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AUTONOMIE PSYCHOLOGIQUE

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AUTONOMIE PSYCHOLOGIQUE

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L’autonomie psychologique est la capacité à penser, choisir, décider et agir en restant suffisamment relié à ses propres valeurs, besoins et convictions, sans dépendre entièrement de l’approbation, des décisions ou des attentes des autres.

Elle ne signifie pas vivre seul, ne jamais demander conseil ou ne dépendre de personne.

Nous sommes des êtres relationnels. Nous avons besoin des autres, nous sommes influencés par eux et certaines décisions doivent nécessairement tenir compte de ceux avec lesquels nous partageons notre vie.

L’autonomie commence ailleurs :

pouvoir être en relation avec les autres sans leur abandonner entièrement la direction de sa propre vie.

Autonomie et indépendance ne sont pas synonymes

L’indépendance concerne davantage la capacité à fonctionner sans l’aide d’autrui dans certains domaines.

L’autonomie psychologique concerne la capacité à rester auteur de ses choix.

Une personne peut être matériellement dépendante et conserver une grande autonomie psychologique.

À l’inverse, quelqu’un peut vivre seul, gagner sa vie et organiser son quotidien tout en dépendant profondément du regard des autres pour savoir ce qu’il doit penser, choisir ou devenir.

On peut donc être indépendant sans être véritablement autonome.

Et dépendre de quelqu’un sur certains aspects de la vie sans perdre pour autant toute autonomie intérieure.

De l’enfance à l’autonomie

Le jeune enfant dépend naturellement des adultes.

Ils décident pour lui parce qu’il ne possède ni les connaissances ni les capacités nécessaires pour prendre seul toutes les décisions qui le concernent.

Grandir suppose que cette responsabilité soit progressivement transférée.

L’enfant choisit certaines choses.

Puis davantage.

L’adolescent remet certaines règles en question.

Le jeune adulte prend progressivement la direction de sa propre existence.

Ce passage n’est pas instantané.

L’autonomie se construit par l’exercice de l’autonomie.

Pour apprendre à décider, il faut avoir l’occasion de prendre des décisions.

Décider implique de pouvoir se tromper

C’est l’un des paradoxes de l’éducation.

Les adultes souhaitent que le jeune devienne autonome, mais peuvent vouloir simultanément lui éviter toute erreur.

Or une personne à laquelle on ne permet jamais de faire un mauvais choix n’apprend pas réellement à choisir.

Elle apprend surtout à attendre que quelqu’un de plus expérimenté décide pour elle.

L’autonomie suppose donc un droit progressif à l’erreur, dans des limites compatibles avec la sécurité.

Faire un choix.

En constater les conséquences.

Réajuster.

Choisir autrement la fois suivante.

C’est ainsi que se construit progressivement le jugement personnel.

« Qu’est-ce que tu en penses ? »

Certaines personnes adultes demandent presque systématiquement l’avis de leur entourage avant de décider.

Demander conseil n’est évidemment pas un problème.

Nous avons tous besoin de perspectives extérieures.

La difficulté apparaît lorsque l’avis devient une autorisation.

« Si tu penses que c’est bien, je le fais. »

« Si tu n’approuves pas, je n’ose plus. »

La personne ne cherche plus seulement une information supplémentaire.

Elle cherche quelqu’un qui assumera psychologiquement une partie de la décision.

Le poids de l’approbation

Nous aimons généralement être approuvés.

Un compliment fait plaisir.

Une validation rassure.

Un encouragement peut donner de la force.

L’autonomie psychologique ne consiste donc pas à devenir indifférent au regard des autres.

Elle apparaît lorsque l’absence d’approbation ne suffit plus, à elle seule, à déterminer notre comportement.

Une question devient alors possible :

« Si personne ne m’applaudissait pour cette décision, est-ce que je la considérerais toujours comme juste pour moi ? »

La peur de décevoir

Certaines personnes savent parfaitement ce qu’elles souhaitent mais n’osent pas agir parce qu’elles craignent de décevoir.

Les parents.

Le conjoint.

Les enfants.

Les amis.

La famille.

Elles peuvent alors construire une vie conforme aux attentes extérieures tout en ressentant progressivement qu’elle ne leur appartient pas.

Décevoir quelqu’un n’est pourtant pas toujours lui faire du mal.

Parfois, cela signifie simplement :

ne pas devenir la personne qu’il avait imaginée à notre place.

Les attentes familiales

Les familles transmettent des valeurs, des habitudes, des croyances et des représentations de ce qu’est une « bonne vie ».

Quel métier choisir.

Quand se marier.

Comment élever ses enfants.

Ce que signifie réussir.

Ce qu’une femme ou un homme devrait faire.

La manière dont on doit se comporter avec la famille.

Une partie de ces valeurs peut devenir librement nôtre.

Une autre peut être remise en question.

Devenir autonome ne signifie pas rejeter systématiquement ce qui a été transmis.

Cela signifie pouvoir se demander :

« Est-ce que je conserve cette valeur parce que je la reconnais comme mienne, ou uniquement parce que je n’ai jamais envisagé de la questionner ? »

Penser par soi-même

L’autonomie psychologique concerne aussi les idées.

Nous appartenons à des familles, des groupes, des milieux professionnels, des communautés et des sociétés qui influencent notre manière de voir le monde.

Aucune pensée humaine ne se construit complètement en dehors de toute influence.

Penser par soi-même ne signifie donc pas inventer ses opinions dans le vide.

Cela signifie pouvoir examiner une idée, la confronter à d’autres informations et décider si elle nous paraît suffisamment fondée pour être adoptée.

Recevoir une idée n’oblige pas à la conserver.

L’autorité

Une personne autonome peut reconnaître une autorité légitime.

Elle peut respecter une règle.

Suivre les conseils d’un professionnel.

Apprendre d’une personne plus expérimentée.

L’autonomie n’exige pas de contester tout ce qui vient de l’extérieur.

Elle exige de ne pas confondre :

« Cette personne possède une compétence que je n’ai pas »

avec

« Cette personne doit donc décider de tout ce qui est bon pour moi. »

L’expertise mérite d’être considérée.

Elle ne transforme pas automatiquement celui qui la possède en propriétaire de nos choix.

L’influence du groupe

Nous adaptons naturellement une partie de notre comportement au groupe auquel nous appartenons.

Cela facilite la vie collective.

Mais le désir d’appartenance peut parfois conduire à accepter une opinion ou un comportement que l’on aurait refusé seul.

L’autonomie se mesure alors dans une situation inconfortable :

être capable de rester en désaccord sans avoir immédiatement besoin de quitter le groupe ou de se soumettre à lui.

Il faut parfois supporter de ne pas être parfaitement aligné avec les autres.

Le besoin de plaire

Vouloir être apprécié est humain.

Mais lorsque le besoin de plaire devient central, chaque interaction peut se transformer en évaluation.

Ai-je dit la bonne chose ?

Est-ce qu’il m’apprécie ?

Est-ce que j’ai été assez gentil ?

Ai-je vexé quelqu’un ?

La personne adapte progressivement ses opinions, son comportement ou même sa personnalité à ceux qui l’entourent.

Elle devient très compétente pour détecter ce que les autres attendent.

Mais parfois de moins en moins capable de répondre à une question beaucoup plus simple :

« Et moi, qu’est-ce que je veux ? »

Dire non

Le refus constitue une manifestation importante de l’autonomie.

Dire non signifie reconnaître que la demande de l’autre ne crée pas automatiquement une obligation.

Cela ne signifie pas qu’il faut refuser toute contrainte ou toute responsabilité.

Nous avons des engagements.

Nous faisons des compromis.

Nous acceptons parfois volontairement quelque chose qui ne nous arrange pas.

L’autonomie réside précisément dans cette distinction :

je peux faire quelque chose pour quelqu’un sans considérer que je suis obligé de tout faire pour lui.

Choisir et assumer

L’autonomie ne consiste pas uniquement à réclamer le droit de décider.

Elle implique également d’accepter une part des conséquences de ses décisions.

Il est facile de dire :

« C’est ma vie, je fais ce que je veux. »

Il est plus difficile d’ajouter :

« Et j’assumerai autant que possible ce que mon choix entraîne. »

Liberté et responsabilité sont étroitement liées.

Sans responsabilité, l’autonomie risque de devenir simplement le refus de toute contrainte.

Le paradoxe du conseil

Plus une décision est importante, plus il peut être utile de demander plusieurs avis.

Mais plus nous demandons d’avis, plus nous risquons aussi de rencontrer des opinions contradictoires.

L’un dit :

« Vas-y. »

L’autre :

« Surtout pas. »

Un troisième propose autre chose.

À un moment, quelqu’un doit arbitrer.

Et pour notre propre vie, cette personne reste finalement nous-même.

Le conseil peut éclairer une décision.

Il ne peut pas supprimer la nécessité de décider.

L’erreur choisie et l’erreur imposée

Il existe une différence psychologique importante entre se tromper après avoir pris soi-même une décision et subir les conséquences d’une décision prise entièrement par quelqu’un d’autre.

Dans le premier cas, même lorsque le résultat est mauvais, la personne peut apprendre :

« Voilà ce que mon choix m’a enseigné. »

Dans le second, elle peut rester avec :

« Je savais que je ne voulais pas cela. »

Cela ne signifie pas que suivre un conseil est toujours une erreur.

Mais lorsque nous confions systématiquement nos décisions aux autres, nous leur confions aussi une partie de notre possibilité d’apprendre de nos propres choix.

L’autonomie dans le couple

Construire une vie à deux demande nécessairement des décisions communes.

Budget.

Logement.

Enfants.

Organisation.

Projets.

Mais le couple ne supprime pas les deux personnes qui le composent.

Chacun conserve des goûts, des relations, des pensées, des besoins et parfois des projets personnels.

Une relation peut devenir problématique lorsque l’un des partenaires doit constamment demander la permission pour des décisions qui devraient raisonnablement relever de son espace personnel.

La proximité n’exige pas la fusion.

Être ensemble ne signifie pas devenir une seule personne.

Aimer sans posséder

L’autonomie de l’autre peut être difficile à supporter.

S’il est libre, il peut faire des choix que nous n’aimons pas.

Il peut avoir des opinions différentes.

Des amis que nous n’aurions pas choisis.

Des activités auxquelles nous ne participons pas.

Et, plus profondément encore, il possède toujours la possibilité de remettre la relation en question.

Aucune relation humaine ne peut supprimer complètement cette liberté sans devenir une relation de contrôle.

Aimer une personne autonome suppose donc d’accepter quelque chose d’inconfortable :

elle reste avec nous parce qu’elle le choisit, pas parce qu’elle est privée de la possibilité de partir.

Autonomie et solitude

Certaines personnes confondent autonomie et isolement.

Elles refusent toute aide pour prouver qu’elles peuvent se débrouiller seules.

Mais être autonome ne signifie pas devoir tout porter seul.

Une personne autonome peut dire :

« J’ai besoin de toi. »

sans que cette phrase signifie :

« Je ne peux pas exister sans toi. »

Elle peut recevoir une aide sans céder la direction entière de sa vie.

La dépendance affective

Lorsque le sentiment de valeur, de sécurité ou d’existence dépend presque entièrement d’une autre personne, la séparation ou le désaccord peut devenir extrêmement menaçant.

La personne peut accepter des comportements qu’elle juge pourtant inacceptables par peur de perdre le lien.

L’autonomie psychologique ne supprime pas l’attachement.

Elle permet progressivement que l’attachement ne nécessite pas l’abandon de soi-même.

La dépendance affective fera l’objet d’un chapitre spécifique.

L’autonomie face aux critiques

Une critique peut être juste.

Partiellement juste.

Injuste.

Mal formulée.

Ou simplement fondée sur des valeurs différentes.

L’autonomie consiste à pouvoir l’examiner plutôt qu’à l’accepter ou la rejeter automatiquement.

On peut se demander :

Qu’est-ce qui est factuel ?

Qu’est-ce qui relève d’une opinion ?

Cette critique correspond-elle à quelque chose que je veux moi-même améliorer ?

Quel serait le prix du changement ?

Puis décider.

L’avis des autres devient alors une information à examiner, pas une sentence.

Changer d’avis

Être autonome ne signifie pas s’accrocher à une décision pour prouver que personne ne peut nous influencer.

On peut écouter un argument et reconnaître :

« Je n’avais pas vu les choses ainsi. »

Changer d’avis après réflexion est parfaitement compatible avec l’autonomie.

La question n’est pas :

« Ai-je été influencé ? »

Nous le sommes tous.

La question est :

« Après avoir examiné cette influence, est-ce que je fais maintenant cette idée mienne ? »

Se connaître

Il est difficile de diriger sa vie lorsque l’on ne sait pas ce qui compte réellement pour soi.

L’autonomie demande donc un certain travail de connaissance personnelle :

Quelles sont mes valeurs ?

Qu’est-ce que je refuse ?

Qu’est-ce qui est négociable ?

Qu’est-ce qui ne l’est pas ?

Quels sacrifices suis-je prêt à faire ?

Quels prix ne veux-je plus payer ?

Les réponses évoluent au cours de la vie.

L’autonomie n’est pas un programme écrit une fois pour toutes.

Elle implique aussi le droit de devenir différent de celui que l’on était.

Quand l’autonomie a été longtemps empêchée

Une personne qui a vécu pendant des années dans un environnement très contrôlant peut éprouver des difficultés importantes lorsqu’elle doit soudain décider seule.

La liberté elle-même peut devenir anxiogène.

« Et si je fais le mauvais choix ? »

Elle peut chercher rapidement une nouvelle personne capable de lui dire quoi faire.

Dans cette situation, l’autonomie peut se reconstruire progressivement à travers de petites décisions avant les grandes.

Choisir.

Observer le résultat.

Corriger.

Recommencer.

La confiance dans son propre jugement se construit aussi par l’expérience.

L’autonomie n’est jamais absolue

Nous sommes limités par la réalité.

Les lois.

Les ressources.

Les responsabilités.

La santé.

Les engagements.

Les besoins des personnes dont nous avons la charge.

Nous ne pouvons pas toujours faire exactement ce que nous voulons.

Mais ne pas pouvoir tout choisir ne signifie pas ne rien pouvoir choisir.

Même dans une situation contrainte, il reste souvent une différence entre :

ce qui m’est imposé, ce que je négocie, ce que j’accepte et ce que je décide.

Reconnaître ces différences permet de retrouver une marge d’action réelle sans prétendre que toutes les contraintes peuvent disparaître.

À retenir

L’autonomie psychologique ne consiste pas à déclarer :

« Je n’ai besoin de personne et personne n’a rien à m’apprendre. »

Elle consiste plutôt à pouvoir dire :

« J’écoute. Je réfléchis. Je tiens compte des autres et de la réalité. Puis j’assume la part de décision qui m’appartient. »

Nous pouvons recevoir des conseils sans leur obéir automatiquement.

Aimer sans nous effacer.

Changer d’avis sans nous soumettre.

Demander de l’aide sans abandonner notre pouvoir de décision.

Et accepter que certaines personnes soient déçues sans considérer que leur déception constitue nécessairement la preuve que nous avons mal agi.

Car devenir autonome ne signifie pas vivre sans liens.

Cela signifie pouvoir rester lié aux autres sans leur remettre les clés de sa propre existence.

Contenu d’information générale. Les techniques de soin et leurs indications demandent une évaluation adaptée à la situation.