulagement ;
nostalgie ;
injustice ;
vide ;
tendresse ;
parfois même des moments de joie.
Cette diversité émotionnelle peut surprendre.
La colère
La personne endeuillée peut être en colère contre :
la maladie ;
les circonstances ;
les médecins ;
la famille ;
Dieu ;
elle-même ;
la personne décédée.
« Pourquoi m’as-tu laissé ? »
Cette colère peut sembler illogique lorsque la mort n’était évidemment pas volontaire.
Mais les émotions ne sont pas toujours organisées comme un raisonnement juridique.
Il est possible d’aimer profondément quelqu’un et d’être en colère contre son absence.
La culpabilité
Le deuil crée facilement des phrases commençant par :
« J’aurais dû… »
J’aurais dû appeler davantage.
Être présent.
Comprendre.
Insister.
Dire quelque chose.
Ne pas dire quelque chose.
Avec les informations dont nous disposons après la mort, le passé semble parfois beaucoup plus évident qu’il ne l’était lorsqu’il se déroulait.
Le biais rétrospectif peut alimenter une culpabilité considérable.
La dernière conversation
Une importance disproportionnée peut être donnée au dernier échange.
Une dispute.
Une conversation banale.
Un appel manqué.
Une phrase inachevée.
La personne peut penser :
« Si j’avais su que c’était la dernière fois… »
Mais précisément, elle ne savait pas.
Nous ne vivons pas chaque conversation ordinaire comme si elle devait être la dernière.
Exiger rétrospectivement cette clairvoyance revient à demander au passé une connaissance qu’il ne possédait pas.
Les choses non dites
Une mort ferme certaines possibilités.
Une excuse qui n’a pas été présentée.
Une question qui ne pourra plus recevoir de réponse.
Une déclaration d’amour qui n’a pas été formulée.
Une réconciliation qui n’aura pas lieu.
Cette absence de clôture peut être particulièrement douloureuse.
Faire son deuil ne signifie pas nécessairement réussir à résoudre symboliquement toutes ces questions.
Certaines resteront sans réponse.
Les relations difficiles
Le deuil n’est pas réservé aux relations harmonieuses.
La mort d’un parent avec lequel la relation était conflictuelle peut provoquer une souffrance complexe.
La personne pleure peut-être :
ce qu’elle a vécu ;
ce qu’elle n’a jamais reçu ;
et ce qu’elle ne pourra désormais plus espérer recevoir.
La mort peut supprimer non seulement une relation réelle, mais aussi la possibilité d’une relation future différente.
Le soulagement
Lorsqu’une personne a longtemps souffert, le décès peut s’accompagner d’un soulagement.
« Au moins, il ne souffre plus. »
Ou l’aidant peut ressentir la fin d’une période d’épuisement intense.
Puis il culpabilise :
« Comment puis-je être soulagé alors qu’il est mort ? »
Mais soulagement et amour ne s’annulent pas.
Il est possible de souffrir profondément de la perte et de ressentir simultanément la fin d’une situation extrêmement éprouvante.
Le deuil anticipé
Lorsqu’une maladie grave évolue pendant longtemps, une partie du processus de perte peut commencer avant le décès.
La personne sait que certaines possibilités disparaissent progressivement.
Elle anticipe l’absence.
Elle pleure parfois déjà ce qui est en train d’être perdu.
Cela ne signifie pas que le décès sera ensuite facile.
L’anticipation ne supprime pas nécessairement le choc de la réalité définitive.
Le corps en deuil
Le deuil n’est pas uniquement psychologique.
Il peut se manifester physiquement.
Fatigue.
Troubles du sommeil.
Tensions.
Appétit modifié.
Difficultés de concentration.
Sensation d’oppression.
Agitation.
Le corps participe à l’expérience de la perte.
Toute manifestation physique ne doit toutefois pas être automatiquement attribuée au deuil lorsqu’elle nécessite une évaluation par ailleurs.
La fatigue du deuil
Une personne endeuillée peut être épuisée sans comprendre pourquoi.
Elle ne fait pourtant « rien de particulier ».
Mais son esprit traite continuellement :
souvenirs ;
démarches ;
émotions ;
changements ;
questions ;
contacts sociaux.
Le deuil peut représenter une charge psychologique considérable.
Les difficultés de concentration
Lire devient difficile.
Une conversation est oubliée.
Des objets sont égarés.
Les décisions prennent plus de temps.
La personne peut avoir peur :
« Je ne fonctionne plus normalement. »
Ces difficultés peuvent apparaître pendant une période de deuil sans signifier nécessairement une détérioration durable des capacités.
Les démarches pratiques
La mort ne laisse malheureusement pas toujours le temps de s’effondrer.
Il faut parfois immédiatement :
organiser les funérailles ;
prévenir ;
remplir des documents ;
gérer des comptes ;
trier ;
prendre des décisions.
Certaines personnes tiennent pendant toute cette période.
Puis, lorsque les obligations diminuent, la souffrance devient plus visible.
L’entourage peut être surpris :
« Elle allait pourtant tellement bien au début. »
Elle était peut-être simplement occupée à tenir.
Après les funérailles
Les premiers jours peuvent être remplis de monde.
Messages.
Appels.
Visites.
Fleurs.
Puis chacun reprend progressivement sa vie.
La personne endeuillée, elle, entre parfois précisément à ce moment dans la réalité quotidienne de l’absence.
Le silence après la mobilisation initiale peut être particulièrement difficile.
Les premières fois
Premier anniversaire sans la personne.
Premier Noël.
Premières vacances.
Premier événement familial.
Premier problème que nous aurions voulu lui raconter.
Chaque première fois confirme d’une manière nouvelle :
« Cette fois, il ne sera pas là. »
Ces moments peuvent réactiver fortement la douleur.
Les dates anniversaires
Même plusieurs années après, certaines dates peuvent rester sensibles.
Date du décès.
Anniversaire.
Fête.
Une saison.
Cela ne signifie pas nécessairement que le deuil n’a pas avancé.
Notre mémoire est fortement liée aux contextes et aux repères temporels.
Une date peut continuer à porter une charge émotionnelle particulière.
Les objets
Que faire des vêtements ?
Des photographies ?
Du téléphone ?
Des messages ?
Des affaires personnelles ?
Il n’existe pas de calendrier obligatoire.
Certaines personnes ont besoin de ranger rapidement.
D’autres ne peuvent rien toucher pendant longtemps.
Conserver un objet n’empêche pas nécessairement d’accepter la mort.
S’en séparer ne signifie pas oublier.
La maison
L’espace peut devenir douloureux.
Une chaise vide.
Une chambre.
Une tasse.
Un côté du lit.
Le quotidien est rempli de traces.
Avec le temps, certains objets cessent parfois d’être uniquement des rappels de l’absence pour redevenir aussi des supports du souvenir.
Les souvenirs
Au début, se souvenir peut faire extrêmement mal.
Plus tard, le même souvenir peut parfois provoquer simultanément douleur et sourire.
Cette transformation est importante.
La personne décédée n’est plus seulement associée au moment de sa mort.
Elle retrouve progressivement sa place dans l’ensemble de son histoire.
Continuer le lien
Une conception ancienne du deuil insistait parfois sur la nécessité de se « détacher » du défunt.
Aujourd’hui, il est également possible de comprendre le deuil comme une transformation du lien.
La relation ne continue évidemment plus sous sa forme antérieure.
Mais la personne décédée peut rester présente dans :
les souvenirs ;
les valeurs transmises ;
les habitudes ;
les récits familiaux ;
certaines décisions ;
la manière dont nous avons été transformés par elle.
Continuer à aimer quelqu’un qui est mort n’empêche pas nécessairement de continuer à vivre.
Parler au défunt
Certaines personnes parlent intérieurement à la personne disparue.
Devant une photographie.
Dans une prière.
En pensée.
Sur une tombe.
Ce comportement n’est pas en lui-même la preuve d’un refus de la réalité.
Il peut constituer une manière personnelle de maintenir un lien symbolique tout en sachant que la personne est morte.
Rêver de la personne
Les rêves peuvent être particulièrement intenses après un décès.
La personne apparaît vivante.
Parle.
Revient.
Le réveil peut être doux ou extrêmement douloureux.
Ces rêves peuvent refléter le travail de la mémoire, des émotions et de l’attachement.
Il n’existe pas de dictionnaire universel permettant d’en déduire automatiquement une signification précise.
Croire sentir sa présence
Certaines personnes endeuillées rapportent momentanément l’impression :
d’entendre une voix familière ;
d’apercevoir une silhouette ;
de sentir une présence.
Dans le contexte du deuil, certaines expériences brèves peuvent survenir sans signifier nécessairement un trouble psychotique.
Leur fréquence, leur intensité, le contexte et l’état général de la personne doivent néanmoins être considérés lorsqu’elles deviennent envahissantes ou inquiétantes.
Spiritualité et deuil
Les croyances spirituelles ou religieuses peuvent jouer un rôle important.
Elles peuvent apporter :
sens ;
espérance ;
rituels ;
communauté ;
continuité symbolique.
Elles peuvent également provoquer des questions difficiles.
« Pourquoi Dieu a-t-il permis cela ? »
« Où est-il maintenant ? »
« Pourquoi ma prière n’a-t-elle pas été exaucée ? »
Le deuil peut renforcer une foi, la bouleverser ou faire coexister foi et colère.
Ces expériences ne sont pas nécessairement contradictoires.
Les rituels
Funérailles.
Cérémonies.
Prières.
Visites au cimetière.
Anniversaires.
Gestes familiaux.
Les rituels donnent une forme collective à une réalité difficile à saisir.
Ils marquent :
« Quelque chose s’est produit et nous le reconnaissons ensemble. »
Même lorsque les croyances diffèrent, les rituels peuvent offrir un cadre à la transition.
Les enfants et le deuil
Les enfants comprennent la mort différemment selon leur âge et leur développement.
Ils peuvent poser plusieurs fois les mêmes questions.
Jouer quelques minutes après avoir pleuré.
Puis revenir soudainement au sujet.
Cette alternance peut surprendre les adultes.
Elle ne signifie pas que l’enfant n’a pas compris ou qu’il ne souffre pas.
Les enfants peuvent entrer et sortir de leur chagrin plus rapidement que les adultes.
Dire la vérité aux enfants
Les formulations trop abstraites peuvent créer de la confusion.
« Il est parti. »
« Elle s’est endormie. »
Un jeune enfant peut interpréter ces phrases littéralement.
Des mots adaptés à son âge mais suffisamment clairs permettent généralement de mieux distinguer la mort d’un départ ou du sommeil ordinaire.
Protéger sans exclure
Les adultes veulent parfois tellement protéger l’enfant qu’ils ne lui disent presque rien.
Mais l’enfant perçoit :
les pleurs ;
les conversations interrompues ;
les changements ;
les absences.
Sans explication, il peut construire ses propres hypothèses.
Protéger ne signifie donc pas nécessairement cacher toute réalité.
Le deuil chez l’adolescent
L’adolescent peut alterner entre besoin de proximité et désir de retrouver immédiatement ses amis et ses activités.
L’entourage peut penser :
« Cela ne lui fait rien. »
Mais reprendre une activité ordinaire peut aussi être une manière de respirer entre deux moments de douleur.
L’expression du deuil n’est pas toujours conforme à ce que les adultes attendent.
Les différences au sein d’une famille
Une même famille peut perdre la même personne et vivre plusieurs deuils très différents.
L’un veut parler.
L’autre non.
L’un veut conserver tous les objets.
L’autre veut les ranger.
L’un pleure publiquement.
L’autre uniquement seul.
Ces différences peuvent créer des conflits précisément au moment où chacun est déjà vulnérable.
« Tu ne souffres pas comme moi »
Nous pouvons interpréter la manière de l’autre comme une mesure de son amour.
« Tu as déjà repris le travail. »
« Tu ne pleures jamais. »
« Tu veux déjà ranger ses affaires. »
Mais deux personnes peuvent aimer profondément et avoir des stratégies psychologiques différentes.
Respecter ces différences peut éviter d’ajouter un jugement au deuil.
Le conjoint survivant
Perdre un conjoint transforme parfois presque toutes les dimensions de la vie quotidienne.
Maison.
Repas.
Finances.
Sommeil.
Vie sociale.
Projets.
Identité.
La personne ne doit pas seulement vivre l’absence.
Elle doit parfois apprendre à organiser seule une vie qui avait été construite à deux pendant plusieurs décennies.
Perdre un parent
La mort d’un parent peut survenir à tout âge.
Même un adulte autonome peut ressentir un bouleversement profond.
La perte peut modifier le sentiment de continuité familiale.
Elle peut aussi confronter davantage à sa propre mortalité ou à une nouvelle place générationnelle :
« Maintenant, c’est nous qui sommes devenus les anciens. »
Perdre un enfant
La mort d’un enfant bouleverse profondément l’ordre attendu des générations.
Les parents peuvent ressentir :
injustice ;
culpabilité ;
colère ;
perte de sens ;
effondrement de projets.
Le couple peut être soumis à une épreuve immense, d’autant plus que les deux parents ne vivent pas nécessairement leur deuil de la même manière.
Il n’existe pas de formule permettant de réduire une telle perte à une succession simple d’étapes.
Les frères et sœurs
La perte d’un frère ou d’une sœur est parfois moins reconnue socialement que celle d’un conjoint, d’un parent ou d’un enfant.
Pourtant, la fratrie peut représenter une relation qui traverse presque toute une vie.
Perdre cette personne peut signifier perdre un témoin irremplaçable de l’enfance et de l’histoire familiale.
Les amis
Le deuil d’un ami peut également être minimisé.
La personne n’appartient pas nécessairement à la famille officielle.
Elle peut recevoir moins de soutien.
Pourtant, certaines amitiés occupent une place psychologique centrale.
La légitimité du deuil ne dépend pas uniquement du lien juridique ou biologique.
Les deuils non reconnus
Certaines pertes sont socialement moins reconnues.
Un ex-partenaire.
Une relation tenue secrète.
Un collègue très proche.
Une fausse couche.
Un animal.
Une personne avec laquelle la relation était atypique.
La personne endeuillée peut alors souffrir tout en ayant l’impression qu’elle n’a pas le droit de montrer sa douleur.
Cette absence de reconnaissance peut compliquer l’expérience.
Le deuil d’un animal
Pour certaines personnes, un animal partage le quotidien pendant de nombreuses années.
Présence constante.
Habitudes.
Affection.
Rituels.
Sa mort peut provoquer une souffrance profonde.
Répondre :
« Ce n’était qu’un animal »
ignore la réalité de la relation vécue.
La nature du lien compte davantage que le jugement extérieur sur ce que la personne « devrait » ressentir.
Retourner travailler
Le monde professionnel possède son propre rythme.
Le deuil en possède un autre.
Une personne peut devoir reprendre le travail alors qu’elle fonctionne encore difficilement.
Pour certains, cette reprise apporte une structure.
Pour d’autres, elle demande un effort considérable.
La capacité à travailler ne permet pas à elle seule de mesurer l’état intérieur.
Rire de nouveau
Le premier rire après un décès peut provoquer une étrange culpabilité.
« Comment puis-je rire alors qu’il est mort ? »
Mais retrouver un moment de plaisir n’est pas une trahison.
Le deuil ne demande pas de prouver son amour en restant continuellement malheureux.
Recommencer à vivre
Sortir.
Voyager.
Faire un projet.
Tomber amoureux.
Certaines personnes ressentent :
« Si je vais mieux, je l’abandonne. »
Comme si la souffrance était devenue la dernière preuve du lien.
Mais continuer à vivre n’efface pas la personne décédée.
La mémoire ne dépend pas de la permanence de la douleur.
Le regard des autres
L’entourage possède parfois un calendrier implicite.
Au début :
« Prends tout le temps dont tu as besoin. »
Quelques mois plus tard :
« Il faut avancer maintenant. »
Mais il n’existe pas un délai universel au terme duquel une personne devrait avoir terminé son deuil.
Le temps chronologique et le temps psychologique ne sont pas identiques.
Mais toute souffrance prolongée n’est pas à banaliser
Dire qu’il n’existe pas de calendrier universel ne signifie pas que toute évolution doit être considérée comme identique.
Chez certaines personnes, la souffrance reste extrêmement intense et invalidante longtemps après la perte.
La vie semble durablement arrêtée.
L’absence occupe presque tout l’espace psychologique.
Le fonctionnement reste profondément perturbé.
Une aide professionnelle peut alors être particulièrement importante.
Le trouble du deuil prolongé
Les classifications contemporaines reconnaissent qu’un deuil peut, dans certaines situations, évoluer vers un trouble caractérisé par une souffrance persistante et une difficulté importante à réinvestir la vie.
Cela ne signifie pas qu’une personne serait malade simplement parce qu’elle pense encore au défunt longtemps après sa mort.
On peut continuer à aimer et à penser à quelqu’un toute sa vie.
Ce qui compte notamment est l’intensité, la persistance et l’impact du processus sur le fonctionnement et la vie de la personne.
Deuil et dépression
Deuil et dépression peuvent partager certaines manifestations.
Tristesse.
Fatigue.
Troubles du sommeil.
Diminution d’intérêt.
Difficultés de concentration.
Mais ils ne sont pas synonymes.
Une personne endeuillée peut également développer une dépression.
Il ne faut donc ni transformer automatiquement tout deuil en trouble dépressif, ni considérer que la présence d’un deuil exclut toute dépression.
Quand demander de l’aide ?
Une aide peut être utile lorsque la souffrance devient difficile à supporter, lorsque la personne reste très isolée, lorsque le fonctionnement quotidien est durablement très perturbé ou lorsqu’elle se sent incapable de reprendre progressivement une quelconque place dans sa propre vie.
Il n’est pas nécessaire d’attendre une situation extrême pour parler à quelqu’un.
Un accompagnement peut aussi offrir simplement un espace où le deuil peut être exprimé sans obligation d’aller mieux rapidement.
Les différentes approches thérapeutiques du deuil seront développées dans la partie Psychothérapie.
Les idées suicidaires
Après une perte importante, certaines personnes peuvent penser :
« Je voudrais le rejoindre. »
Cette phrase doit être entendue.
Elle peut exprimer une douleur immense sans toujours correspondre à un projet suicidaire.
Mais lorsqu’une personne envisage de se donner la mort, prépare un passage à l’acte ou ne se sent plus capable d’assurer sa propre sécurité, une aide urgente est nécessaire.
La souffrance du deuil ne doit pas conduire l’entourage à banaliser un risque suicidaire.
Accompagner une personne endeuillée
Nous cherchons souvent la bonne phrase.
Elle n’existe pas toujours.
« Je ne sais pas quoi te dire, mais je suis là »
peut être plus juste qu’une tentative d’explication.
La présence compte.
Et parfois, l’aide la plus utile est très concrète.
Un repas.
Une course.
Un trajet.
Une démarche.
Un appel quelques semaines plus tard, lorsque presque tout le monde a déjà repris sa vie.
Les phrases qui veulent consoler
Certaines phrases peuvent être bien intentionnées mais difficiles à recevoir.
« Il faut être fort. »
« Le temps guérit tout. »
« Au moins, il a vécu longtemps. »
« Tu dois tourner la page. »
Elles cherchent souvent à réduire la douleur.
Mais elles peuvent donner à la personne l’impression que son deuil doit être corrigé.
Parfois, reconnaître simplement :
« Je sais que cette personne comptait énormément pour toi »
est suffisant.
Le temps ne fait pas tout
Le temps permet des transformations.
Mais il ne travaille pas seul.
La personne continue à vivre.
À se souvenir.
À parler.
À comprendre.
À reconstruire des habitudes.
À rencontrer de nouvelles expériences.
À donner progressivement une nouvelle place à la perte.
Le temps offre l’espace dans lequel ce processus peut avoir lieu.
« Faire son deuil »
L’expression peut donner l’impression d’une tâche à terminer.
Comme si, un jour, le dossier devait être définitivement fermé.
Mais certaines pertes restent importantes toute la vie.
Ce qui change n’est pas nécessairement l’existence du lien ou du manque.
C’est souvent la place qu’ils occupent.
Au début, la perte peut remplir presque tout l’espace.
Avec le temps, la vie peut progressivement recommencer à se construire autour d’elle.
Ne pas oublier
Avancer ne signifie pas oublier.
Nous pouvons continuer à raconter une histoire.
Conserver une photographie.
Préparer une recette.
Répéter une expression.
Transmettre une valeur.
Rire d’un souvenir.
La personne disparue peut continuer à avoir une influence réelle sur la vie sans que cette influence empêche le présent d’exister.
Une nouvelle relation au souvenir
Au début :
« Je pense à lui et cela me détruit. »
Plus tard, parfois :
« Je pense à lui et cela me fait encore mal, mais je suis heureux qu’il ait existé dans ma vie. »
Cette transformation n’efface pas la perte.
Elle modifie progressivement la relation à celle-ci.
À retenir
Le deuil n’est ni une maladie automatique ni une succession obligatoire de cinq étapes.
C’est un processus humain profondément individuel par lequel nous essayons d’intégrer une réalité irréversible.
La personne disparue ne reviendra pas physiquement dans notre quotidien.
Mais cela ne signifie pas que nous devons effacer son existence pour continuer la nôtre.
Nous pouvons conserver le lien sous une autre forme.
Nous pouvons rire de nouveau sans trahir.
Aimer de nouveau sans remplacer.
Construire de nouveaux projets sans nier ceux qui n’auront jamais lieu.
Et surtout, il n’existe pas un moment où quelqu’un doit déclarer :
« Maintenant, cette personne ne me manque plus. »
Le mouvement peut être beaucoup plus subtil.
Au début, la douleur semble parfois contenir presque toute la relation.
Puis, progressivement, la relation peut redevenir plus grande que le moment de la perte.
Les souvenirs reprennent leur place.
La tendresse revient à côté de la tristesse.
La vie recommence à produire du nouveau.
Faire son deuil ne signifie alors pas laisser le défunt derrière soi. Cela signifie apprendre à continuer son propre chemin en portant autrement ce qui, de cette relation, continue à vivre en nous.
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