LA SANTÉ AVANT TOUT · Psychologie
ATTENTION ET CONCENTRATION
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Nous utilisons souvent les mots attention et concentration comme s’ils désignaient exactement la même chose.
Ils sont étroitement liés, mais ils ne se confondent pas entièrement.
L’attention permet de sélectionner certaines informations parmi tout ce qui sollicite notre cerveau. La concentration correspond davantage à la capacité de maintenir cette attention suffisamment longtemps sur une tâche, une idée ou une activité.
Nous ne pouvons pas traiter consciemment tout ce qui nous entoure avec la même intensité.
À chaque instant, il faut donc choisir.
Et une grande partie de ce choix s’effectue sans que nous en ayons conscience.
L’attention est une ressource limitée
Pendant que vous lisez une page, de nombreuses informations continuent d’exister autour de vous.
Des sons.
La température de la pièce.
La position de votre corps.
Une conversation éloignée.
Une notification.
Une pensée.
Une sensation.
Pour pouvoir suivre le texte, le cerveau doit privilégier certaines informations et en laisser d’autres temporairement à l’arrière-plan.
L’attention fonctionne donc en partie comme un système de sélection.
Ce qui n’est pas sélectionné ne disparaît pas nécessairement.
Cela devient simplement moins prioritaire.
Nous ne décidons pas toujours de ce qui attire notre attention
Un bruit soudain peut interrompre une lecture.
Notre prénom prononcé dans une conversation voisine peut attirer immédiatement notre attention.
Un mouvement inattendu dans notre champ visuel peut nous faire tourner la tête.
Ces réactions ont une fonction évidente : un organisme qui serait incapable d’interrompre une activité lorsqu’un événement potentiellement important apparaît serait particulièrement vulnérable.
L’attention doit donc remplir deux missions qui peuvent entrer en concurrence :
rester suffisamment stable pour poursuivre ce que nous faisons, mais suffisamment flexible pour détecter ce qui mérite réellement de nous interrompre.
L’attention sélective
Lorsque plusieurs informations sont disponibles en même temps, nous pouvons orienter notre attention vers certaines d’entre elles.
Dans un restaurant bruyant, par exemple, nous pouvons suivre la conversation de la personne assise devant nous malgré les autres voix.
Cela ne signifie pas que les autres sons ont disparu.
Le cerveau privilégie simplement une source.
Cette capacité possède toutefois des limites.
Plus les informations concurrentes sont nombreuses, intéressantes ou imprévisibles, plus maintenir la sélection demande un effort.
L’attention soutenue
Certaines tâches exigent de rester attentif pendant une durée relativement longue.
Lire.
Conduire.
Écouter un cours.
Surveiller un processus.
Rédiger un document.
La performance n’est pas nécessairement constante pendant toute cette période.
L’attention peut fluctuer.
Un passage est parfaitement suivi.
Puis une pensée apparaît.
Quelques secondes ou quelques minutes plus tard, la personne découvre qu’elle continue à regarder le texte sans réellement savoir ce qu’elle vient de lire.
Cette fluctuation n’est pas exceptionnelle.
Être concentré ne signifie pas ne jamais perdre le fil.
Une partie de la concentration consiste précisément à remarquer que l’attention est partie et à la ramener.
La concentration n’est pas une immobilité parfaite
Nous imaginons parfois une personne concentrée comme quelqu’un capable de travailler plusieurs heures sans aucune interruption intérieure.
Cette image est trompeuse.
Même pendant une période de travail efficace, l’esprit peut produire des pensées sans rapport avec la tâche.
La différence se situe souvent dans ce qui se passe ensuite.
Une pensée apparaît :
« Je dois répondre à ce message. »
La personne concentrée peut constater cette pensée et continuer son travail.
Une autre ouvre immédiatement son téléphone.
Le problème n’est donc pas toujours l’apparition de la distraction.
Il est parfois la réponse automatique que nous lui donnons.
La distraction extérieure
Certaines distractions viennent de l’environnement :
notifications ; conversations ; télévision ; téléphone ; bruit ; mouvements ; sollicitations d’autres personnes.
Nous surestimons parfois notre capacité à leur résister.
Un téléphone posé sur la table peut suffire à créer une possibilité permanente d’interruption.
Même sans notification, la pensée peut surgir :
« Est-ce que quelqu’un m’a écrit ? »
Modifier l’environnement peut alors être plus efficace que demander continuellement à sa volonté de résister.
La meilleure stratégie n’est pas toujours :
« Je dois devenir plus fort que la distraction. »
Elle peut être :
« Je vais rendre cette distraction moins accessible pendant vingt minutes. »
La distraction intérieure
Toutes les interruptions ne viennent pas de l’extérieur.
Une inquiétude.
Un souvenir.
Une idée.
Une tâche oubliée.
Une sensation corporelle.
Une conversation passée.
L’esprit peut quitter le travail alors que la pièce est parfaitement silencieuse.
Supprimer les notifications ne suffit donc pas toujours.
Parfois, ce qui occupe l’attention est simplement plus important émotionnellement que la tâche présente.
L’effet des préoccupations
Il est difficile de demander à quelqu’un de « se concentrer » lorsque son esprit est mobilisé par une préoccupation importante.
Une personne qui attend un résultat décisif peut relire la même phrase plusieurs fois.
Un conflit peut revenir mentalement pendant le travail.
Une inquiétude financière peut occuper une partie des ressources attentionnelles.
Cela ne signifie pas nécessairement que la personne manque de discipline.
Une partie de son attention est déjà engagée ailleurs.
Le mythe du multitâche
Nous pouvons évidemment réaliser simultanément certaines activités, notamment lorsqu’une partie d’entre elles est fortement automatisée.
Mais lorsque deux tâches demandent toutes les deux une attention consciente importante, nous ne les traitons généralement pas avec la même efficacité en parallèle.
Nous passons plutôt rapidement de l’une à l’autre.
Écrire.
Lire un message.
Revenir au document.
Répondre.
Retrouver l’idée interrompue.
Chaque changement paraît minuscule.
Accumuler ces changements peut pourtant produire une perte importante de temps et de continuité mentale.
Le multitâche devient alors surtout une succession très rapide de tâches interrompues.
Le coût du changement de tâche
Après une interruption, nous ne retrouvons pas toujours immédiatement l’état mental précédent.
Il faut se rappeler :
Où en étais-je ?
Qu’est-ce que je voulais écrire ?
Quelle était l’étape suivante ?
Plus la tâche est complexe, plus ce retour peut demander d’effort.
Une interruption de trente secondes peut donc coûter davantage que trente secondes.
C’est pourquoi protéger certaines périodes de travail continu peut être particulièrement utile pour les activités qui demandent réflexion et construction.
Le téléphone et l’attention fragmentée
Le téléphone réunit dans un seul objet un nombre exceptionnel de sollicitations possibles.
Messages.
Actualités.
Réseaux sociaux.
Vidéos.
Jeux.
Courriels.
Achats.
Recherche.
Chaque consultation peut ouvrir plusieurs nouvelles possibilités.
On prend le téléphone pour vérifier l’heure et quelques minutes plus tard on se retrouve dans une activité qui n’avait jamais été prévue.
Le problème n’est pas nécessairement l’appareil lui-même.
Il est la facilité avec laquelle il permet à l’attention de changer immédiatement de destination.
Les notifications
Une notification transmet un message simple :
« Quelque chose vient d’arriver et pourrait mériter ton attention. »
Même lorsque l’information est sans importance, il faut résister à cette proposition.
Lorsque les interruptions sont nombreuses, une partie du travail de concentration consiste donc simplement à décider continuellement de ne pas regarder.
Réduire certaines notifications peut supprimer cette décision répétitive.
L’environnement cesse alors de demander en permanence :
« Veux-tu t’interrompre maintenant ? »
L’ennui
La concentration est plus difficile lorsque la tâche est monotone, répétitive ou perçue comme dépourvue d’intérêt.
Le cerveau cherche alors plus facilement une stimulation concurrente.
Quelques secondes d’ennui suffisent parfois pour ouvrir une application ou chercher autre chose à faire.
La disponibilité permanente de stimulations rapides peut rendre cette tentation encore plus facile.
Apprendre à rester quelques instants dans une activité peu stimulante fait donc aussi partie de la capacité attentionnelle.
L’intérêt
À l’inverse, nous pouvons parfois rester concentrés très longtemps sur une activité passionnante.
Le temps semble passer rapidement.
Les distractions deviennent moins importantes.
Cela montre que l’attention ne dépend pas uniquement d’une capacité générale.
Elle dépend aussi de la relation entre la personne et la tâche.
Une difficulté à se concentrer sur certaines activités ne signifie donc pas nécessairement une incapacité globale à être attentif.
La difficulté de la tâche
Une tâche trop facile peut provoquer l’ennui.
Une tâche extrêmement difficile peut provoquer le découragement ou l’évitement.
Entre les deux existe une zone dans laquelle l’activité demande suffisamment d’effort pour mobiliser l’attention sans sembler totalement inaccessible.
Lorsqu’une tâche paraît énorme, la concentration peut parfois être améliorée en réduisant l’objectif immédiat.
Non pas :
« Je dois terminer tout le dossier. »
mais :
« Je commence par cette partie. »
L’attention travaille mieux sur une action identifiable que sur une montagne abstraite.
La fatigue
Le manque de sommeil et la fatigue diminuent la capacité à maintenir l’attention.
La personne peut lire sans retenir, commettre davantage d’erreurs ou devoir fournir un effort inhabituel pour une tâche ordinaire.
Elle peut interpréter cela comme :
« Je suis incapable de me concentrer. »
Alors que la question peut être beaucoup plus simple :
« Dans quel état essaie-t-elle de se concentrer ? »
Une capacité cognitive ne fonctionne pas indépendamment de l’état général de la personne.
Stress et attention
Un certain niveau d’activation peut améliorer la vigilance.
Mais lorsque le stress devient important, l’attention peut se rétrécir autour de la menace.
La personne surveille davantage ce qui l’inquiète et dispose de moins de ressources pour le reste.
Sous pression, elle peut également chercher à aller plus vite et multiplier les erreurs.
Le stress n’empêche donc pas toujours de se concentrer.
Il peut surtout décider sur quoi l’attention va se concentrer.
L’attention et la mémoire de travail
Pour accomplir de nombreuses tâches, nous devons maintenir temporairement certaines informations disponibles.
Suivre une consigne en plusieurs étapes.
Faire un calcul mental.
Construire une phrase.
Comparer plusieurs éléments.
Si l’attention est interrompue, une partie de ces informations peut disparaître avant d’avoir été utilisée.
C’est pourquoi une interruption au milieu d’une tâche complexe peut provoquer cette expérience familière :
« Qu’est-ce que j’étais en train de faire ? »
Organiser l’environnement
Il n’existe pas un environnement parfait pour tout le monde.
Certaines personnes travaillent mieux dans le silence.
D’autres tolèrent ou apprécient un fond sonore.
Mais quelques principes peuvent être utiles :
réduire les interruptions évitables ; préparer ce qui sera nécessaire avant de commencer ; éloigner certaines distractions ; regrouper les tâches semblables ; définir une action précise.
Le but n’est pas de créer un laboratoire stérile.
Il est d’éviter de demander inutilement à l’attention de lutter contre vingt sollicitations simultanées.
Les pauses
Faire une pause n’est pas nécessairement perdre sa concentration.
Lorsque l’attention commence réellement à diminuer, continuer mécaniquement peut donner l’apparence du travail sans conserver son efficacité.
Une pause peut permettre de bouger, changer momentanément d’activité et revenir avec davantage de disponibilité.
Mais toutes les pauses ne se valent pas.
Une pause de quelques minutes peut devenir beaucoup plus longue si elle ouvre une activité conçue pour retenir l’attention.
Il est donc utile de distinguer :
interrompre volontairement une tâche pour récupérer
de
être capturé par une nouvelle activité sans avoir décidé de quitter la première.
Les méthodes chronométrées
Certaines personnes trouvent utile de travailler pendant une durée déterminée puis de faire une courte pause.
La méthode dite Pomodoro en est un exemple connu.
Elle peut aider lorsque la difficulté principale consiste à commencer ou à maintenir l’effort.
Mais le chiffre exact n’a rien de magique.
Une personne peut préférer vingt minutes, une autre quarante-cinq, une autre travailler jusqu’à la fin naturelle d’une étape.
L’outil doit servir la concentration.
La concentration ne doit pas devenir l’esclave du chronomètre.
Commencer
Parfois, le plus difficile n’est pas de rester concentré mais d’entrer dans la tâche.
On range le bureau.
On vérifie ses messages.
On prépare encore quelque chose.
On cherche une information secondaire.
On attend de se sentir prêt.
Une stratégie simple consiste à réduire fortement le seuil d’entrée :
ouvrir le document ;
lire la première page ;
écrire le premier paragraphe ;
travailler quelques minutes.
Une fois l’activité commencée, continuer peut demander moins d’effort que commencer.
Les pensées à ne pas oublier
Pendant une tâche, une autre obligation peut surgir mentalement :
« Il faut que j’appelle demain. »
La peur d’oublier maintient alors cette pensée active.
La noter rapidement peut permettre au cerveau de cesser de la garder en permanence au premier plan.
Une liste externe joue ainsi parfois le rôle de mémoire auxiliaire.
Elle permet de dire :
« Je n’ai pas besoin de traiter cela maintenant pour être certain de m’en souvenir plus tard. »
La concentration se travaille
Il serait excessif de présenter l’attention comme un muscle au sens littéral.
Mais certaines habitudes peuvent favoriser une meilleure capacité à rester engagé dans une tâche.
Lire plus longtemps sans consulter son téléphone.
Terminer une étape avant d’en ouvrir une autre.
Revenir volontairement à une tâche après une distraction.
Supporter quelques minutes sans stimulation supplémentaire.
Progressivement, on apprend surtout à mieux gérer la relation avec les distractions.
Quand les difficultés sont importantes
Des difficultés attentionnelles peuvent apparaître dans de nombreuses situations : fatigue, stress, anxiété, dépression, manque de sommeil, douleur, surcharge mentale, certains médicaments ou substances, difficultés neurologiques ou troubles spécifiques tels que le TDAH.
Il serait donc incorrect de conclure :
« J’ai du mal à me concentrer, donc j’ai un TDAH. »
Un symptôme peut avoir plusieurs explications.
Lorsque les difficultés sont anciennes, importantes, présentes dans plusieurs contextes ou affectent fortement la vie quotidienne, une évaluation professionnelle peut aider à comprendre leur origine.
Le TDAH sera traité séparément dans ce dossier.
Attention et volonté
Nous avons parfois une vision morale de la concentration.
Celui qui se concentre serait discipliné.
Celui qui se distrait manquerait de volonté.
La réalité est plus complexe.
L’attention dépend à la fois de la personne, de son état, de la tâche, de son intérêt, de l’environnement et des sollicitations disponibles.
La volonté joue un rôle.
Mais il est souvent plus intelligent de construire un environnement favorable que de transformer chaque minute de travail en combat contre soi-même.
À retenir
Se concentrer ne signifie pas parvenir à empêcher toute distraction d’apparaître.
Cela signifie surtout être capable de déterminer ce qui mérite notre attention maintenant, de protéger suffisamment cet espace et de revenir lorsque l’esprit s’en éloigne.
Dans un environnement qui multiplie les sollicitations, cette capacité devient particulièrement précieuse.
Nous ne pouvons pas empêcher le monde entier de réclamer notre attention.
Mais nous pouvons apprendre à ne pas répondre immédiatement à chaque sollicitation.
Car maîtriser son attention ne consiste pas à tout voir, tout écouter et tout traiter.
C’est aussi savoir dire, consciemment :
« Pas maintenant. »
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Contenu d’information générale. Les techniques de soin et leurs indications demandent une évaluation adaptée à la situation.