LA SANTÉ AVANT TOUT · Psychologie
ANXIÉTÉ
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L’anxiété fait partie du fonctionnement humain normal.
Avant un examen, un entretien, une décision importante, un voyage, une intervention ou une situation incertaine, il est naturel de ressentir une certaine tension. Cette réaction prépare l’organisme à faire face à ce qui pourrait arriver.
Le problème n’est donc pas l’existence de l’anxiété.
Il apparaît lorsqu’elle devient trop intense, trop fréquente, trop durable ou tellement envahissante qu’elle commence à organiser la vie à la place de la personne.
L’anxiété possède en effet une caractéristique particulière :
elle nous fait vivre aujourd’hui une partie des dangers que nous imaginons pour demain.
L’anxiété n’est pas la peur
La peur répond généralement à une menace présente et identifiable.
Un véhicule arrive rapidement vers nous : nous avons peur et nous nous écartons.
L’anxiété fonctionne davantage dans l’anticipation.
« Et si quelque chose arrivait ? »
Le danger peut être possible, improbable ou parfois très difficile à définir. Pourtant, l’organisme peut commencer à réagir avant même qu’il existe.
L’anxiété est donc largement orientée vers l’avenir.
Elle cherche à prévoir ce qui pourrait mal se passer afin de nous y préparer.
Cette capacité est utile.
Mais lorsqu’elle devient excessive, la préparation se transforme en inquiétude permanente.
Une fonction de protection
Il serait trompeur de présenter l’anxiété comme un ennemi inutile.
Elle possède une fonction.
Une légère anxiété peut pousser à vérifier un dossier avant de l’envoyer, préparer un examen, arriver à l’heure à un rendez-vous ou réfléchir aux conséquences d’une décision.
Sans aucune capacité d’anticiper les difficultés, nous prendrions probablement beaucoup plus de risques.
L’anxiété devient problématique lorsque le système de prévention commence à détecter des menaces partout, ou lorsqu’il exige une certitude qu’aucune vie humaine ne peut offrir.
Le besoin de certitude
Une grande partie de l’anxiété se nourrit d’une difficulté simple à résoudre :
nous ne savons jamais exactement ce qui va arriver.
On peut préparer un voyage sans savoir si le train sera à l’heure.
Passer un examen sans connaître les questions.
Commencer une relation sans savoir combien de temps elle durera.
Faire un projet sans garantie de réussite.
Attendre un résultat sans pouvoir le connaître à l’avance.
Pour certaines personnes, cette incertitude devient particulièrement difficile à supporter.
Elles cherchent alors davantage d’informations, de garanties et de confirmations.
Mais une nouvelle information ouvre parfois une nouvelle question.
Et la recherche de certitude recommence.
Le « et si… »
L’anxiété aime particulièrement cette formule.
Et si je me trompe ?
Et si je tombe malade ?
Et si je perds mon travail ?
Et s’il lui arrive quelque chose ?
Et si je n’y arrive pas ?
Le problème n’est pas que ces événements soient toujours impossibles.
Certains sont effectivement possibles.
Mais possible ne signifie pas probable, et probable ne signifie pas certain.
L’esprit anxieux peut pourtant traiter une possibilité comme si elle constituait déjà une menace imminente.
Anticiper n’est pas prédire
L’être humain possède une capacité extraordinaire à imaginer l’avenir.
Mais cette capacité produit facilement une illusion :
parce que je peux imaginer une situation avec précision, elle me paraît plus réelle.
Une personne peut construire mentalement toute la chaîne d’une catastrophe qui n’a jamais commencé.
Elle voit déjà les conséquences.
Elle imagine les réactions.
Elle prépare les réponses.
Émotionnellement, elle commence presque à vivre l’événement.
Pourtant, elle ne possède toujours qu’un scénario.
Une pensée sur l’avenir n’est pas une information venue de l’avenir.
L’inquiétude
L’inquiétude peut donner l’impression de résoudre un problème.
On tourne la situation dans tous les sens.
On examine les possibilités.
On cherche ce que l’on pourrait faire.
Lorsqu’elle conduit à une décision ou à une action, cette réflexion peut être utile.
Mais l’inquiétude devient circulaire lorsqu’elle répète les mêmes questions sans produire de nouvelle solution.
À ce moment-là, on ne réfléchit plus réellement au problème.
On le répète mentalement.
Problème réel ou problème hypothétique ?
Cette distinction peut être particulièrement utile.
Un problème réel existe maintenant.
« J’ai une facture à payer vendredi et je n’ai pas encore organisé le paiement. »
Il appelle éventuellement une action.
Un problème hypothétique existe pour l’instant uniquement sous forme de possibilité.
« Et si un jour je n’arrivais plus à payer mes factures ? »
Il peut être raisonnable de prévoir certaines choses.
Mais on ne peut pas résoudre aujourd’hui chaque problème que la vie pourrait éventuellement produire.
La question devient alors :
« Y a-t-il quelque chose de concret que je puisse faire maintenant ? »
Si oui, l’action peut remplacer une partie de l’inquiétude.
Si non, continuer à penser ne donne pas nécessairement davantage de contrôle.
Les manifestations physiques
L’anxiété n’existe pas uniquement dans les pensées.
Elle peut se manifester dans tout le corps :
tensions musculaires ; fatigue ; agitation ; accélération du cœur ; gêne digestive ; transpiration ; tremblements ; difficultés à dormir ; sensation d’oppression ; maux de tête ; difficultés de concentration.
Certaines personnes identifient d’abord leur anxiété par le corps.
Elles disent :
« Je ne pensais même pas être inquiet, mais mon corps était tendu en permanence. »
Le psychologique et le physique ne sont pas deux mondes complètement séparés.
Une anticipation mentale peut provoquer une réponse corporelle bien réelle.
L’attention se tourne vers la menace
Lorsqu’une personne est anxieuse, son attention peut devenir particulièrement sensible aux informations inquiétantes.
Dans une situation ambiguë, elle remarque davantage ce qui pourrait confirmer un danger.
Si elle attend une réponse importante, elle surveille son téléphone.
Si elle craint une maladie, elle remarque une sensation corporelle autrefois ignorée.
Si elle craint le rejet, elle analyse un silence, une expression ou un message plus court que d’habitude.
Cette vigilance peut créer une impression :
« Je vois beaucoup de signes inquiétants, donc mon inquiétude était justifiée. »
Mais plus on recherche certains signes, plus on a de chances de les remarquer.
L’interprétation
Un même événement peut recevoir plusieurs significations.
Un ami ne répond pas à un message.
Il travaille peut-être.
Son téléphone est peut-être éteint.
Il a peut-être oublié.
Il souhaite peut-être répondre plus tard.
L’anxiété peut sélectionner rapidement l’interprétation la plus menaçante :
« Il y a un problème. »
Puis le corps réagit à cette interprétation comme si elle constituait déjà un fait.
Une partie du travail psychologique consiste donc à distinguer :
ce que je sais, ce que je suppose et ce que je crains.
Le besoin d’être rassuré
Lorsqu’une inquiétude devient forte, demander confirmation à quelqu’un paraît naturel.
« Tu crois que ça va aller ? »
La réponse rassure.
Pendant quelque temps.
Puis une nouvelle pensée apparaît :
« Oui, mais est-ce qu’il en est vraiment sûr ? »
On demande alors à quelqu’un d’autre.
Ou on cherche sur Internet.
Ou on vérifie encore.
La réassurance peut donc produire un soulagement immédiat tout en renforçant progressivement l’idée :
« Je ne peux pas supporter cette incertitude sans obtenir une confirmation extérieure. »
Vérifier
La vérification fonctionne souvent de la même manière.
Vérifier une fois que la porte est fermée peut être parfaitement ordinaire.
Mais si le doute revient immédiatement après la vérification, une seconde vérification ne règle pas nécessairement le problème.
Elle peut apprendre au cerveau :
« Lorsque je doute, je dois vérifier. »
Le soulagement renforce alors la vérification.
Et le prochain doute devient encore plus difficile à laisser passer.
L’évitement
L’anxiété pousse naturellement à éviter ce qui semble dangereux.
Ne pas prendre la parole.
Ne pas conduire.
Ne pas voyager.
Ne pas téléphoner.
Ne pas rencontrer certaines personnes.
Ne pas commencer un projet.
À court terme, l’évitement fonctionne remarquablement bien :
la situation anxiogène disparaît.
Mais il possède un coût.
La personne n’apprend jamais si elle aurait réellement pu faire face.
Son monde peut alors commencer à se rétrécir autour de ce qu’elle considère encore comme suffisamment sûr.
Le paradoxe du contrôle
Plus une personne essaie de contrôler tous les risques, plus elle peut devenir consciente de tout ce qu’elle ne contrôle pas.
Elle prévoit davantage.
Elle vérifie davantage.
Elle anticipe davantage.
Et chaque précaution révèle une nouvelle possibilité.
La quête d’un contrôle absolu produit alors exactement l’inverse de ce qu’elle promet :
elle rend l’incertitude de plus en plus visible.
L’objectif psychologique réaliste n’est donc pas de tout contrôler.
Il est d’apprendre à distinguer ce qui dépend de soi de ce qui ne peut être garanti.
Anxiété et responsabilité
Certaines personnes anxieuses ne se décrivent pas comme peureuses.
Elles se considèrent comme responsables.
Elles veulent penser à tout.
Prévoir pour tout le monde.
Empêcher les erreurs.
Éviter les mauvaises surprises.
Leur anxiété peut même être socialement valorisée :
« Heureusement que tu penses à tout ! »
Mais une qualité peut devenir épuisante lorsqu’elle ne connaît plus de limite.
Être responsable ne signifie pas devoir prévoir l’imprévisible.
Quand l’anxiété concerne les autres
On peut également vivre dans l’anticipation de ce qui pourrait arriver à ceux que l’on aime.
Un enfant ne répond pas immédiatement.
Le conjoint est en retard.
Un parent âgé vit seul.
L’imagination remplit rapidement l’absence d’information.
L’amour peut alors être confondu avec la surveillance permanente.
Pourtant, s’inquiéter continuellement pour quelqu’un ne le protège pas nécessairement davantage.
Cela peut surtout faire vivre à celui qui s’inquiète des catastrophes qui ne se produiront peut-être jamais.
L’anxiété peut changer d’objet
Une personne peut croire avoir résolu son anxiété parce qu’un sujet disparaît.
Puis un autre prend sa place.
La santé.
Le travail.
L’argent.
Les enfants.
Le couple.
L’avenir.
Cela montre que le problème n’est parfois pas uniquement l’objet de l’inquiétude.
Il peut concerner plus largement la manière dont la personne réagit à l’incertitude, au risque et à l’absence de contrôle.
L’anxiété généralisée
Lorsque les inquiétudes deviennent excessives, difficiles à contrôler, concernent de nombreux domaines de la vie et s’installent durablement, elles peuvent s’inscrire dans un trouble anxieux généralisé.
La personne peut avoir l’impression que son esprit cherche continuellement le prochain problème.
Elle passe d’une inquiétude à une autre sans véritable période de repos mental.
Cette situation dépasse la simple tendance à « beaucoup réfléchir ».
Elle peut produire une souffrance importante et affecter le sommeil, la concentration, les relations et la qualité de vie.
Les troubles anxieux ne sont pas tous identiques
L’anxiété peut prendre différentes formes.
Elle peut être liée à des situations sociales, à des objets ou situations spécifiques, à la peur de paniquer, à des inquiétudes généralisées ou à d’autres mécanismes.
Ces situations seront abordées plus précisément dans les chapitres correspondants, notamment Phobies, TOC et phénomènes obsessionnels, Troubles anxieux, ainsi que dans notre chapitre précédent Angoisse et panique.
Il est important de ne pas transformer le mot « anxiété » en diagnostic unique couvrant toutes les expériences.
Peut-on supprimer toute anxiété ?
Ce ne serait probablement ni possible ni souhaitable.
Une vie totalement débarrassée de toute anxiété supposerait de ne plus anticiper aucun risque.
Le véritable objectif n’est donc pas nécessairement :
« Je ne veux plus jamais être anxieux. »
Il peut devenir :
« Je veux que mon anxiété cesse de décider à ma place. »
On peut ressentir une inquiétude et passer tout de même un examen.
Avoir peur du jugement et prendre la parole.
Être inquiet pour quelqu’un sans téléphoner dix fois.
Ne pas être certain et prendre néanmoins une décision raisonnable.
L’absence de peur n’est pas une condition obligatoire pour agir.
Revenir au présent
L’anxiété projette continuellement l’attention vers ce qui pourrait arriver.
Revenir au présent ne signifie pas prétendre que l’avenir n’existe pas.
Cela consiste à se demander :
« Qu’est-ce qui se passe réellement maintenant ? »
Non pas demain.
Non pas dans le scénario que l’on vient de construire.
Maintenant.
Parfois, le problème actuel nécessite une action.
Parfois, la seule chose réellement présente est la pensée d’un problème futur.
Faire cette distinction peut déjà modifier la manière de lui répondre.
Accepter une part d’incertitude
Aucune décision importante ne vient avec une garantie absolue.
Aimer quelqu’un comporte une incertitude.
Créer une entreprise comporte une incertitude.
Changer de travail comporte une incertitude.
Rester dans le même travail aussi.
Sortir comporte un risque.
Rester chez soi également.
Vivre consiste nécessairement à avancer avec une partie des informations manquantes.
La sécurité psychologique ne vient donc pas toujours de la certitude.
Elle peut aussi venir de cette conviction :
« Je ne sais pas exactement ce qui arrivera, mais je pourrai réagir à ce qui arrivera réellement. »
Quand demander de l’aide ?
Il peut être utile de consulter lorsque l’anxiété devient persistante, difficile à contrôler, provoque une souffrance importante ou commence à limiter les activités, les relations, les études, le travail, le sommeil ou les déplacements.
Une aide professionnelle peut également être pertinente lorsque les stratégies utilisées pour se rassurer — évitements, vérifications, demandes répétées de confirmation ou autres comportements — prennent elles-mêmes une place importante.
Certaines manifestations physiques peuvent avoir d’autres causes. Des symptômes nouveaux, importants ou inhabituels ne doivent donc pas être automatiquement attribués à l’anxiété sans évaluation appropriée.
À retenir
L’anxiété essaie souvent de résoudre une impossibilité :
obtenir aujourd’hui la garantie que demain se passera bien.
Plus elle exige cette garantie, plus elle découvre de nouvelles raisons de douter.
La sortie de ce cercle ne consiste pas à devenir imprudent ni à renoncer à préparer l’avenir.
Elle consiste à apprendre à faire une différence entre :
préparer ce qui peut l’être, agir sur ce qui dépend de nous et accepter qu’une partie de la vie restera toujours incertaine.
Parce que vivre ne demande pas de connaître l’avenir.
Cela demande surtout de pouvoir avancer sans exiger de le connaître entièrement.
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Contenu d’information générale. Les techniques de soin et leurs indications demandent une évaluation adaptée à la situation.