LA SANTÉ AVANT TOUT · Développement personnel
RESPONSABILITÉ PERSONNELLE — REPRENDRE SA PART DE POUVOIR
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La responsabilité personnelle est parfois présentée d’une manière brutale : nous serions entièrement responsables de ce qui nous arrive et il suffirait de mieux choisir pour obtenir une autre vie. Cette vision ignore une évidence : nous ne choisissons ni toutes nos circonstances, ni les décisions des autres, ni les événements auxquels nous sommes confrontés.
À l’inverse, considérer que notre vie dépend uniquement de ce qui nous arrive peut nous priver d’une partie de notre capacité d’action. Entre ces deux extrêmes se trouve une conception beaucoup plus utile de la responsabilité personnelle : distinguer ce qui ne dépend pas de nous de la part sur laquelle nous pouvons réellement agir, puis assumer cette part.
Prendre sa responsabilité ne consiste donc ni à tout contrôler ni à tout porter. C’est reprendre le pouvoir qui nous appartient sans nous attribuer celui que nous n’avons jamais eu.
Distinguer responsabilité et culpabilité
Être responsable d’une décision ne signifie pas devoir se condamner lorsqu’elle produit un mauvais résultat. Une décision peut avoir été prise avec les informations disponibles, puis se révéler mauvaise lorsque de nouveaux éléments apparaissent. Nous pouvons également commettre une véritable erreur sans que cette erreur définisse toute notre personne.
La culpabilité regarde souvent vers ce qui aurait dû être différent. La responsabilité cherche surtout ce qui peut être fait maintenant. Si nous avons causé un tort, elle peut demander de le reconnaître, de présenter des excuses, de réparer ce qui peut l’être et de modifier notre comportement. Si la situation ne peut plus être réparée, elle peut au moins nous permettre d’éviter de reproduire la même chose.
À l’inverse, nous pouvons nous sentir coupables de situations dont nous ne sommes pas responsables. Une autre personne peut être déçue par notre décision sans que nous ayons mal agi. Quelqu’un peut nous reprocher une limite légitime. Un événement peut avoir des conséquences douloureuses sans que nous en soyons la cause.
La responsabilité personnelle devient plus juste lorsque nous cessons de demander seulement « est-ce que je me sens coupable ? » et examinons plutôt « quelle était réellement ma part dans ce qui s’est passé ? »
Reconnaître ce qui ne dépend pas de nous
Nous ne contrôlons pas les décisions des autres, leur opinion, leurs réactions, les événements économiques, le passé, les accidents ni quantité de circonstances qui peuvent pourtant avoir des conséquences importantes sur notre existence.
Reconnaître cette limite ne signifie pas devenir passif. Cela évite simplement de gaspiller une partie de notre énergie à essayer d’obtenir un pouvoir que nous ne possédons pas.
Nous pouvons préparer une candidature sans contrôler la décision du recruteur. Nous pouvons construire une entreprise sans contrôler le marché. Nous pouvons expliquer clairement notre position sans contrôler la manière dont elle sera reçue. Nous pouvons prendre soin d’une relation sans pouvoir garantir qu’elle durera.
Lorsque nous confondons action et résultat, chaque résultat défavorable peut devenir une accusation contre nous-mêmes. Or notre responsabilité concerne principalement la qualité de ce que nous faisons avec les éléments sur lesquels nous avons effectivement une influence.
Rechercher sa marge d’action réelle
Une situation peut être fortement contrainte sans être totalement fermée. C’est souvent dans cette différence que se trouve notre marge d’action.
Nous ne pouvons peut-être pas changer immédiatement de travail, mais nous pouvons commencer à rechercher des possibilités. Nous ne pouvons pas modifier une décision déjà prise par quelqu’un d’autre, mais nous pouvons décider de notre réponse. Nous ne pouvons pas récupérer le temps perdu, mais nous pouvons choisir ce que nous faisons du temps qui reste.
Cette marge peut être très petite. Il faut éviter de la transformer artificiellement en pouvoir illimité. Certaines personnes traversent des situations où les possibilités sont réellement réduites et où aucune décision individuelle ne peut supprimer rapidement les contraintes.
Mais une petite marge reste différente d’une absence totale de marge. Identifier précisément ce qui dépend encore de nous permet de concentrer nos ressources sur un endroit où elles peuvent produire un effet.
Assumer ses décisions sans exiger qu’elles soient toujours bonnes
Décider implique la possibilité de se tromper. Si nous exigeons la certitude avant chaque choix, nous risquons de chercher constamment quelqu’un qui puisse décider à notre place ou nous garantir le résultat.
Assumer une décision ne signifie pas s’interdire de la modifier. Cela signifie reconnaître que nous l’avons prise avec certaines raisons et accepter d’observer ensuite ce qu’elle produit. Si les informations changent, nous pouvons changer de décision sans prétendre que la première n’a jamais existé.
Cette responsabilité est particulièrement importante lorsque nous sollicitons des conseils. Un avis extérieur peut enrichir notre réflexion, attirer notre attention sur un risque ou nous apporter une compétence que nous n’avons pas. Mais demander conseil ne transfère pas automatiquement la décision.
Lorsque plusieurs avis se contredisent, il nous revient finalement de choisir celui que nous suivons, de chercher davantage d’informations ou de décider autrement. Écouter les autres peut faire partie d’une décision responsable ; leur remettre systématiquement notre pouvoir de décision ne l’est pas.
Cesser d’attendre que les autres réparent ce que nous pouvons changer
Certaines situations ont réellement été créées par d’autres. Reconnaître notre pouvoir actuel ne signifie pas réécrire l’histoire et prétendre que nous en sommes responsables.
Cependant, la personne responsable de l’origine d’un problème n’est pas toujours celle qui pourra construire la solution. Cette réalité peut sembler profondément injuste. Nous pouvons devoir réparer dans notre propre vie les conséquences de décisions que nous n’avons jamais prises.
Refuser cette tâche au nom de son injustice peut être compréhensible, mais cela risque parfois de laisser notre avenir dépendre encore davantage de ce qui nous a déjà été imposé.
Reprendre sa part de pouvoir consiste alors à distinguer deux affirmations qui peuvent être vraies simultanément : « je ne suis pas responsable de ce qui m’a été fait » et « je peux devenir responsable de ce que je construis maintenant à partir de cette situation ».
La seconde affirmation n’efface jamais la première.
Ne pas porter la responsabilité des autres
Certaines personnes prennent facilement sur elles ce qui appartient aux autres. Elles anticipent leurs besoins, corrigent leurs erreurs, accomplissent ce qu’ils auraient dû faire et cherchent à éviter toutes les conséquences de leurs décisions.
Cette attitude peut naître de la générosité, du sens du devoir ou d’une organisation familiale et professionnelle ancienne. Mais elle peut progressivement créer une situation dans laquelle une personne porte plusieurs responsabilités tandis que les autres disposent de moins en moins de raisons d’assumer les leurs.
Aider ne signifie pas nécessairement prendre en charge. Nous pouvons soutenir quelqu’un, lui transmettre une information, offrir du temps ou participer à une solution sans devenir responsable de ses décisions.
La frontière dépend évidemment des situations. Certaines responsabilités sont réellement partagées, notamment dans une famille, une équipe ou un projet commun. Il faut alors clarifier qui fait quoi plutôt que supposer que chacun voit la répartition de la même manière.
La responsabilité personnelle comprend ainsi une compétence parfois oubliée : rendre aux autres ce qui leur appartient autant que reprendre ce qui nous appartient.
Transformer les explications en informations plutôt qu’en excuses permanentes
Comprendre pourquoi nous fonctionnons d’une certaine manière peut être extrêmement utile. Notre histoire, notre éducation, notre environnement et nos expériences expliquent une partie de nos habitudes et de nos réactions.
Une explication permet de comprendre le point de départ. Elle ne décide pas nécessairement de la suite.
Nous pouvons reconnaître qu’une difficulté possède des causes réelles tout en nous demandant ce qui peut être appris, modifié ou organisé différemment aujourd’hui. Cette démarche ne nie pas les causes ; elle refuse simplement de leur attribuer automatiquement un pouvoir définitif.
À l’inverse, la responsabilité personnelle ne doit pas devenir une injonction à dépasser toutes les difficultés par la volonté. Certaines contraintes ne disparaissent pas parce que nous les avons comprises. Dans ce cas, la responsabilité peut consister à les intégrer intelligemment dans nos décisions plutôt qu’à prétendre qu’elles n’existent pas.
Prendre la responsabilité de ce que nous répétons
Un événement isolé peut être accidentel. Lorsqu’une même difficulté apparaît continuellement, il devient utile d’examiner notre propre participation au mécanisme.
Nous pouvons rencontrer plusieurs fois des personnes différentes et reproduire avec elles le même type de conflit. Nous pouvons recommencer des projets avec enthousiasme et les abandonner toujours au même moment. Nous pouvons accepter trop d’engagements puis nous retrouver régulièrement débordés.
Cela ne signifie pas que nous sommes responsables de tout ce que font les autres dans ces situations. Il s’agit simplement d’observer ce qui, dans notre propre manière d’agir, reste suffisamment constant pour contribuer au résultat répété.
Cette observation peut être inconfortable, mais elle est également libératrice. Si une partie du mécanisme nous appartient, une partie peut potentiellement être modifiée par nous.
Faire de la responsabilité une source de liberté
La responsabilité peut sembler lourde lorsqu’elle est comprise comme une accumulation d’obligations. Pourtant, elle possède également une dimension profondément liée à la liberté.
Plus nous sommes capables de prendre certaines décisions, d’assumer leurs conséquences, de corriger nos erreurs et de construire nos propres réponses, moins nous dépendons de la présence permanente de quelqu’un qui devrait choisir, autoriser ou réparer à notre place.
Cette autonomie n’élimine pas le besoin d’aide. Nous pouvons être responsables de notre vie et avoir besoin des autres. Demander de l’aide peut même constituer une décision particulièrement responsable lorsque nous savons que nous ne possédons pas seuls les ressources nécessaires.
La responsabilité personnelle ne dit donc pas : « débrouille-toi seul ». Elle dit plutôt : « regarde honnêtement quelle part t’appartient et décide ce que tu vas en faire. »
À retenir
La responsabilité personnelle ne signifie pas être responsable de tout ce qui nous arrive. Une partie de notre existence dépend de circonstances, d’événements et de décisions que nous ne contrôlons pas.
Elle consiste à distinguer ce qui nous appartient de ce qui ne nous appartient pas : nos décisions, certaines de nos actions, nos réponses, nos engagements et la manière dont nous utilisons la marge dont nous disposons.
Assumer cette part ne signifie ni se culpabiliser ni porter la responsabilité des autres. Nous pouvons reconnaître une erreur, réparer ce qui peut l’être, changer de décision et demander de l’aide sans renoncer à notre responsabilité.
Reprendre sa part de pouvoir, ce n’est pas prétendre que nous contrôlons notre vie entière. C’est cesser d’abandonner aux circonstances ou aux autres la partie de notre vie sur laquelle nous pouvons encore réellement agir.
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