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BONHEUR ET SATISFACTION DE VIE

LA SANTÉ AVANT TOUT · Psychologie

BONHEUR ET SATISFACTION DE VIE

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Le bonheur paraît être une notion simple jusqu’au moment où l’on essaie de le définir.

Être heureux, est-ce ressentir beaucoup d’émotions agréables ?

Avoir peu de problèmes ?

Réussir sa vie ?

Aimer et être aimé ?

Posséder suffisamment d’argent ?

Se sentir utile ?

Vivre conformément à ses valeurs ?

Pouvoir regarder sa vie dans son ensemble et penser :

« Malgré ce qui manque, malgré ce qui a été difficile, cette vie mérite d’être vécue. »

La psychologie distingue notamment le bonheur ressenti dans l’expérience quotidienne et la satisfaction de vie, qui correspond davantage à l’évaluation globale qu’une personne porte sur sa propre existence.

Les deux sont liés.

Mais ils ne sont pas identiques.

Le bonheur n’est pas une émotion permanente

Aucune personne psychologiquement équilibrée n’est heureuse en permanence.

La vie contient nécessairement des émotions différentes.

Joie.

Tristesse.

Colère.

Peur.

Ennui.

Soulagement.

Espoir.

Déception.

Vouloir supprimer toutes les émotions désagréables pour atteindre enfin un état continu de bonheur crée un objectif impossible.

Le bonheur n’est pas l’absence de toute souffrance.

Une personne globalement satisfaite de sa vie peut traverser une période douloureuse.

Et quelqu’un qui éprouve de nombreux plaisirs momentanés peut malgré tout considérer que sa vie ne lui convient pas.

Le plaisir

Le plaisir constitue une dimension importante du bien-être.

Manger quelque chose que l’on aime.

Écouter de la musique.

Rire.

Voyager.

Se reposer.

Partager un bon moment.

Recevoir une bonne nouvelle.

Ces expériences ont leur valeur propre.

Il serait inutile de les mépriser au nom d’un bonheur prétendument plus profond.

Mais le plaisir est généralement temporaire.

Une expérience agréable commence, produit un effet, puis se termine.

Une vie satisfaisante ne peut donc pas reposer uniquement sur la multiplication infinie des plaisirs.

L’adaptation

Nous nous habituons à beaucoup de choses.

Une amélioration qui nous rend très heureux au début devient progressivement normale.

Nouvelle maison.

Nouvel emploi.

Augmentation.

Nouvel objet.

Nouvelle situation.

Le plaisir initial peut diminuer à mesure que la nouveauté disparaît.

Ce phénomène d’adaptation explique en partie pourquoi nous pouvons penser :

« Quand j’aurai cela, je serai enfin heureux. »

Puis obtenir exactement ce que nous voulions et, quelques mois plus tard, commencer à désirer autre chose.

Ce n’est pas nécessairement de l’ingratitude.

Le cerveau s’adapte.

Le bonheur reporté

Nous pouvons organiser notre existence autour d’une succession de conditions.

« Je serai heureux quand… »

Quand j’aurai terminé mes études.

Quand j’aurai trouvé un travail.

Quand j’aurai plus d’argent.

Quand j’aurai rencontré quelqu’un.

Quand les enfants seront grands.

Quand j’aurai davantage de temps.

Quand je serai à la retraite.

Certains objectifs améliorent réellement la vie.

Le problème apparaît lorsque le présent devient uniquement la salle d’attente du bonheur futur.

Une condition atteinte est alors rapidement remplacée par la suivante.

La satisfaction de vie

La satisfaction de vie correspond davantage à une appréciation globale.

Une personne compare, consciemment ou non, sa vie réelle avec ce qu’elle considère comme important.

Est-ce que ma vie ressemble suffisamment à celle que je souhaite mener ?

Est-ce que mes relations comptent pour moi ?

Est-ce que ce que je fais possède du sens ?

Suis-je globalement en accord avec mes choix ?

Cette évaluation est personnelle.

Deux personnes placées dans des situations relativement semblables peuvent porter des jugements très différents sur leur vie parce qu’elles n’utilisent pas les mêmes critères.

Les critères du bonheur

Nous héritons souvent de critères avant même d’avoir décidé s’ils nous correspondent.

Réussir signifie gagner beaucoup.

Être heureux signifie vivre en couple.

Une belle vie suppose une maison.

Une carrière doit progresser.

Il faut voyager.

Il faut être entouré.

Il faut avoir des enfants.

Ou au contraire conserver une liberté totale.

Ces modèles peuvent parfaitement convenir à certaines personnes.

La difficulté commence lorsque nous poursuivons un modèle uniquement parce qu’il nous a été présenté comme la forme normale du bonheur.

La comparaison sociale

Nous évaluons rarement notre situation dans le vide.

Nous regardons les autres.

Le salaire peut sembler satisfaisant jusqu’au moment où nous découvrons qu’un collègue gagne davantage.

Une maison peut sembler agréable jusqu’à ce que nous visitions une maison beaucoup plus grande.

Une réussite peut perdre une partie de sa saveur lorsqu’une autre personne réussit davantage.

La comparaison fournit des repères.

Mais lorsque la satisfaction dépend principalement de la position relative, il existe toujours quelqu’un qui possède davantage.

Les réseaux sociaux et la comparaison

Les réseaux sociaux rendent accessibles des milliers de vies avec lesquelles nous pouvons comparer la nôtre.

Mais la comparaison est souvent déséquilibrée.

Nous comparons parfois notre quotidien complet avec une sélection des moments montrés par les autres.

Nos difficultés avec leurs réussites.

Notre fatigue avec leurs vacances.

Nos hésitations avec leurs annonces.

Notre journée ordinaire avec leur événement exceptionnel.

Même lorsque nous savons intellectuellement que la sélection est partielle, la comparaison émotionnelle peut continuer.

L’argent et le bonheur

L’argent compte.

Dire le contraire serait simpliste.

Lorsqu’il permet de répondre aux besoins essentiels, d’accéder à un logement correct, de réduire l’insécurité et de disposer de davantage de choix, son influence sur la qualité de vie peut être considérable.

Mais la relation entre argent et bonheur ne se résume pas à :

plus d’argent = proportionnellement plus de bonheur.

Lorsque les besoins fondamentaux et une certaine sécurité sont assurés, d’autres dimensions prennent une place importante : relations, santé, autonomie, temps, environnement, sens et manière d’utiliser les ressources disponibles.

L’argent est un moyen puissant.

Il n’est pas capable, à lui seul, de remplir tous les besoins psychologiques.

Le temps

Nous pouvons gagner de l’argent et perdre tout notre temps.

Accumuler des biens sans avoir le temps d’en profiter.

Construire une carrière en n’ayant plus de disponibilité pour les personnes qui comptent.

Il n’existe pas une répartition idéale valable pour tous.

Certaines périodes exigent beaucoup de travail.

Certains projets nécessitent temporairement des sacrifices.

Mais la question mérite parfois d’être posée :

« Ce que je gagne justifie-t-il durablement ce que je donne en échange ? »

Le temps est une ressource particulière.

Nous pouvons gagner davantage d’argent.

Nous ne récupérons pas les années déjà vécues.

Les relations

La qualité des relations constitue l’une des dimensions les plus importantes de la satisfaction de vie.

Cela ne signifie pas qu’il faille posséder un immense cercle social.

Quelques relations fiables peuvent avoir davantage de valeur qu’un réseau très étendu mais superficiel.

Pouvoir partager.

Être soutenu.

Soutenir quelqu’un.

Rire.

Être écouté.

Se sentir attendu quelque part.

Ces expériences contribuent fortement au sentiment qu’une vie possède une texture humaine.

Donner et recevoir

Le bien-être ne vient pas uniquement de ce que nous recevons.

Aider quelqu’un, transmettre, rendre service ou contribuer à quelque chose qui dépasse son intérêt immédiat peut apporter un sentiment de valeur et de connexion.

Mais donner continuellement sans pouvoir recevoir peut également épuiser.

Une relation humaine équilibrée n’est pas nécessairement une comptabilité parfaite.

Elle permet cependant que chacun puisse, selon les moments, être celui qui soutient et celui qui accepte d’être soutenu.

Le sens

Le plaisir répond souvent à :

« Est-ce agréable ? »

Le sens répond davantage à :

« Est-ce important pour moi ? »

Les deux peuvent coïncider.

Mais pas toujours.

S’occuper d’un enfant malade peut être épuisant sans être plaisant.

Terminer un projet difficile peut demander des mois d’effort.

Accompagner un proche peut comporter beaucoup de douleur.

Pourtant, une personne peut considérer ces expériences comme profondément significatives.

Une vie satisfaisante n’est donc pas nécessairement une vie composée uniquement de moments agréables.

Les objectifs

Avoir des objectifs peut donner une direction.

Ils organisent l’action et permettent de constater un progrès.

Mais un objectif peut jouer deux rôles très différents.

Il peut enrichir la vie :

« J’ai envie d’aller vers cela. »

Ou suspendre le droit d’être satisfait :

« Tant que je n’ai pas atteint cela, ma vie ne vaut pas encore suffisamment. »

Dans le premier cas, l’objectif donne une direction.

Dans le second, il devient une condition permanente imposée au bonheur.

La réussite

Nous pouvons atteindre exactement ce que nous voulions et découvrir que la satisfaction attendue n’est pas au rendez-vous.

Cela ne signifie pas que la réussite ne compte pas.

Cela signifie que nous avions parfois attribué à l’objectif une mission qu’il ne pouvait pas remplir.

Un diplôme peut ouvrir une porte.

Il ne garantit pas une vie heureuse.

Une promotion peut améliorer une situation professionnelle.

Elle ne répare pas nécessairement une relation.

Une reconnaissance publique peut être agréable.

Elle ne garantit pas l’estime de soi.

Aucune réussite particulière ne peut porter seule le poids d’une vie entière.

Le sentiment de progrès

La satisfaction ne dépend pas uniquement du résultat final.

Sentir que nous avançons peut lui-même être gratifiant.

Comprendre quelque chose que l’on ne comprenait pas.

Développer une compétence.

Faire un pas dans un projet.

Résoudre progressivement un problème.

Le progrès donne une expérience de mouvement.

Cela explique pourquoi un objectif extrêmement éloigné peut devenir démotivant si aucun progrès intermédiaire n’est visible.

La gratitude

La gratitude consiste notamment à reconnaître ce qui est présent et possède de la valeur.

Elle peut contrebalancer notre tendance à nous habituer rapidement à ce qui va bien.

Mais elle devient problématique lorsqu’elle est utilisée pour interdire toute insatisfaction.

« Tu devrais être reconnaissant, d’autres ont moins. »

On peut être reconnaissant pour certains aspects de sa vie et vouloir en changer d’autres.

Les deux ne sont pas contradictoires.

La gratitude n’exige pas de prétendre que tout va bien.

« Il y a pire »

Comparer sa souffrance à celle de personnes plus malheureuses peut parfois remettre une difficulté en perspective.

Mais cette comparaison possède des limites.

Si nous appliquions systématiquement cette logique, une seule personne sur Terre aurait théoriquement le droit de souffrir : celle qui se trouve dans la pire situation imaginable.

La souffrance n’a pas besoin de gagner un concours pour exister.

De la même manière, reconnaître sa propre chance ne nécessite pas de nier ses difficultés.

L’optimisme

Une tendance à envisager la possibilité d’une évolution favorable peut soutenir l’action.

Mais l’optimisme n’exige pas de nier la réalité.

« Tout ira forcément bien »

n’est pas la seule manière d’espérer.

Une forme plus solide peut être :

« Je ne sais pas exactement ce qui arrivera, mais je chercherai ce que je peux faire avec ce qui arrivera. »

L’optimisme et le pessimisme seront développés séparément.

Accepter les jours ordinaires

Une grande partie de la vie n’est ni extraordinaire ni dramatique.

Elle est ordinaire.

Faire les courses.

Préparer un repas.

Travailler.

Ranger.

Parler quelques minutes avec quelqu’un.

Boire un café.

Marcher.

Attendre.

Si le bonheur exige constamment une expérience exceptionnelle, l’immense majorité de l’existence risque d’être considérée comme un intervalle sans valeur.

Apprendre à apprécier certaines choses ordinaires ne signifie pas renoncer à l’ambition.

Cela signifie ne pas exiger de chaque journée qu’elle devienne mémorable pour avoir compté.

Le droit d’être malheureux parfois

La pression au bonheur peut devenir elle-même une source de souffrance.

Une personne traverse une période difficile.

Puis elle ajoute :

« Je ne devrais pas me sentir comme ça. »

À la douleur initiale s’ajoute l’impression d’échouer à être heureux.

Toutes les périodes de la vie ne sont pas heureuses.

Certaines sont faites pour tenir.

Comprendre.

Traverser.

Pleurer.

Reconstruire.

Le bien-être psychologique ne demande pas de transformer immédiatement chaque souffrance en pensée positive.

Le bonheur et la santé mentale

Être psychologiquement en bonne santé ne signifie pas être continuellement heureux.

Une personne peut ressentir de la tristesse après une perte, de l’anxiété devant un danger ou de la colère face à une injustice tout en présentant des réactions parfaitement compréhensibles.

Inversement, rechercher compulsivement des sensations agréables ne constitue pas nécessairement un signe de bien-être.

La santé psychologique implique aussi une capacité à traverser différentes émotions et à continuer à fonctionner suffisamment malgré elles.

Peut-on décider d’être heureux ?

Nous pouvons influencer certaines conditions de notre bien-être.

Entretenir des relations.

Protéger du temps.

Modifier certaines habitudes.

Choisir certains objectifs.

Quitter parfois une situation devenue incompatible avec nos valeurs.

Prendre soin de ce qui dépend de nous.

Mais nous ne contrôlons pas tout.

Maladie.

Deuil.

Accident.

Contexte économique.

Décisions des autres.

Événements imprévus.

Présenter le bonheur comme une simple décision personnelle peut devenir injuste envers ceux qui traversent des situations extrêmement difficiles.

Nous possédons une marge d’action, pas la maîtrise complète de l’existence.

Le bonheur comme produit

Le bonheur est également devenu un argument commercial.

Achetez ceci.

Transformez votre corps.

Optimisez votre matinée.

Changez votre maison.

Devenez cette version de vous-même.

Le message implicite est parfois :

« Votre vie actuelle n’est pas suffisante, mais nous pouvons vous vendre ce qui manque. »

Certains produits ou services améliorent réellement la vie.

Mais une insatisfaction continuellement renouvelée constitue également un excellent moteur de consommation.

Il est donc utile de distinguer :

« Cela améliorera réellement quelque chose qui compte pour moi »

de

« On vient de me convaincre qu’il me manquait quelque chose auquel je ne pensais même pas auparavant. »

Une vie parfaite serait-elle heureuse ?

Nous pouvons imaginer une vie débarrassée de tous les problèmes.

Mais une vie humaine ne fonctionne pas ainsi.

Résoudre une difficulté fait apparaître d’autres préoccupations.

Atteindre un objectif en crée souvent un nouveau.

Les relations apportent du bonheur mais aussi de la vulnérabilité.

Aimer quelqu’un signifie pouvoir craindre de le perdre.

Entreprendre signifie pouvoir échouer.

Choisir signifie renoncer à certaines possibilités.

Une vie riche contient nécessairement des risques émotionnels.

Le bonheur ne peut donc pas dépendre de l’élimination de toute difficulté.

Satisfaction et imperfection

Nous pouvons apprécier une vie imparfaite.

Aimer quelqu’un qui possède des défauts.

Être fier d’un projet qui aurait pu être meilleur.

Habiter une maison qui n’est pas idéale.

Regarder son passé en sachant que certaines décisions auraient pu être différentes.

La satisfaction n’exige pas de conclure :

« Je ne changerais absolument rien. »

Elle peut ressembler davantage à :

« Tout n’est pas comme je l’aurais voulu, mais suffisamment de choses ont du sens pour que je puisse habiter cette vie. »

Quand l’insatisfaction devient importante

Une diminution durable de l’intérêt ou du plaisir, un sentiment persistant de vide, de désespoir ou une incapacité prolongée à éprouver de la satisfaction peuvent parfois s’inscrire dans une difficulté psychologique plus large, notamment un trouble de l’humeur.

Il ne faut pas transformer toute période d’insatisfaction en maladie.

Mais lorsqu’un changement est intense, persistant et affecte fortement le fonctionnement quotidien, il peut être utile d’en parler avec un professionnel.

Les troubles de l’humeur seront traités séparément dans ce dossier.

À retenir

Le bonheur n’est pas un état permanent que certaines personnes auraient réussi à atteindre tandis que les autres auraient raté quelque chose.

Il change.

Il s’adapte.

Il cohabite avec la difficulté.

Il dépend en partie des circonstances et en partie de la manière dont nous construisons notre vie à l’intérieur de celles-ci.

Le plaisir compte.

Les relations comptent.

La sécurité compte.

L’autonomie, le sens, le progrès et la possibilité de vivre suffisamment conformément à ses valeurs comptent également.

Et peut-être qu’une vie satisfaisante ne se reconnaît pas au fait que nous soyons heureux à chaque instant.

Elle se reconnaît davantage lorsque, sans nier ce qui fait mal ni ce qui manque, nous pouvons encore regarder ce que nous avons construit, aimé, traversé et choisi et penser :

« Tout n’a pas été parfait. Tout ne l’est toujours pas. Mais cette vie est bien la mienne, et elle contient suffisamment de raisons pour que j’aie envie de continuer à la vivre. »

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