LA SANTÉ AVANT TOUT — FICHES

LE CERVEAU ET LE FONCTIONNEMENT PSYCHOLOGIQUE

LA SANTÉ AVANT TOUT · Psychologie

LE CERVEAU ET LE FONCTIONNEMENT PSYCHOLOGIQUE

29 sections thématiques

Parler de psychologie sans parler du cerveau serait difficile.

Nos pensées, nos émotions, nos souvenirs, notre attention, nos décisions et nos comportements sont liés au fonctionnement d’un organisme vivant dont le cerveau constitue un élément central.

Mais une erreur inverse serait de vouloir expliquer toute la psychologie par une zone cérébrale, une hormone ou un neurotransmetteur.

Une personne n’est pas simplement un cerveau posé dans un environnement.

Elle possède une histoire, un corps, des relations, une culture, des apprentissages et des expériences qui participent constamment à son fonctionnement psychologique.

Comprendre le cerveau aide à comprendre l’être humain, mais le cerveau ne raconte jamais à lui seul toute l’histoire d’une personne.

Un cerveau vivant et changeant

Le cerveau humain n’est pas un appareil terminé une fois pour toutes à la naissance.

Il se développe.

Il apprend.

Il se réorganise.

Les connexions entre neurones évoluent sous l’influence de l’expérience.

Certaines sont renforcées.

D’autres deviennent moins utilisées.

De nouveaux apprentissages modifient progressivement certaines organisations fonctionnelles.

Cette capacité de changement est généralement désignée par le terme plasticité cérébrale.

Elle constitue l’une des raisons pour lesquelles nous pouvons apprendre pendant toute notre vie.

La plasticité n’est pas magique

La plasticité cérébrale est parfois présentée comme si le cerveau pouvait devenir absolument n’importe quoi à condition de suffisamment le vouloir.

Ce n’est pas le cas.

Nous possédons des caractéristiques biologiques, un développement antérieur, des limites et des contraintes.

L’âge, l’état de santé, la répétition, l’environnement et de nombreux autres facteurs influencent les possibilités de changement.

La plasticité signifie que le cerveau peut se modifier avec l’expérience.

Elle ne signifie pas que toutes les transformations sont possibles, identiques ou faciles pour tout le monde.

Les neurones

Le cerveau contient un immense réseau de cellules, dont les neurones.

Ils communiquent entre eux par des signaux électriques et chimiques.

Un neurone peut recevoir des informations provenant de nombreux autres neurones et transmettre à son tour des signaux à différentes cellules.

Mais une pensée ne correspond généralement pas à un neurone particulier.

Un souvenir complexe n’est pas rangé dans une cellule comme un document dans un tiroir.

Les fonctions psychologiques reposent sur des réseaux et des interactions extrêmement complexes.

Le cerveau fonctionne davantage comme un système que comme une collection de petits compartiments indépendants.

Les neurotransmetteurs

Dopamine.

Sérotonine.

Noradrénaline.

GABA.

Glutamate.

Ces noms apparaissent fréquemment dans les explications populaires de la psychologie.

Les neurotransmetteurs participent effectivement au fonctionnement du système nerveux.

Mais les formules telles que :

« dopamine = plaisir »

ou

« sérotonine = bonheur »

sont beaucoup trop simplificatrices.

Un même neurotransmetteur peut participer à plusieurs fonctions selon les circuits concernés.

Et un phénomène psychologique complexe ne peut généralement pas être expliqué par la quantité d’une seule substance.

Le mythe du « produit chimique du bonheur »

Nous aimons les explications simples.

Elles donnent l’impression que nous avons compris.

Mais dire qu’une émotion correspond simplement à une molécule peut masquer une réalité beaucoup plus complexe.

Une joie peut dépendre d’une rencontre, d’un souvenir, d’une interprétation, d’un sentiment de sécurité, d’une attente satisfaite et de multiples processus biologiques simultanés.

La biologie participe à l’expérience.

Elle ne la réduit pas à une formule chimique unique.

Les différentes régions cérébrales

Certaines régions sont davantage impliquées dans certaines fonctions.

Le cortex occipital joue par exemple un rôle majeur dans le traitement visuel.

Des structures temporales participent notamment à différents aspects de la mémoire et du langage.

Les régions frontales interviennent dans de nombreuses fonctions telles que la planification, l’inhibition ou la prise de décision.

Mais il faut éviter l’image selon laquelle chaque fonction posséderait son petit bureau indépendant dans le cerveau.

Les régions communiquent constamment.

Une activité psychologique mobilise souvent plusieurs réseaux.

Les deux hémisphères

Une idée très répandue oppose :

cerveau gauche = logique

et

cerveau droit = créativité.

Cette présentation est séduisante.

Elle est aussi excessivement simplifiée.

Certaines fonctions présentent effectivement une latéralisation plus marquée.

Mais les deux hémisphères travaillent ensemble dans la plupart des activités complexes.

Un artiste n’utilise pas uniquement son hémisphère droit.

Un mathématicien ne travaille pas exclusivement avec le gauche.

Nous ne sommes pas divisés en deux personnalités cérébrales, l’une rationnelle et l’autre créative.

Le cerveau « reptilien »

Un autre modèle populaire divise parfois le cerveau en trois étages :

cerveau reptilien ;

cerveau limbique ;

néocortex.

Cette représentation a beaucoup circulé parce qu’elle permet une explication très intuitive.

Mais l’évolution cérébrale est beaucoup plus complexe que l’empilement successif de trois cerveaux indépendants.

Les émotions ne résident pas simplement dans un « cerveau émotionnel » opposé à un « cerveau rationnel ».

Les systèmes sont profondément interconnectés.

Les métaphores peuvent aider à comprendre.

Elles deviennent trompeuses lorsqu’on les prend pour une description anatomique exacte.

Émotion et raison ne sont pas ennemies

Nous opposons souvent :

« J’ai réfléchi »

à

« J’ai agi sous le coup de l’émotion. »

Il existe évidemment des situations où une émotion intense perturbe le jugement.

Mais les émotions participent également à la décision.

Elles signalent ce qui compte.

Ce qui attire.

Ce qui menace.

Ce qui nous répugne.

Ce que nous regrettons.

Sans aucune information émotionnelle, certaines décisions deviendraient extrêmement difficiles.

Le fonctionnement humain ne consiste donc pas à faire gagner la raison contre l’émotion.

Il consiste à permettre à différents systèmes d’information de travailler suffisamment ensemble.

Le cerveau prédit

Notre cerveau ne se contente pas d’attendre passivement les informations venant du monde.

Il utilise l’expérience passée pour anticiper ce qui risque de se produire.

Cette capacité permet une réaction rapide.

Lorsque nous reconnaissons une situation familière, nous n’avons pas besoin de tout réapprendre.

Mais cette anticipation peut aussi nous tromper.

Nous pouvons percevoir une situation nouvelle à travers les attentes construites dans des situations anciennes.

Le passé aide ainsi à comprendre le présent.

Il peut également parfois nous faire voir dans le présent ce que nous nous attendions déjà à y trouver.

Percevoir n’est pas photographier

Nous pouvons avoir l’impression que nos yeux enregistrent le monde et que notre cerveau se contente de regarder l’image.

La perception est beaucoup plus active.

Le cerveau sélectionne, organise et interprète les informations sensorielles.

Le contexte influence ce que nous percevons.

Nos attentes également.

Deux personnes présentes devant le même événement peuvent donc remarquer des éléments différents.

Cela ne signifie pas que la réalité n’existe pas.

Cela signifie que notre accès à la réalité passe toujours par un système perceptif qui sélectionne et interprète.

L’attention sélectionne

À chaque instant, énormément d’informations pourraient entrer dans notre conscience.

Bruits.

Images.

Sensations corporelles.

Pensées.

Souvenirs.

Mouvements.

Notre système attentionnel effectue une sélection.

Lorsque nous sommes profondément concentrés, nous pouvons ne pas entendre quelqu’un nous parler.

L’information sonore existe.

Mais elle n’a pas reçu suffisamment de ressources attentionnelles.

Cette sélection est indispensable.

Sans elle, nous serions continuellement submergés.

La mémoire transforme notre rapport au présent

Nous ne réagissons pas uniquement à ce qui arrive maintenant.

Nous réagissons également à ce que notre expérience nous a appris.

Une odeur peut évoquer une maison d’enfance.

Une phrase peut réveiller une ancienne humiliation.

Une musique peut provoquer une émotion avant même que nous sachions précisément pourquoi.

Le passé n’est donc pas seulement quelque chose dont nous nous souvenons volontairement.

Il participe continuellement à la manière dont le cerveau interprète le présent.

Le cerveau apprend par répétition

Ce que nous répétons tend à devenir plus facile à reproduire.

Un geste.

Une route.

Une procédure.

Une manière de répondre.

Une habitude.

Au début, une action peut demander beaucoup d’attention.

Avec la répétition, elle devient progressivement plus automatique.

Cette automatisation économise des ressources.

Elle explique également pourquoi certaines habitudes deviennent difficiles à modifier.

Le cerveau a appris un chemin efficace.

Changer demande de construire et de renforcer progressivement une autre réponse.

Automatique ne signifie pas incontrôlable

Une réaction automatique peut apparaître très rapidement.

Cela ne signifie pas nécessairement qu’elle doit toujours déterminer le comportement final.

Nous pouvons parfois apprendre à reconnaître :

« Voilà ma première réaction. »

Puis introduire un espace entre cette réaction et l’action.

Cet espace peut être très court.

Mais il permet parfois une autre décision.

Une partie importante du fonctionnement psychologique repose précisément sur cette possibilité :

ne pas confondre ce qui apparaît spontanément en nous avec ce que nous devons nécessairement faire.

Le cerveau et le danger

Le cerveau possède des systèmes particulièrement sensibles aux informations susceptibles d’indiquer une menace.

Cette sensibilité est logique.

Du point de vue de la survie, manquer un danger peut avoir un coût considérable.

Mais ces systèmes peuvent réagir à une menace réelle comme à une menace anticipée.

Une pensée suffit parfois à provoquer :

accélération cardiaque ;

tension musculaire ;

modification de la respiration ;

vigilance accrue.

Le corps peut donc commencer à préparer une réponse à quelque chose qui n’est pas actuellement devant nous.

C’est l’une des clés permettant de comprendre certaines formes d’anxiété.

Le corps et le cerveau communiquent

La relation n’est pas à sens unique.

Le cerveau influence le corps.

Le corps influence également l’expérience psychologique.

Faim.

Fatigue.

Douleur.

Hormones.

Respiration.

Activité physique.

Maladie.

Sommeil.

Tous ces éléments peuvent modifier l’attention, l’humeur, l’irritabilité ou la capacité à réfléchir.

Une expérience psychologique n’est donc jamais totalement séparée du corps dans lequel elle se produit.

Le sommeil

Pendant le sommeil, le cerveau ne s’éteint pas.

De nombreuses activités continuent.

Le sommeil participe notamment au fonctionnement de la mémoire, de l’attention et de la régulation émotionnelle.

Après une mauvaise nuit, une personne peut avoir davantage de difficulté à se concentrer, à prendre du recul ou à tolérer certaines frustrations.

Cela ne signifie pas que tous les problèmes psychologiques viennent du sommeil.

Cela rappelle simplement que le fonctionnement psychique dépend aussi de conditions biologiques très ordinaires.

Le stress

Face à une situation exigeante, l’organisme mobilise des ressources.

Cette réponse peut être utile.

Avant un examen ou une situation urgente, une activation temporaire peut améliorer la vigilance.

Mais lorsqu’un état de stress important se prolonge, les ressources ne sont pas sollicitées de la même manière.

Fatigue, irritabilité, difficultés attentionnelles ou troubles du sommeil peuvent apparaître.

Le stress n’est donc pas simplement « dans la tête ».

Il implique un organisme entier qui tente de s’adapter à une demande.

L’expérience façonne le cerveau

Apprendre une langue.

Jouer d’un instrument.

Pratiquer une activité.

Développer une compétence.

Vivre dans un environnement particulier.

Toutes ces expériences participent au fonctionnement cérébral.

La biologie influence notre expérience.

Mais l’expérience influence également la biologie.

C’est pourquoi l’opposition :

« Est-ce biologique ou psychologique ? »

est souvent trop pauvre.

Les deux dimensions interagissent continuellement.

Les gènes ne constituent pas un scénario écrit

Nos caractéristiques biologiques sont en partie influencées par notre patrimoine génétique.

Mais posséder une prédisposition n’équivaut pas toujours à posséder un destin.

L’expression d’une caractéristique dépend souvent de multiples interactions entre facteurs biologiques, développementaux et environnementaux.

Deux personnes ne réagiront pas nécessairement de la même manière à une expérience semblable.

Et deux personnes possédant certaines vulnérabilités communes peuvent connaître des trajectoires différentes.

Une influence n’est pas toujours une condamnation.

Le développement

Le cerveau se transforme considérablement pendant l’enfance et l’adolescence.

Certaines capacités continuent à se développer pendant de nombreuses années.

Cela aide à comprendre pourquoi nous ne pouvons pas attendre d’un enfant le même contrôle, la même anticipation ou la même capacité de décision que d’un adulte.

Mais le développement ne s’arrête pas brutalement à une date précise.

Le cerveau adulte continue d’apprendre et de s’adapter.

Vieillir modifie certaines capacités.

Cela n’équivaut pas à une fermeture définitive de toute possibilité d’apprentissage.

Le cerveau individuel se construit dans un monde social

Nous apprenons à parler grâce aux autres.

Nous apprenons des règles.

Des gestes.

Des comportements.

Des manières d’interpréter certaines situations.

Une grande partie de notre fonctionnement psychologique se développe dans les relations.

Le cerveau humain n’est donc pas seulement un organe individuel.

Il se développe dans un environnement social.

Notre biologie nous permet d’apprendre des autres, et ce que nous apprenons des autres transforme progressivement notre fonctionnement.

Quand le cerveau automatise une souffrance

Certaines expériences répétées peuvent installer des réactions très rapides.

Une situation ressemble à quelque chose d’ancien.

Une alarme apparaît.

La personne sait parfois intellectuellement :

« Ce n’est pas la même situation. »

Mais son organisme réagit déjà.

Cela permet de comprendre pourquoi une explication rationnelle ne suffit pas toujours à modifier immédiatement une réaction émotionnelle.

Savoir quelque chose et l’avoir intégré dans les réponses automatiques du système ne sont pas exactement la même chose.

Comprendre n’est pas toujours modifier

On peut parfaitement comprendre l’origine d’une réaction et continuer à l’éprouver.

« Je sais pourquoi je fais cela, mais je continue. »

Cette phrase est fréquente.

Elle ne prouve pas que la compréhension est inutile.

Elle montre simplement que la connaissance consciente ne commande pas instantanément tous les apprentissages antérieurs.

Modifier un fonctionnement peut nécessiter de nouvelles expériences répétées, un entraînement ou, dans certaines situations, un travail thérapeutique.

Les méthodes permettant de travailler sur ces mécanismes appartiennent au domaine de la psychothérapie et seront développées séparément.

Le danger des explications cérébrales trop séduisantes

Une image de cerveau accompagnée de quelques couleurs peut donner une impression très scientifique.

Mais toutes les affirmations utilisant le vocabulaire des neurosciences ne sont pas nécessairement solides.

« Cette zone s’allume donc elle est responsable de… »

« Cette activité libère l’hormone de… »

« Votre cerveau est câblé pour… »

Ces formulations peuvent transformer une réalité complexe en histoire simple et spectaculaire.

Le cerveau est fascinant.

Il n’a pas besoin qu’on lui invente des pouvoirs supplémentaires pour l’être.

Nous ne sommes pas prisonniers de notre cerveau

Dire :

« Mon cerveau fonctionne comme ça »

peut aider à comprendre certaines tendances.

Mais cette phrase peut aussi devenir une nouvelle forme de fatalisme.

Notre fonctionnement actuel résulte en partie d’une histoire.

Or l’apprentissage continue.

Nous ne choisissons pas toujours notre première émotion.

Nous ne contrôlons pas chaque pensée qui apparaît.

Nous ne décidons pas de toutes nos vulnérabilités.

Mais nous pouvons parfois apprendre progressivement à modifier notre manière d’y répondre.

La marge de changement n’est ni infinie ni nulle.

Nous ne sommes pas non plus tout-puissants

L’erreur inverse consiste à croire que tout peut être modifié par volonté, pensée positive ou entraînement.

Certaines caractéristiques sont durables.

Certaines difficultés nécessitent des adaptations.

Certaines maladies affectent réellement le fonctionnement cérébral.

Certaines limitations ne disparaissent pas parce que la personne « travaille sur elle ».

Reconnaître les possibilités de changement ne doit jamais conduire à culpabiliser celui qui ne parvient pas à transformer quelque chose.

Plasticité ne signifie pas toute-puissance.

Psychologie et neurosciences

Les neurosciences peuvent étudier les mécanismes biologiques associés à certaines fonctions.

La psychologie peut étudier les comportements, les pensées, les émotions, les apprentissages, les relations et de nombreux autres aspects de l’expérience humaine.

Ces perspectives peuvent se compléter.

Aucune n’a besoin d’annuler l’autre.

Savoir ce qui se produit dans un circuit cérébral ne répond pas nécessairement à la question :

« Que signifie cette expérience pour cette personne ? »

Et connaître l’histoire personnelle ne dispense pas de reconnaître que cette expérience possède également une dimension biologique.

À retenir

Notre vie psychologique repose sur un cerveau vivant, plastique et profondément connecté au reste du corps.

Il apprend.

Il anticipe.

Il sélectionne.

Il mémorise.

Il automatise.

Il se transforme avec l’expérience.

Mais expliquer une personne exige davantage que montrer une région cérébrale ou nommer un neurotransmetteur.

Nous sommes à la fois des organismes biologiques, des êtres qui apprennent et des personnes qui vivent dans une histoire et dans des relations.

Le cerveau rend possible notre vie psychologique.

L’expérience contribue continuellement à façonner son fonctionnement.

Et c’est précisément leur interaction qui rend l’être humain si difficile à enfermer dans une explication unique.

Nous avons un cerveau, une histoire, un corps et un environnement — et notre fonctionnement psychologique naît du dialogue permanent entre tous ces éléments.

Contenu d’information générale. Les techniques de soin et leurs indications demandent une évaluation adaptée à la situation.