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BESOIN D’APPARTENANCE

LA SANTÉ AVANT TOUT · Psychologie

BESOIN D’APPARTENANCE

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Le besoin d’appartenance correspond au besoin humain de se sentir relié à d’autres personnes, accepté dans un groupe et reconnu comme quelqu’un qui possède une place parmi les autres.

Famille, couple, cercle d’amis, équipe professionnelle, communauté, association, groupe culturel, religieux ou social : nous appartenons simultanément à plusieurs ensembles qui participent à notre vie relationnelle et parfois à notre identité.

Ce besoin est profondément humain.

Mais il comporte un paradoxe :

nous avons besoin d’appartenir sans pour autant devoir nous transformer entièrement pour mériter notre place.

L’être humain est un être social

Nous pouvons apprécier la solitude, avoir besoin de calme ou préférer quelques relations profondes à un grand réseau social.

Cela ne supprime pas nécessairement le besoin d’appartenance.

Même une personne très indépendante peut avoir besoin de savoir qu’elle compte pour quelqu’un, qu’elle peut être accueillie quelque part et qu’elle possède des liens suffisamment stables.

Le besoin d’appartenance ne signifie donc pas :

« Je dois être entouré en permanence. »

Il signifie davantage :

« Il existe quelque part des personnes auprès desquelles ma présence a une place. »

Appartenir n’est pas simplement être présent

On peut être physiquement entouré et ne pas avoir le sentiment d’appartenir au groupe.

Un salarié peut travailler depuis dix ans dans une entreprise tout en se sentant étranger à son équipe.

Un adolescent peut être présent chaque jour dans sa classe et se sentir exclu.

Une personne peut participer à toutes les réunions familiales et avoir l’impression de n’être jamais réellement comprise.

L’appartenance est donc aussi une expérience subjective.

Elle implique généralement une certaine réciprocité :

je reconnais ce groupe comme étant le mien et je me sens, au moins suffisamment, reconnu par lui.

Le premier groupe : la famille

La famille constitue généralement l’un des premiers lieux d’appartenance.

L’enfant y découvre des habitudes, des règles, des valeurs, une manière de parler, des traditions et une histoire qui existaient avant lui.

Il apprend progressivement :

« Voilà comment on fait chez nous. »

Cette appartenance peut offrir sécurité et continuité.

Mais elle peut également devenir source de conflit lorsque l’individu grandit et développe des valeurs ou des choix différents de ceux de sa famille.

Une question apparaît alors :

« Puis-je rester l’un des vôtres sans devoir être exactement comme vous ? »

L’adolescence et le groupe

À l’adolescence, l’importance des pairs augmente considérablement.

Le groupe devient un espace d’expérimentation.

Vêtements.

Musique.

Langage.

Opinions.

Comportements.

Codes.

L’adolescent cherche à construire une identité plus autonome par rapport à sa famille tout en recherchant simultanément une nouvelle appartenance.

Cela explique une tension fréquente :

pour devenir différent de sa famille, il peut commencer par ressembler énormément à ses amis.

Cette apparente contradiction fait partie de la construction sociale de l’identité.

La conformité

Les groupes développent des normes.

Certaines sont explicites.

D’autres ne sont jamais formulées.

Comment s’habiller.

Ce qu’il est acceptable de dire.

Ce dont on peut rire.

Les opinions valorisées.

Les comportements qui risquent d’entraîner une mise à distance.

Nous adaptons naturellement une partie de notre comportement à ces normes.

Cette adaptation facilite la vie collective.

Elle devient problématique lorsque la peur de l’exclusion conduit à agir durablement contre ses propres convictions.

Pourquoi suivons-nous parfois le groupe ?

Parce que le groupe possède deux formes d’influence importantes.

La première est informationnelle :

« Si tout le monde pense cela, peut-être savent-ils quelque chose que j’ignore. »

La seconde est sociale :

« Même si je ne suis pas convaincu, je ne veux pas être rejeté. »

Nous pouvons donc nous conformer parce que nous croyons les autres plus compétents ou simplement parce que nous souhaitons conserver notre place.

Les deux mécanismes peuvent évidemment se combiner.

Le prix de l’exclusion

Être exclu n’est pas toujours une expérience anodine.

La mise à l’écart peut provoquer tristesse, colère, honte, anxiété et remise en question de soi.

Lorsque l’exclusion concerne un groupe très important pour l’identité de la personne, son impact peut être particulièrement profond.

Perdre un groupe peut signifier perdre simultanément :

des relations ;

des habitudes ;

un soutien ;

des activités ;

des repères ;

et parfois une partie de la manière dont on se définissait.

C’est pourquoi certaines personnes restent dans des groupes qui ne leur conviennent plus.

Partir ne signifie pas simplement changer d’activité.

Cela peut signifier perdre un monde entier.

Le rejet

Nous pouvons parfois interpréter un événement ambigu comme un rejet.

Quelqu’un ne répond pas à un message.

Une invitation n’arrive pas.

Deux collègues déjeunent ensemble.

Une conversation s’arrête lorsqu’on approche.

Une personne particulièrement sensible au rejet peut rapidement conclure :

« Ils ne veulent pas de moi. »

Cette interprétation peut être correcte.

Mais elle peut également être prématurée.

Lorsque le besoin d’appartenance est fortement menacé, le cerveau devient particulièrement attentif aux signes susceptibles de confirmer l’exclusion.

Vouloir plaire à tout le monde

Le désir d’être accepté peut conduire à modifier continuellement son comportement.

Avec une personne, on pense ceci.

Avec une autre, presque le contraire.

On évite tout désaccord.

On rit lorsqu’on n’en a pas envie.

On accepte des comportements qui dérangent.

À court terme, cette stratégie peut protéger l’appartenance.

Mais une difficulté finit par apparaître :

si je dois constamment cacher ce que je suis pour rester dans le groupe, à quoi est-ce exactement que j’appartiens ?

La présence est conservée.

Le sentiment d’être réellement connu peut disparaître.

Appartenance et identité

Nous nous définissons en partie à travers les groupes auxquels nous appartenons.

Profession.

Nationalité.

Famille.

Génération.

Religion.

Culture.

Communauté.

Passion.

Équipe.

Ces appartenances peuvent apporter fierté, continuité et sens.

Mais aucune d’entre elles ne résume nécessairement la totalité d’une personne.

Une identité psychologiquement souple permet généralement d’appartenir à plusieurs groupes sans devoir réduire tout son être à un seul d’entre eux.

« Nous » et « eux »

Dès qu’un groupe construit un nous, il peut également construire un eux.

Cette distinction n’est pas automatiquement hostile.

Mais elle peut favoriser certains biais.

Nous percevons parfois plus facilement les différences entre les personnes extérieures au groupe et les ressemblances entre ceux qui appartiennent au nôtre.

Nous pouvons également juger plus favorablement les comportements de « nos » membres que des comportements identiques provenant d’un groupe extérieur.

Le besoin d’appartenance peut donc renforcer la solidarité.

Mais il peut aussi participer à la construction de frontières sociales.

Quand le groupe exige la loyauté

La loyauté peut être une valeur importante.

Elle devient problématique lorsque le groupe exige qu’elle remplace le jugement personnel.

« Si tu es vraiment avec nous, tu dois penser comme nous. »

« Si tu critiques quelque chose, tu nous trahis. »

Une appartenance saine devrait pouvoir supporter une certaine diversité interne.

Un groupe dans lequel tout désaccord est interprété comme une trahison transforme progressivement l’appartenance en obligation de conformité.

Le bouc émissaire

Certains groupes renforcent leur cohésion en désignant une personne comme responsable de leurs difficultés.

Le mécanisme peut être très puissant.

Au lieu d’examiner plusieurs causes complexes, le groupe concentre ses tensions sur un individu.

« Tout irait bien s’il n’était pas là. »

L’exclusion de cette personne peut momentanément rapprocher les autres.

Mais le problème initial n’est pas nécessairement résolu.

Le besoin d’unité peut ainsi parfois être satisfait aux dépens de celui que l’on place à l’extérieur.

Le harcèlement

Le harcèlement peut également s’appuyer sur les mécanismes d’appartenance.

Un groupe peut se souder autour de la mise à l’écart d’une personne.

Certains participants ne sont pas nécessairement les initiateurs.

Ils suivent.

Rient.

Se taisent.

Évitent de défendre la victime.

Pourquoi ?

Parce que s’opposer au groupe peut faire craindre de devenir soi-même la prochaine cible.

Cela ne supprime pas la responsabilité individuelle.

Mais cela aide à comprendre pourquoi la dynamique collective peut maintenir des comportements que certains membres n’auraient probablement pas adoptés seuls.

Le harcèlement sera traité séparément dans ce dossier.

Les groupes en ligne

Internet permet de trouver des communautés correspondant à des intérêts très spécifiques.

Pour une personne isolée géographiquement ou socialement, cela peut constituer une véritable ressource.

Elle découvre :

« Je ne suis pas seul à vivre, penser ou aimer cela. »

Ces communautés peuvent offrir informations, échanges et soutien.

Mais elles peuvent également accentuer la conformité.

Lorsqu’un groupe devient notre principale source d’appartenance, être en désaccord avec lui peut devenir psychologiquement coûteux.

L’algorithme ne crée pas le besoin d’appartenance.

Il peut cependant multiplier les occasions de l’exploiter.

Les signes visibles d’appartenance

Les groupes utilisent souvent des symboles.

Vêtements.

Couleurs.

Expressions.

Objets.

Rituels.

Musique.

Gestes.

Ces signes peuvent sembler superficiels, mais ils remplissent une fonction sociale importante :

ils permettent de reconnaître rapidement qui partage une appartenance.

Porter le maillot d’une équipe, utiliser le vocabulaire d’un métier ou participer à une tradition familiale signifie aussi :

« Je fais partie de cette histoire. »

Le travail

Le lieu de travail peut devenir un espace important d’appartenance.

Nous y passons parfois une grande partie de notre temps.

Les collègues deviennent des relations quotidiennes.

Une identité professionnelle se construit.

C’est pourquoi un licenciement ou un départ à la retraite peut toucher bien davantage que le revenu ou l’emploi du temps.

La personne peut perdre simultanément un rôle et un groupe.

Elle ne se demande pas seulement :

« Que vais-je faire maintenant ? »

mais parfois :

« Où est désormais ma place ? »

La migration et le changement de milieu

Changer de pays, de région, de culture ou de milieu social peut modifier profondément le sentiment d’appartenance.

Une personne peut se sentir entre plusieurs mondes.

Elle ne se reconnaît plus complètement dans son environnement d’origine.

Mais elle ne se sent pas encore totalement intégrée au nouveau.

Cette position intermédiaire peut être difficile.

Elle peut aussi conduire progressivement à une identité plus complexe :

appartenir à plusieurs mondes sans devoir obligatoirement en effacer un pour faire place à l’autre.

La solitude au milieu des autres

L’absence d’appartenance ne se mesure pas au nombre de personnes présentes autour de nous.

On peut avoir des centaines de contacts et ne disposer d’aucune relation dans laquelle on se sent véritablement accueilli.

À l’inverse, quelques liens peuvent suffire à créer un fort sentiment d’appartenance.

La quantité de relations et leur qualité psychologique ne sont donc pas équivalentes.

Être entouré n’est pas toujours être relié.

Quand on ne trouve pas sa place

Certaines personnes passent d’un groupe à l’autre avec l’impression persistante d’être différentes.

Elles peuvent finir par conclure :

« Le problème, c’est moi. »

Mais ne pas correspondre à un groupe précis ne signifie pas être incapable d’appartenir.

Les environnements ne valorisent pas tous les mêmes caractéristiques.

Une personne peut se sentir marginale dans un contexte et parfaitement à sa place dans un autre.

La question n’est donc pas toujours :

« Comment dois-je changer pour qu’ils m’acceptent ? »

Elle peut aussi devenir :

« Existe-t-il un environnement dans lequel je n’aurai pas besoin de me réduire autant pour avoir une place ? »

Quitter un groupe

Nous parlons beaucoup de la difficulté d’être rejeté.

Mais choisir soi-même de partir peut être tout aussi complexe.

Un groupe peut avoir compté pendant des années.

Nous pouvons ne plus partager ses valeurs tout en restant attachés aux personnes.

Nous pouvons savoir qu’il faut partir et regretter simultanément ce que nous perdons.

Ces émotions ne sont pas contradictoires.

Une décision peut être juste pour soi et provoquer malgré tout un deuil.

Appartenir sans se perdre

L’appartenance devient fragile lorsqu’elle exige l’abandon systématique de l’individualité.

Une relation collective suffisamment saine permet généralement une certaine différence.

On peut appartenir à une famille sans reproduire tous ses choix.

À une communauté sans approuver chacune de ses positions.

À une équipe sans penser exactement comme tous ses membres.

La solidité d’un groupe ne se mesure pas uniquement à l’absence de désaccord.

Elle se mesure aussi à sa capacité à supporter que ses membres restent des individus.

Ne pas appartenir partout

Il est impossible d’être accepté dans tous les groupes.

Certaines personnes ne nous apprécieront pas.

Certaines communautés ne correspondront pas à nos valeurs.

Certains environnements nous considéreront comme trop différents.

Chercher à appartenir partout conduit souvent à modifier constamment sa forme pour correspondre à celui qui se trouve en face.

Grandir psychologiquement consiste aussi à accepter :

« Ce groupe n’est peut-être simplement pas le mien. »

Ce constat peut faire mal.

Mais il peut également éviter de consacrer des années à demander une place dans un endroit où cette place n’existe qu’à condition de devenir quelqu’un d’autre.

À retenir

Le besoin d’appartenance n’est ni une faiblesse ni une preuve de dépendance.

Nous avons besoin de liens, de reconnaissance et de communautés dans lesquelles notre présence possède un sens.

Mais appartenir ne devrait pas signifier disparaître.

Un groupe peut nous influencer sans penser à notre place.

Nous pouvons lui être loyaux sans devenir aveugles.

Nous pouvons partager une identité sans perdre toutes les autres.

Et nous pouvons parfois quitter une appartenance devenue incompatible avec ce que nous sommes.

L’équilibre se trouve peut-être dans cette phrase :

« Je veux avoir une place parmi les autres, mais je ne veux pas devoir abandonner ma propre place en moi-même pour l’obtenir. »

Contenu d’information générale. Les techniques de soin et leurs indications demandent une évaluation adaptée à la situation.