LA SANTÉ AVANT TOUT · Psychologie
CONSTRUCTION DE L’IDENTITÉ
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Qui suis-je ?
La question paraît simple.
Nous pouvons répondre par un nom, un âge, une profession, une nationalité, une situation familiale ou quelques traits de caractère.
Mais aucune de ces réponses ne suffit à elle seule.
Nous sommes à la fois ce que nous avons vécu, ce que nous croyons être, les groupes auxquels nous appartenons, les rôles que nous occupons, les valeurs que nous défendons, les choix que nous faisons et l’histoire que nous racontons sur nous-mêmes.
Et cette histoire continue d’évoluer.
L’identité n’est pas un objet découvert une fois pour toutes. Elle se construit, se transforme et se réorganise tout au long de la vie.
Qu’est-ce que l’identité ?
L’identité psychologique correspond à la manière dont une personne se représente elle-même et perçoit une certaine continuité de son existence.
Elle permet de répondre, au moins partiellement, à des questions comme :
« Qui suis-je ? »
« Qu’est-ce qui compte pour moi ? »
« À quoi est-ce que j’appartiens ? »
« Qu’est-ce qui me distingue des autres ? »
« Quelle personne ai-je envie d’être ? »
Cette identité contient plusieurs dimensions qui ne sont pas toujours parfaitement cohérentes entre elles.
Nous avons plusieurs facettes
Une personne peut être simultanément :
parent ;
enfant de ses propres parents ;
conjoint ;
ami ;
professionnel ;
citoyen ;
membre d’une culture ;
croyant ou non-croyant ;
sportif ;
artiste ;
aidant ;
étudiant ;
entrepreneur.
Ces dimensions ne constituent pas nécessairement plusieurs identités séparées.
Elles forment différentes parties d’une même personne.
Selon la situation, certaines deviennent plus visibles que d’autres.
L’identité personnelle
L’identité personnelle concerne ce qui nous permet de nous percevoir comme un individu particulier.
Notre histoire.
Nos souvenirs.
Nos préférences.
Nos valeurs.
Nos projets.
Nos caractéristiques.
Nos relations.
Nos choix.
Elle comprend également le sentiment de rester, d’une certaine manière, la même personne à travers le temps malgré les changements.
L’enfant que nous étions et l’adulte que nous sommes peuvent être extrêmement différents.
Pourtant, nous percevons généralement une continuité entre les deux.
L’identité sociale
Nous nous définissons aussi par nos appartenances.
Famille.
Profession.
Pays.
Région.
Religion.
Génération.
Communauté.
Groupe culturel.
Association.
Milieu social.
Certaines appartenances sont choisies.
D’autres nous sont données.
Certaines sont centrales.
D’autres presque insignifiantes.
Elles peuvent devenir particulièrement importantes lorsqu’elles sont valorisées, menacées, contestées ou partagées avec d’autres.
« Nous » participe à la construction du « je »
L’être humain construit une partie de son identité dans la relation.
Nous apprenons qui nous sommes aussi à travers les autres.
Ils nous nomment.
Nous décrivent.
Nous répondent.
Nous reconnaissent.
Nous comparent.
Nous attribuent parfois des rôles.
« C’est le calme de la famille. »
« Elle, c’est l’intellectuelle. »
« Lui, c’est celui qui fait rire tout le monde. »
Ces descriptions peuvent participer à notre identité.
Mais elles peuvent également devenir des cages.
Les étiquettes familiales
Dans certaines familles, les rôles s’installent très tôt.
Le responsable.
Le difficile.
Le fragile.
Le brillant.
Le maladroit.
Le gentil.
Le rebelle.
L’enfant peut finir par organiser une partie de son comportement autour de ce rôle.
Parfois, même lorsqu’il change, la famille continue à le voir à travers l’ancienne étiquette.
Il peut alors éprouver une sensation étrange :
« Je ne suis plus cette personne, mais ici, tout le monde continue à me traiter comme si je l’étais. »
L’enfance
L’identité commence à se construire très tôt.
L’enfant découvre progressivement qu’il est un individu distinct.
Il apprend son nom.
Son corps.
Ses préférences.
Ses capacités.
Ses relations.
Puis il commence à produire des descriptions de lui-même :
« Je suis rapide. »
« Je suis timide. »
« Je suis mauvais en maths. »
Certaines de ces descriptions sont temporaires.
Mais répétées suffisamment longtemps, elles peuvent devenir des éléments durables du récit personnel.
Ce que les adultes disent de l’enfant
Les paroles répétées ont une importance particulière.
« Tu es paresseux. »
n’est pas identique à :
« Tu n’as pas fait ce que tu devais faire aujourd’hui. »
Dans le premier cas, le comportement devient identité.
De la même manière :
« Tu es doué »
peut sembler positif, mais peut parfois créer une pression particulière si l’enfant comprend qu’il doit continuellement prouver cette identité.
Il peut devenir utile de distinguer :
ce que l’enfant fait
de
ce que l’enfant est.
L’adolescence
L’adolescence constitue une période particulièrement importante pour la construction identitaire.
Le jeune ne veut plus seulement être défini par sa famille.
Il explore.
Goûts.
Vêtements.
Musique.
Amis.
Valeurs.
Opinions.
Projets.
Relations.
Il peut essayer plusieurs manières d’être.
Vu de l’extérieur, cela peut sembler contradictoire.
Mais l’exploration fait partie du processus.
Essayer une identité n’oblige pas à la conserver.
Se différencier de ses parents
Construire son identité implique souvent une certaine différenciation.
L’adolescent ou le jeune adulte peut remettre en question :
les croyances familiales ;
les choix professionnels attendus ;
les habitudes ;
les valeurs ;
les projets imaginés pour lui.
Cela peut être vécu par les parents comme un rejet.
Pourtant, devenir différent de sa famille ne signifie pas nécessairement cesser de l’aimer.
L’autonomie psychologique nécessite précisément de pouvoir déterminer progressivement :
« Qu’est-ce que je garde de ce que j’ai reçu, et qu’est-ce que je choisis autrement ? »
L’identité par opposition
Il est parfois plus facile de savoir ce que nous ne voulons pas être.
« Je ne serai jamais comme mon père. »
« Je ne veux pas vivre comme ma famille. »
« Je refuse ce modèle. »
L’opposition peut être une étape utile.
Mais une identité construite uniquement contre quelqu’un reste encore fortement organisée autour de cette personne.
À un moment, une autre question devient nécessaire :
« Si je ne veux pas être cela, qu’est-ce que je veux être ? »
L’identité et les choix
Chaque décision importante peut participer à la construction de l’identité.
Choisir un métier.
Quitter une relation.
Fonder une famille.
Changer de pays.
Créer une entreprise.
S’engager pour une cause.
Refuser une tradition.
Ces choix ne révèlent pas seulement une identité préexistante.
Ils contribuent également à la construire.
Nous devenons en partie la personne qui a fait ces choix et qui vit ensuite avec leurs conséquences.
L’identité professionnelle
Le métier peut occuper une place considérable.
À la question :
« Qui êtes-vous ? »
nous répondons souvent par notre profession.
« Je suis enseignant. »
« Je suis médecin. »
« Je suis commerçant. »
Le verbe être est révélateur.
Nous ne disons pas seulement ce que nous faisons.
Nous utilisons l’activité pour dire qui nous sommes.
Cela peut donner une structure, une reconnaissance et un sentiment d’utilité.
Mais cela crée également une vulnérabilité.
Quand le métier disparaît
Chômage.
Retraite.
Maladie.
Licenciement.
Invalidité.
Fermeture d’une entreprise.
Lorsque l’activité disparaît, la personne peut perdre bien davantage qu’un revenu.
Elle peut se demander :
« Qui suis-je maintenant ? »
Plus l’identité reposait exclusivement sur le travail, plus la transition peut être difficile.
Construire plusieurs sources d’identité peut donc apporter une certaine stabilité.
L’identité parentale
Devenir parent transforme également l’identité.
Une personne qui se définissait principalement par sa vie personnelle ou professionnelle devient :
mère
ou
père.
Ce rôle peut prendre une place immense.
Parfois tellement importante que lorsque les enfants deviennent autonomes, une nouvelle question apparaît :
« Qui suis-je lorsque je ne suis plus nécessaire de la même manière ? »
L’identité doit alors se réorganiser.
Le couple et l’identité
Une relation amoureuse crée un nous.
Ce nous peut enrichir les deux personnes.
Mais il peut aussi prendre tellement de place que le je devient difficile à retrouver.
Amis communs.
Projets communs.
Maison commune.
Habitudes communes.
Puis, en cas de séparation, la personne ne perd pas uniquement son partenaire.
Elle peut perdre une partie de l’organisation de son identité.
« Nous faisions tout ensemble. Je ne sais même plus ce que j’aime, moi. »
Être différent selon les contextes
Nous ne nous comportons pas exactement de la même manière partout.
Professionnellement, nous pouvons être très sérieux.
Avec des amis, beaucoup plus spontanés.
Avec nos parents, retrouver certains réflexes anciens.
Cela ne signifie pas nécessairement que nous sommes faux.
L’être humain adapte naturellement son comportement au contexte.
La question devient problématique lorsque l’écart est tel que la personne ressent :
« Je joue constamment un personnage et je ne sais plus lequel correspond à moi. »
Le « vrai moi »
Nous cherchons parfois notre « vrai moi » comme s’il existait quelque part, intact, sous toutes les influences sociales.
Mais nous sommes précisément construits en interaction avec un monde.
Langue.
Culture.
Famille.
Expériences.
Rencontres.
Apprentissages.
Il n’est donc pas nécessaire d’opposer un moi totalement pur à un moi social entièrement artificiel.
La question peut être plus concrète :
« Parmi toutes les influences qui m’ont construit, lesquelles correspondent aujourd’hui à ce que je veux continuer à être ? »
Les valeurs
Les valeurs jouent un rôle important dans l’identité.
Justice.
Famille.
Liberté.
Foi.
Créativité.
Loyauté.
Indépendance.
Solidarité.
Connaissance.
Une valeur n’est pas simplement quelque chose que nous déclarons important.
Elle devient particulièrement révélatrice lorsque plusieurs intérêts entrent en concurrence.
C’est souvent au moment où un choix coûte quelque chose que nous découvrons ce qui compte réellement pour nous.
Identité et cohérence
Nous aimons généralement nous percevoir comme cohérents.
Si nous pensons être honnêtes, nous voulons agir honnêtement.
Si nous nous considérons généreux, un comportement égoïste peut créer un malaise.
Lorsque nos actes et notre représentation de nous-mêmes entrent en contradiction, nous pouvons :
modifier notre comportement ;
modifier notre image de nous-mêmes ;
ou trouver une explication permettant de préserver la cohérence.
Cette recherche de cohérence influence fortement notre manière de raconter nos décisions.
Le récit de soi
Nous ne conservons pas simplement une liste d’événements.
Nous construisons une histoire.
« J’ai toujours dû me débrouiller seul. »
« J’ai eu plusieurs vies. »
« Chaque difficulté m’a obligé à recommencer. »
« Je n’ai jamais eu de chance. »
Ces récits organisent les événements.
Ils leur donnent une continuité et une signification.
Deux personnes ayant vécu des expériences comparables peuvent construire des récits très différents.
Le récit peut évoluer
Changer le récit de sa vie ne signifie pas inventer un passé différent.
Les faits restent.
Mais leur place et leur signification peuvent évoluer.
Un échec autrefois vécu comme la preuve d’une incapacité peut devenir, des années plus tard, le moment où une autre voie s’est ouverte.
Une séparation peut rester douloureuse tout en cessant d’être définie uniquement comme une destruction.
Nous ne changeons pas nécessairement l’événement.
Nous pouvons changer la manière dont il s’intègre à l’ensemble de notre histoire.
Les contradictions
Une identité mature peut contenir des contradictions.
Nous pouvons être :
forts et vulnérables ;
indépendants et avoir besoin des autres ;
rationnels et profondément émotionnels ;
courageux dans certaines situations et peureux dans d’autres.
Vouloir produire une identité parfaitement cohérente peut conduire à rejeter des parties réelles de soi.
Nous sommes souvent plus complexes que les adjectifs avec lesquels nous essayons de nous résumer.
Les erreurs passées
Une erreur peut entrer dans l’identité.
« J’ai fait quelque chose de mauvais »
peut devenir :
« Je suis une mauvaise personne. »
Il existe pourtant une différence essentielle entre intégrer la responsabilité d’un acte et transformer cet acte en définition éternelle de soi.
Reconnaître le passé permet éventuellement d’en tirer une responsabilité.
Rester enfermé dans une identité construite autour de l’erreur peut empêcher toute évolution.
« Je ne suis plus la personne que j’étais »
Cette phrase peut être prononcée avec soulagement.
Ou avec tristesse.
Nous changeons.
Parfois volontairement.
Parfois parce que la vie nous y oblige.
Une maladie.
Un deuil.
Une naissance.
Une migration.
Un accident.
Une réussite.
Une rencontre.
Certains événements créent une rupture entre un avant et un après.
Il faut alors reconstruire une continuité :
« Comment cette nouvelle version de ma vie appartient-elle encore à mon histoire ? »
La maladie et l’identité
Une maladie importante peut occuper énormément de place.
Rendez-vous.
Traitements.
Fatigue.
Restrictions.
Regard des autres.
La personne risque progressivement d’être réduite à :
« le malade »
y compris dans son propre regard.
Pourtant, la maladie peut être une partie majeure de l’existence sans devenir la totalité de l’identité.
Une personne reste également ses relations, ses goûts, son humour, ses compétences, ses valeurs, ses projets et son histoire.
Le diagnostic psychologique
Recevoir un diagnostic peut parfois apporter un immense soulagement.
Une personne comprend enfin certaines difficultés.
Elle trouve des mots.
Une communauté.
Des explications.
Mais un diagnostic peut également prendre une place identitaire très importante.
Il peut être utile de pouvoir dire :
« Cela explique une partie de mon fonctionnement »
sans être obligé de conclure :
« Cela explique absolument tout ce que je suis. »
Le regard des autres
Notre identité dépend en partie de la reconnaissance sociale.
Il est difficile de construire une image de soi totalement indépendante du regard d’autrui.
Mais si ce regard devient l’unique miroir, l’identité devient extrêmement instable.
Une critique modifie qui nous croyons être.
Un compliment nous restaure.
Un rejet nous détruit.
Une approbation nous rassure.
Développer une identité plus autonome ne signifie pas ne plus se soucier de personne.
Cela signifie que les autres ne possèdent pas seuls le pouvoir de définir qui nous sommes.
Les réseaux sociaux et l’identité
Les réseaux permettent de présenter une version de soi.
Photos.
Opinions.
Activités.
Réussites.
Style.
Valeurs affichées.
Nous sélectionnons nécessairement.
Cette présentation n’est pas automatiquement fausse.
Mais une tension peut apparaître lorsque l’identité publique devient un personnage qu’il faut constamment maintenir.
La personne ne se demande plus seulement :
« Qu’est-ce que j’aime ? »
mais :
« Qu’est-ce qui correspond à l’image que les autres ont de moi ? »
Devenir prisonnier de sa propre image
Une personne reconnue pour sa force peut ne plus oser demander de l’aide.
Quelqu’un connu pour son humour peut cacher sa tristesse.
Une personne considérée comme extrêmement compétente peut ne plus oser dire :
« Je ne sais pas. »
Une identité valorisée peut donc elle aussi devenir contraignante.
Nous pouvons avoir besoin de la permission intérieure d’être parfois différents de notre propre réputation.
L’appartenance
Les groupes fournissent une identité.
« Nous sommes… »
Ce sentiment peut apporter :
sécurité ;
solidarité ;
histoire ;
sens ;
reconnaissance.
Mais il peut également produire une pression à la conformité.
Que se passe-t-il lorsque nous ne partageons plus une opinion importante du groupe auquel nous appartenons ?
Changer peut alors coûter plus qu’une idée.
Cela peut menacer une appartenance.
Quitter un groupe
Quitter une communauté, un milieu professionnel, une religion, une association ou même un cercle d’amis peut créer une véritable crise identitaire.
La personne perd parfois :
des relations ;
des habitudes ;
un langage commun ;
des références ;
un statut ;
une vision du monde.
Il faut ensuite reconstruire une réponse à :
« Qui suis-je maintenant que je ne suis plus l’un des leurs ? »
Migration et identité
Changer de pays ou de culture peut rendre l’identité particulièrement visible.
La personne découvre parfois des aspects d’elle-même qu’elle ne remarquait pas auparavant.
Une habitude considérée comme normale dans son pays devient soudain une particularité culturelle.
Elle peut se sentir :
d’ici ;
de là-bas ;
des deux ;
ou momentanément de nulle part.
L’identité peut alors devenir plurielle plutôt que devoir choisir obligatoirement une seule appartenance.
Les grandes transitions
Certaines périodes obligent particulièrement à réinterroger l’identité.
Adolescence.
Entrée dans la vie professionnelle.
Parentalité.
Migration.
Divorce.
Chômage.
Maladie.
Retraite.
Deuil.
Les anciennes réponses ne fonctionnent plus complètement.
Les nouvelles ne sont pas encore stabilisées.
Cette période intermédiaire peut être inconfortable sans être nécessairement pathologique.
La crise identitaire
Une crise identitaire peut survenir lorsque la personne ne sait plus clairement qui elle est, ce qu’elle veut ou comment relier différentes parties de son existence.
Elle peut ressentir :
confusion ;
vide ;
instabilité ;
perte de direction ;
contradiction.
Mais une crise peut également correspondre à une phase de réorganisation.
L’ancienne identité ne convient plus.
La nouvelle n’est pas encore construite.
Le vide entre les deux peut être difficile à supporter.
Faut-il absolument « se trouver » ?
L’expression est séduisante.
« Je dois me trouver. »
Mais elle suppose parfois qu’une version définitive de nous-mêmes existe déjà quelque part et qu’il suffirait de la découvrir.
Nous pouvons aussi penser autrement :
nous nous découvrons en partie ;
et nous nous construisons en partie.
Nous apprenons certaines caractéristiques.
Puis nous faisons des choix qui créent de nouvelles caractéristiques.
L’identité est à la fois héritée, découverte et construite.
Le droit de changer
Nous pouvons avoir affirmé pendant vingt ans :
« Moi, jamais. »
Puis changer d’avis.
Cela peut être vécu comme une incohérence.
Mais rester fidèle à soi-même ne signifie pas rester identique.
Les informations changent.
L’expérience change.
Nous changeons.
La cohérence peut aussi consister à réviser une position lorsque nous ne croyons plus réellement à ce que nous défendions auparavant.
Les autres peuvent résister à notre changement
Lorsque nous changeons, notre entourage doit parfois réorganiser sa propre relation avec nous.
Une personne qui disait toujours oui commence à poser des limites.
Une personne dépendante devient plus autonome.
Quelqu’un change de projet.
De convictions.
De mode de vie.
Les proches peuvent dire :
« Tu as changé. »
Et ils ont peut-être raison.
Mais cette phrase ne signifie pas nécessairement :
« Tu as mal changé. »
Parfois, elle signifie simplement :
« Je dois maintenant apprendre à être en relation avec une version de toi que je connais moins. »
Identité et liberté
Nous ne choisissons pas tout ce qui nous construit.
Nous ne choisissons pas :
notre lieu de naissance ;
notre enfance ;
une grande partie de nos premières expériences ;
certaines caractéristiques personnelles ;
de nombreux événements.
Mais l’identité n’est pas uniquement le produit passif de ce que nous avons reçu.
Avec le temps, nous pouvons parfois choisir ce que nous voulons continuer à porter.
Ce que nous voulons transformer.
Ce que nous refusons de reproduire.
Ce que nous voulons transmettre.
Quand demander de l’aide ?
Une période de questionnement identitaire n’est pas nécessairement un problème psychologique.
Elle peut accompagner naturellement une transition.
Mais lorsque la confusion devient très douloureuse, que la personne ressent durablement un vide important, ne parvient plus à maintenir une certaine continuité de soi ou voit ses relations et sa vie quotidienne fortement perturbées, un accompagnement peut être utile.
Certaines difficultés identitaires peuvent également apparaître dans différents troubles psychologiques, sans que tout questionnement sur soi constitue pour autant un trouble.
Les approches thérapeutiques permettant d’explorer l’histoire personnelle, les valeurs, les rôles et la construction du récit de soi seront abordées dans la partie consacrée à la psychothérapie.
À retenir
Notre identité n’est ni une étiquette ni une photographie.
Elle ressemble davantage à une histoire qui continue de s’écrire.
Nous recevons certaines pages avant même de pouvoir choisir.
Notre famille.
Notre culture.
Notre enfance.
Notre corps.
Notre environnement.
Puis nous commençons progressivement à participer davantage à l’écriture.
Nous gardons certaines choses.
Nous en abandonnons d’autres.
Nous découvrons que certaines définitions ne nous correspondent plus.
Nous changeons de rôle.
Nous traversons des ruptures.
Nous intégrons de nouvelles expériences.
Construire son identité ne signifie donc pas nécessairement découvrir une réponse définitive à :
« Qui suis-je ? »
Il peut être plus juste d’accepter que cette réponse possède une histoire.
Et qu’à certaines périodes de la vie, une autre question devienne tout aussi importante :
« Parmi tout ce qui m’a construit jusqu’ici, qu’est-ce que je choisis maintenant de continuer à faire vivre en moi ? »
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