LA SANTÉ AVANT TOUT · Psychologie
DÉPRESSION ET TROUBLES DE L’HUMEUR
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Nous utilisons facilement le mot dépression dans le langage quotidien.
« Je déprime. »
« Cette journée est déprimante. »
« Depuis cette mauvaise nouvelle, je n’ai plus le moral. »
Pourtant, être triste, découragé ou traverser une période difficile n’est pas nécessairement souffrir d’une dépression.
La tristesse appartient à la vie émotionnelle normale.
La dépression correspond à une situation beaucoup plus large dans laquelle l’humeur, mais aussi l’énergie, la motivation, le plaisir, les pensées, le sommeil, l’appétit, la concentration et le fonctionnement quotidien peuvent être profondément modifiés.
La dépression n’est pas simplement une tristesse plus forte. Elle peut transformer la manière dont une personne ressent le monde, se perçoit elle-même et imagine son avenir.
L’humeur
Une émotion est généralement relativement brève et liée à une situation.
Colère.
Peur.
Joie.
Tristesse.
L’humeur est plus diffuse et plus durable.
Elle constitue en quelque sorte la tonalité émotionnelle dans laquelle nous évoluons pendant une période.
Nous pouvons être de mauvaise humeur sans pouvoir identifier immédiatement un événement précis.
Les troubles de l’humeur concernent des modifications importantes et persistantes de cette tonalité émotionnelle et de différents aspects du fonctionnement psychologique.
La tristesse normale
La tristesse n’est pas une maladie.
Elle peut apparaître après :
une déception ;
une séparation ;
un échec ;
une perte ;
un conflit ;
une mauvaise nouvelle.
Elle possède une fonction psychologique.
Elle accompagne notamment les situations dans lesquelles quelque chose d’important a été perdu ou n’a pas été obtenu.
Vouloir supprimer toute tristesse reviendrait à considérer comme pathologique une partie normale de l’existence humaine.
Quand parle-t-on de dépression ?
Une dépression ne se définit pas par une mauvaise journée.
Elle implique un ensemble de manifestations suffisamment importantes, persistantes et envahissantes pour modifier sensiblement le fonctionnement de la personne.
L’humeur dépressive peut être présente.
Mais un autre élément est particulièrement important :
la perte d’intérêt ou de plaisir.
Ce qui procurait auparavant quelque chose ne produit plus le même effet.
La personne ne dit pas toujours :
« Je suis triste. »
Elle peut dire :
« Je ne ressens plus rien. »
L’anhédonie
L’anhédonie désigne une diminution importante de la capacité à éprouver du plaisir ou de l’intérêt.
Une activité appréciée devient indifférente.
Voir des amis demande un effort considérable.
Un projet autrefois stimulant ne produit plus d’enthousiasme.
La personne peut comprendre intellectuellement :
« Normalement, cela devrait me faire plaisir. »
Mais l’émotion attendue ne vient pas.
Cette absence peut être particulièrement déroutante.
« Je ne suis même pas triste »
Certaines personnes dépressives ne se reconnaissent pas dans l’image classique de quelqu’un qui pleure continuellement.
Elles se sentent plutôt :
vides ;
ralenties ;
épuisées ;
indifférentes ;
irritables ;
détachées.
Elles peuvent donc ne pas identifier immédiatement ce qu’elles traversent.
La dépression ne possède pas un seul visage.
La fatigue
La fatigue peut être considérable.
Se lever.
Se laver.
S’habiller.
Préparer un repas.
Répondre à un message.
Des tâches ordinaires peuvent demander une énergie disproportionnée.
De l’extérieur, cette diminution d’activité peut être interprétée comme de la paresse.
Mais la personne peut précisément souffrir du fait qu’elle voudrait agir et ne retrouve pas ses ressources habituelles.
Le ralentissement
Chez certaines personnes, le fonctionnement semble ralenti.
Pensées.
Paroles.
Mouvements.
Décisions.
Tout demande davantage de temps.
Chez d’autres, il peut exister au contraire une agitation importante.
Elles ne trouvent pas leur place.
Marchent.
Bougent.
Se sentent intérieurement tendues.
La dépression n’est donc pas toujours synonyme d’immobilité.
La motivation
Une personne dépressive peut entendre :
« Fais un effort. »
Le problème est précisément que les mécanismes qui permettent habituellement de commencer et de maintenir une activité peuvent être fortement perturbés.
Cela ne signifie pas qu’aucune action n’est possible.
Mais demander simplement davantage de volonté peut méconnaître la difficulté réelle.
Le cercle de l’inactivité
La dépression peut créer un cercle.
Moins d’énergie.
Donc moins d’activités.
Moins de sorties.
Moins de contacts.
Moins d’expériences gratifiantes.
Donc encore moins de possibilités de ressentir du plaisir ou de la compétence.
L’inactivité est parfois une conséquence de la dépression qui contribue ensuite à son maintien.
Comprendre ce mécanisme ne signifie pas qu’il suffit de dire à la personne :
« Sors davantage. »
Le problème est précisément de rendre progressivement l’action de nouveau possible.
Le sommeil
Le sommeil peut être perturbé de différentes manières.
Difficulté à s’endormir.
Réveils nocturnes.
Réveil très précoce.
Sommeil prolongé.
Besoin de rester au lit.
Un sommeil plus long ne signifie pas nécessairement un sommeil réparateur.
La personne peut dormir beaucoup et se réveiller toujours épuisée.
L’appétit
L’appétit peut diminuer.
La nourriture perd son intérêt.
Chez d’autres personnes, il peut augmenter.
Les changements alimentaires ne vont donc pas tous dans la même direction.
Une modification importante du poids ou de l’appétit peut faire partie du tableau, mais elle ne suffit évidemment pas à identifier une dépression.
La concentration
Lire quelques pages.
Suivre une conversation.
Regarder un film.
Prendre une décision.
Tout peut devenir plus difficile.
La personne peut avoir l’impression d’avoir perdu une partie de ses capacités intellectuelles.
Cette expérience est particulièrement inquiétante lorsqu’elle ne comprend pas qu’un état psychologique peut perturber temporairement l’attention et la concentration.
La mémoire
Lorsque l’attention fonctionne moins bien, la mémorisation peut également être perturbée.
La personne oublie davantage.
Cherche ses mots.
Ne se souvient plus de ce qu’elle vient de lire.
Elle peut s’inquiéter de son fonctionnement cognitif.
Ces difficultés méritent d’être considérées dans leur contexte plutôt que d’être automatiquement attribuées à une seule cause.
La vision de soi
La dépression peut modifier profondément la manière de se percevoir.
« Je suis inutile. »
« Je rate tout. »
« Je suis un poids. »
Les erreurs prennent énormément de place.
Les réussites sont minimisées.
Les qualités deviennent difficiles à percevoir.
La personne ne pense pas nécessairement :
« La dépression me fait voir les choses de cette manière. »
Elle pense :
« Je vois enfin la réalité telle qu’elle est. »
La culpabilité
La culpabilité peut devenir excessive.
La personne se reproche :
de ne pas être suffisamment disponible ;
de fatiguer son entourage ;
de ne pas réussir à aller mieux ;
de ne pas apprécier ce qu’elle possède ;
de ne pas fonctionner comme auparavant.
Elle peut même se sentir coupable d’être dépressive.
Ce deuxième niveau de jugement ajoute alors de la souffrance à la souffrance initiale.
« Pourtant, j’ai tout pour être heureux »
Cette phrase est particulièrement douloureuse.
La personne possède peut-être :
une famille ;
un logement ;
un travail ;
des amis.
Elle en conclut :
« Je n’ai aucune raison d’aller mal. »
Mais la souffrance psychologique n’obéit pas à une comptabilité dans laquelle un nombre suffisant d’avantages annulerait automatiquement toute difficulté.
Reconnaître ce qui va bien n’oblige pas à nier ce qui va mal.
La vision du futur
La dépression peut également modifier la représentation de l’avenir.
La personne ne voit plus comment la situation pourrait changer.
« Ce sera toujours comme ça. »
L’état présent devient une prédiction.
Cette impression d’absence d’avenir peut être l’un des aspects les plus dangereux de la dépression.
Un état psychologique temporaire peut être vécu comme une vérité définitive.
Le désespoir
Le désespoir ne signifie pas simplement être très triste.
Il implique notamment la conviction que rien ne pourra réellement s’améliorer.
Lorsque cette conviction s’installe, demander de l’aide peut sembler inutile :
« À quoi bon ? »
Le paradoxe est que la dépression peut précisément réduire la capacité à croire qu’une aide pourrait servir au moment où cette aide devient particulièrement importante.
L’irritabilité
La dépression peut également se manifester par de l’irritabilité.
Tout agace.
Les sollicitations deviennent difficiles.
Les bruits dérangent.
Les proches semblent demander trop.
Chez certaines personnes, notamment certains adolescents, l’irritabilité peut être particulièrement visible.
L’entourage peut alors voir surtout :
« Il est devenu impossible. »
sans percevoir immédiatement la souffrance sous-jacente.
Le retrait social
Répondre aux autres demande de l’énergie.
La personne peut commencer à refuser les invitations.
Puis à ne plus répondre.
Les proches pensent parfois :
« Elle veut être seule. »
Parfois oui.
Mais parfois elle se retire parce qu’elle ne veut pas avoir à expliquer son état, qu’elle se sent sans intérêt ou qu’elle pense être une mauvaise compagnie.
« Je ne veux déranger personne »
Cette phrase peut cacher une souffrance importante.
La personne veut protéger son entourage.
Elle se tait.
Puis son isolement augmente.
Les autres, ne comprenant pas ce qui se passe, peuvent eux-mêmes s’éloigner.
Une intention de protection produit alors involontairement davantage de solitude.
La dépression peut être invisible
Certaines personnes continuent à travailler.
Sourient.
Répondent aux messages.
S’occupent de leur famille.
Elles utilisent énormément d’énergie pour maintenir leur fonctionnement extérieur.
Leur entourage peut être stupéfait lorsqu’elles révèlent leur état.
L’apparence de fonctionnement ne permet donc pas toujours d’évaluer la souffrance intérieure.
Les causes
Il n’existe pas une cause unique de la dépression.
Plusieurs dimensions peuvent intervenir :
vulnérabilités biologiques ;
histoire personnelle ;
événements de vie ;
stress chronique ;
isolement ;
maladie ;
pertes ;
conditions sociales ;
facteurs psychologiques.
Selon les personnes, leur importance relative varie.
Réduire toute dépression à un seul facteur produit souvent une explication trop simple.
« C’est chimique »
L’idée selon laquelle la dépression serait simplement causée par un manque d’une substance chimique particulière dans le cerveau est une simplification excessive.
Les mécanismes biologiques sont complexes.
Les neurotransmetteurs participent au fonctionnement cérébral, mais une dépression ne peut pas être résumée à une seule molécule déficitaire.
Reconnaître la dimension biologique ne nécessite pas d’adopter une explication simpliste.
« C’est dans la tête »
À l’inverse, présenter la dépression comme une simple manière négative de penser est tout aussi réducteur.
Le psychisme, le cerveau, le corps, l’histoire et l’environnement interagissent.
Une personne ne choisit pas simplement de penser négativement puis de devenir dépressive.
Les pensées peuvent participer au maintien de la souffrance sans en constituer nécessairement l’unique origine.
Les événements de vie
Certaines dépressions apparaissent après un événement identifiable.
Séparation.
Licenciement.
Maladie.
Deuil.
Épuisement.
D’autres apparaissent sans événement spectaculaire.
La personne cherche alors :
« Mais pourquoi ? »
L’absence d’une cause immédiatement identifiable ne rend pas l’état moins réel.
Dépression et deuil
Le deuil peut produire :
tristesse intense ;
fatigue ;
troubles du sommeil ;
perte d’intérêt ;
difficultés de concentration.
Il existe donc des ressemblances avec la dépression.
Mais le deuil est une réaction humaine à une perte.
Il peut néanmoins s’accompagner d’une dépression ou évoluer vers des difficultés nécessitant une attention particulière.
Il faut donc éviter deux erreurs :
pathologiser automatiquement le deuil ;
ou considérer qu’une personne endeuillée ne pourrait jamais présenter simultanément une dépression.
Dépression et épuisement professionnel
L’épuisement professionnel peut également comporter :
fatigue ;
démotivation ;
difficultés cognitives ;
détachement.
La distinction dépend notamment du contexte et de l’étendue des symptômes.
Un épuisement initialement centré sur le travail peut finir par affecter l’ensemble de la vie.
L’épuisement professionnel sera traité séparément.
Dépression et maladie physique
Certaines maladies ou situations médicales peuvent provoquer ou accompagner des symptômes ressemblant à ceux d’une dépression.
Fatigue.
Ralentissement.
Troubles du sommeil.
Perte d’énergie.
Difficultés de concentration.
C’est pourquoi il peut être important de ne pas attribuer automatiquement tout changement de fonctionnement au psychisme.
L’évaluation médicale peut être nécessaire selon la situation.
Les médicaments et autres substances
Certains médicaments ou substances peuvent également influencer l’humeur.
À l’inverse, une personne dépressive peut augmenter sa consommation d’alcool ou d’autres substances pour tenter de soulager temporairement son état.
Cette stratégie peut aggraver certaines difficultés.
Le lien entre humeur et consommation mérite donc parfois d’être examiné.
Un premier épisode
Une personne peut traverser un épisode dépressif une seule fois.
D’autres connaissent plusieurs épisodes au cours de leur vie.
Comprendre qu’une dépression peut récidiver ne signifie pas qu’une personne est condamnée à vivre continuellement dans cet état.
Cela peut en revanche rendre utile la reconnaissance précoce de certains signes personnels.
Reconnaître ses signes
Chez une personne ayant déjà traversé un épisode, certains changements peuvent servir d’alerte.
Elle commence à dormir différemment.
Abandonne certaines activités.
S’isole.
Rumination accrue.
Irritabilité.
Fatigue inhabituelle.
Repérer ces modifications tôt peut permettre de réagir avant que l’état ne devienne plus sévère.
Les troubles de l’humeur ne se limitent pas à la dépression
L’humeur peut également se modifier dans l’autre direction.
Certaines personnes connaissent des périodes d’élévation ou d’irritabilité inhabituelles accompagnées de changements importants dans :
l’énergie ;
le sommeil ;
la vitesse de pensée ;
la parole ;
les projets ;
la prise de risque ;
le sentiment de capacité.
Ces états ne correspondent pas simplement au fait d’être particulièrement heureux ou productif.
Ils peuvent appartenir à des troubles de l’humeur spécifiques.
Manie et hypomanie
La manie et l’hypomanie correspondent à des états particuliers d’élévation ou d’irritabilité de l’humeur associés à d’autres modifications du fonctionnement.
Besoin de sommeil fortement réduit.
Énergie inhabituelle.
Pensées rapides.
Parole accrue.
Multiplication des projets.
Sentiment de puissance ou de confiance inhabituel.
Impulsivité ou prises de risque possibles.
La manie peut provoquer une altération majeure du fonctionnement et parfois nécessiter une prise en charge urgente.
L’hypomanie est moins sévère, mais reste différente d’une simple bonne humeur.
« Je vais merveilleusement bien »
L’une des difficultés est qu’une personne en phase d’élévation de l’humeur ne se sent pas nécessairement malade.
Elle peut se sentir exceptionnellement efficace.
Créative.
Sociable.
Puissante.
Elle peut donc ne voir aucune raison de consulter.
L’entourage remarque parfois davantage le changement que la personne elle-même.
Le trouble bipolaire
Le trouble bipolaire appartient aux troubles de l’humeur et implique notamment des épisodes d’élévation pathologique de l’humeur et, selon les formes, des épisodes dépressifs.
Il ne signifie pas :
changer d’avis rapidement ;
être joyeux le matin et triste le soir ;
avoir « deux personnalités ».
Ces utilisations courantes du mot bipolaire entretiennent une confusion importante.
Le trouble bipolaire fera l’objet d’un chapitre spécifique.
Les fluctuations ordinaires de l’humeur
Notre humeur varie naturellement.
Bonne nouvelle.
Fatigue.
Stress.
Cycle de vie.
Conflit.
Réussite.
Déception.
Une variation émotionnelle normale ne constitue pas automatiquement un trouble de l’humeur.
L’évaluation tient notamment compte de :
l’intensité ;
la durée ;
l’ensemble des symptômes ;
leur caractère inhabituel ;
leurs conséquences sur le fonctionnement.
Les saisons
Certaines personnes observent des variations saisonnières importantes de leur humeur.
La diminution de lumière, les changements de rythme et d’autres facteurs peuvent intervenir.
Il existe notamment des formes de dépression présentant un caractère saisonnier.
Mais se sentir un peu moins énergique en hiver ne signifie pas automatiquement souffrir d’un trouble dépressif saisonnier.
Les hormones et les périodes de vie
Certaines périodes associées à des changements hormonaux peuvent influencer l’humeur.
Grossesse.
Post-partum.
Périménopause ou ménopause, selon les personnes.
Mais attribuer automatiquement toute souffrance psychologique aux hormones peut également conduire à minimiser d’autres facteurs.
L’évaluation doit rester globale.
La dépression après une naissance
L’arrivée d’un enfant est culturellement associée au bonheur.
Une personne peut donc éprouver énormément de honte si elle se sent triste, anxieuse, vide ou dépassée.
« Je devrais être heureuse. »
Cette injonction peut empêcher de parler.
Les difficultés psychologiques du post-partum méritent d’être prises au sérieux et ne constituent pas une preuve d’absence d’amour pour l’enfant.
Les hommes et la dépression
Les normes sociales peuvent influencer la manière dont la souffrance est exprimée.
Certaines personnes ont appris qu’elles ne doivent pas montrer leur tristesse ou leur vulnérabilité.
La souffrance peut alors apparaître davantage sous forme :
d’irritabilité ;
de retrait ;
de surinvestissement professionnel ;
de consommation ;
de comportements à risque.
Il faut toutefois éviter de transformer ces tendances en règles rigides liées au sexe.
Chaque personne peut présenter la dépression différemment.
Les adolescents
Chez les adolescents, la dépression peut parfois être confondue avec :
une crise d’adolescence ;
de la paresse ;
de l’opposition ;
une mauvaise attitude.
Irritabilité.
Isolement.
Chute scolaire.
Perte d’intérêt.
Troubles du sommeil.
Un changement important et durable mérite davantage d’attention qu’une simple étiquette :
« C’est son âge. »
Les personnes âgées
Chez une personne âgée, certains symptômes dépressifs peuvent être attribués trop rapidement au vieillissement.
« À son âge, c’est normal d’être triste. »
Non.
Vieillir implique des changements et parfois des pertes importantes, mais la souffrance dépressive ne doit pas être considérée comme une conséquence obligatoire de l’âge.
Les difficultés cognitives et physiques peuvent également compliquer l’identification du problème.
« Secoue-toi »
Cette injonction est rarement utile.
Elle suppose que la personne possède déjà les ressources nécessaires et refuse simplement de les utiliser.
Elle peut augmenter la culpabilité :
« Non seulement je vais mal, mais en plus je suis responsable de ne pas réussir à aller mieux. »
Encourager l’action peut être utile.
Accuser la personne de manquer de volonté ne l’est pas.
« Pense positif »
La pensée positive ne constitue pas un traitement universel de la dépression.
Une personne dépressive ne manque pas simplement d’un stock suffisant de phrases optimistes.
Lui demander de regarder le bon côté des choses peut parfois lui donner l’impression que sa souffrance n’est pas entendue.
Reconnaître la difficulté n’empêche pas de rechercher progressivement des possibilités d’amélioration.
« Tu as tellement de choses positives »
C’est peut-être vrai.
Mais une personne dépressive peut parfaitement savoir qu’elle est aimée et ne pas réussir à le ressentir comme auparavant.
La logique et l’émotion ne se déplacent pas toujours ensemble.
Lui rappeler ce qu’elle possède peut être bien intentionné.
Mais utilisé comme argument pour démontrer qu’elle ne devrait pas souffrir, cela peut augmenter la honte.
Que peut faire l’entourage ?
Il n’existe pas une phrase magique.
Mais certaines attitudes peuvent aider :
écouter ;
rester présent ;
prendre la souffrance au sérieux ;
proposer une aide concrète ;
encourager une consultation lorsque nécessaire ;
maintenir un contact sans exiger continuellement que la personne paraisse aller mieux.
Parfois, une aide très concrète compte énormément :
faire une course ;
accompagner à un rendez-vous ;
préparer un repas ;
aider à organiser une démarche.
Aider sans devenir thérapeute
Un proche peut soutenir.
Il ne doit pas nécessairement devenir le seul responsable de l’état psychologique de la personne.
Cette distinction est importante.
L’amour ne donne pas toujours les outils nécessaires pour accompagner une dépression sévère.
Encourager une aide professionnelle ne signifie pas abandonner.
Cela peut précisément faire partie du soutien.
Les activités
Lorsqu’une personne va mal, attendre de retrouver spontanément l’envie avant de faire quoi que ce soit peut maintenir l’inactivité.
Certaines approches psychologiques travaillent donc sur la reprise progressive d’activités significatives ou gratifiantes.
Mais il faut éviter de transformer cette idée en injonction simpliste :
« Fais du sport et tout ira bien. »
Une activité peut contribuer à l’amélioration.
Elle n’annule pas automatiquement une dépression.
Les petites actions
Lorsque tout paraît immense, réduire l’échelle peut être utile.
Non :
« Reprends ta vie en main. »
Mais :
se lever ;
ouvrir les volets ;
se laver ;
manger quelque chose ;
sortir quelques minutes ;
répondre à un message.
Dans certaines périodes, une action qui paraît minuscule de l’extérieur représente un effort considérable.
Les traitements
La prise en charge dépend de la situation, de la sévérité, de l’histoire de la personne et de différents facteurs individuels.
Elle peut notamment comprendre une psychothérapie, une prise en charge médicale, des médicaments dans certaines situations, ou une combinaison de plusieurs approches.
Le choix d’un traitement individuel relève d’une évaluation professionnelle.
Les différentes psychothérapies utilisées dans la dépression seront développées dans la partie Psychothérapie.
Les antidépresseurs
Les antidépresseurs sont des médicaments utilisés notamment dans certains troubles dépressifs et d’autres situations.
Ils ne doivent être ni présentés comme une solution universelle ni diabolisés.
Leur indication, leur choix, leur suivi et leur éventuel arrêt relèvent d’une prise en charge médicale.
Une personne ne devrait pas modifier seule un traitement prescrit sur la base d’informations générales.
Psychothérapie et dépression
Différentes approches psychothérapeutiques peuvent être utilisées selon les situations.
Certaines travaillent notamment sur :
les comportements ;
les pensées ;
les relations ;
les émotions ;
les schémas répétitifs ;
l’histoire personnelle.
Il ne s’agit pas ici de les détailler, puisque la partie Psychothérapie leur sera consacrée.
L’important est de comprendre qu’une dépression ne condamne pas la personne à rester définitivement dans le même état.
Quand demander de l’aide ?
Une consultation est particulièrement importante lorsque les symptômes persistent, deviennent importants, perturbent fortement la vie quotidienne ou s’accompagnent d’un désespoir marqué.
Une personne peut également demander de l’aide avant d’atteindre une situation extrême.
Il n’est pas nécessaire d’attendre de ne plus pouvoir fonctionner.
Pensées de mort et idées suicidaires
Une dépression peut parfois s’accompagner de pensées concernant la mort ou le suicide.
Elles doivent être prises au sérieux.
Il existe une différence entre :
« J’aimerais pouvoir disparaître »
et l’existence d’un projet suicidaire précis.
Mais les deux méritent une attention.
Demander directement à quelqu’un s’il pense au suicide ne crée pas l’idée dans sa tête.
Cela peut au contraire permettre d’ouvrir une conversation qui n’osait pas commencer.
En cas de danger immédiat
Lorsqu’une personne risque de se faire du mal, possède un projet suicidaire, ne se sent plus capable de garantir sa sécurité ou présente un état psychique gravement perturbé, la situation nécessite une aide urgente.
Il ne faut pas attendre qu’un chapitre, une discussion avec des proches ou un rendez-vous lointain suffise.
Les services d’urgence et dispositifs de crise disponibles localement doivent alors être sollicités.
La dépression ment parfois sur le futur
Une personne dépressive peut être absolument convaincue :
« Rien ne changera. »
Ce sentiment est réel.
Mais il ne constitue pas une prédiction fiable de l’avenir.
C’est l’une des raisons pour lesquelles le soutien extérieur devient si important.
Lorsque la personne n’arrive momentanément plus à imaginer une possibilité d’amélioration, quelqu’un d’autre peut continuer à tenir cette possibilité ouverte avec elle.
Guérir ne signifie pas devenir continuellement heureux
Sortir d’une dépression ne signifie pas atteindre une vie sans tristesse, fatigue ou difficultés.
La personne retrouvera également les émotions ordinaires.
Elle pourra encore être triste.
Déçue.
En colère.
La différence est que ces émotions ne constituent plus nécessairement un état global qui envahit toute l’existence.
La peur de rechuter
Après une dépression, une mauvaise journée peut devenir inquiétante.
« Ça recommence. »
Mais toute tristesse n’annonce pas une rechute.
Apprendre à reconnaître ses signes personnels peut aider à distinguer :
une fluctuation ordinaire ;
une période de fatigue ;
et une modification plus importante nécessitant une attention.
Ne pas transformer la dépression en identité
Dire :
« Je traverse une dépression »
et
« Je suis dépressif »
peuvent être vécus différemment.
Le diagnostic peut aider à comprendre ce qui se passe.
Mais la personne ne se résume pas à son état.
Elle reste également :
son histoire ;
ses relations ;
ses valeurs ;
ses compétences ;
ses goûts ;
ses projets ;
même lorsque la dépression rend temporairement une partie de tout cela difficile à ressentir.
À retenir
La dépression ne doit être confondue ni avec une mauvaise journée ni avec une faiblesse de caractère.
Elle peut modifier profondément l’énergie, le plaisir, le sommeil, la concentration, la relation aux autres, l’image de soi et la capacité à imaginer l’avenir.
Elle n’a pas une cause unique.
Elle n’a pas non plus une seule apparence.
Certaines personnes pleurent.
D’autres deviennent irritables.
Certaines ne ressentent presque plus rien.
Certaines cessent de fonctionner.
D’autres continuent extérieurement à tout assurer au prix d’un effort considérable.
Comprendre la dépression demande donc d’abandonner deux idées opposées mais également trompeuses :
« Il suffit de vouloir aller mieux »
et
« Puisque je me sens ainsi aujourd’hui, rien ne pourra jamais changer. »
Entre les deux existe une réalité beaucoup plus juste :
la souffrance peut être profonde, réelle et parfois sévère sans constituer pour autant une condamnation définitive de l’avenir.
Aucun résultat pour cette recherche. Essaie un autre mot.
Contenu d’information générale. Les techniques de soin et leurs indications demandent une évaluation adaptée à la situation.