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ADDICTIONS ET DÉPENDANCES

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ADDICTIONS ET DÉPENDANCES

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Une addiction ne se résume pas à un manque de volonté. Elle correspond à une relation devenue difficile à contrôler avec une substance, une activité ou un comportement, au point que celui-ci peut continuer malgré ses conséquences négatives.

L’un des éléments essentiels pour comprendre l’addiction est justement ce décalage : une personne peut savoir qu’un comportement lui fait du mal, souhaiter sincèrement le réduire ou l’arrêter, et pourtant y revenir.

C’est ce qui rend les addictions particulièrement déroutantes, aussi bien pour la personne concernée que pour son entourage.

De l’habitude à la dépendance

Toutes les habitudes ne sont pas des addictions.

Nous répétons quotidiennement de nombreux comportements parce qu’ils nous procurent du plaisir, nous rassurent, nous facilitent la vie ou sont simplement devenus automatiques. Boire un café le matin, consulter son téléphone en se levant ou regarder une série le soir ne signifie pas automatiquement être dépendant.

La question apparaît lorsque la relation au comportement change.

Il peut progressivement devenir difficile à contrôler, occuper une place croissante dans les pensées et dans la vie quotidienne, provoquer une forte envie lorsqu’il n’est pas accessible et continuer malgré des conséquences que la personne elle-même juge problématiques.

La frontière n’est donc pas simplement déterminée par la fréquence.

Un comportement fréquent peut rester maîtrisé, tandis qu’un comportement moins fréquent peut déjà provoquer une perte de contrôle importante.

Pourquoi recommence-t-on ?

Notre cerveau apprend notamment à partir des conséquences de nos comportements.

Lorsqu’une action procure du plaisir, soulage une tension, diminue momentanément une émotion pénible ou permet d’échapper à une situation désagréable, elle peut être renforcée.

Le cerveau retient en quelque sorte :

« Cela m’a apporté quelque chose. »

Le comportement devient alors plus susceptible d’être répété.

Cette récompense n’est pas forcément du plaisir au sens classique. Pour certaines personnes, le comportement sert surtout à faire disparaître temporairement quelque chose de désagréable : anxiété, solitude, ennui, tension, tristesse, colère, sentiment de vide ou pensées envahissantes.

On ne cherche alors plus nécessairement à se sentir bien.

On cherche parfois simplement à se sentir moins mal.

Le circuit récompense–répétition

Les mécanismes de récompense jouent un rôle important dans l’apprentissage des comportements. La dopamine participe notamment aux processus liés à la motivation, à l’apprentissage et à l’anticipation d’une récompense.

Mais réduire l’addiction à « un problème de dopamine » serait beaucoup trop simpliste.

Une addiction résulte généralement de l’interaction de nombreux facteurs :

caractéristiques de la substance ou du comportement ;

apprentissages antérieurs ;

vulnérabilités individuelles ;

environnement familial et social ;

stress ;

disponibilité du produit ou de l’activité ;

habitudes ;

contexte émotionnel ;

expériences de vie ;

facteurs biologiques et psychologiques.

Deux personnes exposées au même comportement ne développeront donc pas nécessairement la même relation avec lui.

Le craving : quand l’envie devient pressante

Le terme craving désigne une envie particulièrement forte ou pressante de consommer une substance ou de reproduire un comportement.

Cette envie peut apparaître spontanément, mais elle peut également être déclenchée par un contexte associé à l’ancienne habitude.

Un lieu, une heure de la journée, une personne, une odeur, une émotion, une publicité ou même une pensée peuvent devenir des déclencheurs.

Quelqu’un qui a longtemps associé une activité particulière à un moment précis peut ainsi ressentir une envie presque automatiquement lorsque ce contexte réapparaît.

Le cerveau n’apprend donc pas seulement le comportement.

Il apprend aussi tout ce qui l’entoure.

Tolérance

Dans certaines addictions, notamment celles impliquant des substances, une tolérance peut apparaître : une quantité autrefois suffisante produit progressivement un effet moindre et la personne peut être amenée à augmenter sa consommation pour rechercher un effet comparable.

La tolérance n’est toutefois pas à elle seule synonyme d’addiction.

Elle constitue un élément possible parmi d’autres.

Dépendance physique et dépendance psychologique

Ces notions sont proches mais ne désignent pas exactement la même chose.

Une dépendance physique peut entraîner des manifestations corporelles lorsque l’organisme est privé d’une substance à laquelle il s’est adapté.

La dépendance psychologique concerne davantage le sentiment d’avoir besoin du produit ou du comportement pour fonctionner, se détendre, affronter une situation, supporter une émotion ou retrouver une sensation recherchée.

Les deux peuvent coexister, mais ce n’est pas toujours le cas.

Les addictions aux substances

Les addictions peuvent concerner notamment :

alcool ; nicotine ; cannabis ; opioïdes ; stimulants ; sédatifs et autres substances psychoactives.

Toutes les substances n’ont ni les mêmes effets, ni les mêmes risques, ni les mêmes mécanismes de dépendance.

Certaines peuvent également provoquer un sevrage potentiellement dangereux. C’est pourquoi l’arrêt brutal d’une substance ne doit pas être présenté comme une règle universelle : selon la substance, le niveau de consommation et la situation de la personne, un accompagnement médical peut être nécessaire.

Les addictions comportementales

La question devient plus délicate lorsque l’objet de l’addiction n’est pas une substance.

Certains comportements peuvent eux aussi devenir extrêmement envahissants.

Le jeu d’argent constitue l’exemple le plus clairement reconnu parmi les addictions comportementales. D’autres comportements — jeux vidéo, usages numériques, achats, activité sexuelle, alimentation ou exercice physique, par exemple — peuvent également devenir problématiques ou compulsifs, mais ils ne doivent pas tous être automatiquement qualifiés d’addictions.

C’est une distinction importante.

LSAT doit pouvoir parler d’un comportement problématique sans transformer chaque excès en diagnostic.

Les écrans et les réseaux sociaux

Le téléphone occupe une place particulière parce qu’il concentre une multitude de récompenses potentielles : messages, actualités, vidéos, jeux, achats, reconnaissance sociale, nouveauté.

La consultation répétée peut devenir extrêmement automatique.

Mais dire :

« Je regarde trop mon téléphone »

ne signifie pas nécessairement :

« Je souffre d’une addiction. »

Il faut regarder la perte de contrôle, la souffrance éventuelle, les conséquences sur la vie quotidienne et la capacité à modifier le comportement.

Pourquoi est-il si difficile d’arrêter ?

Parce qu’arrêter ne consiste pas uniquement à supprimer un comportement.

Il faut parfois remplacer la fonction que ce comportement remplissait.

Si une personne utilise systématiquement une substance pour diminuer son anxiété, supprimer la substance sans travailler sur l’anxiété laisse le problème initial intact.

Si le jeu permet d’échapper à l’ennui ou au sentiment d’échec, il faut également comprendre ce qu’il représente.

Si les réseaux sociaux remplissent un besoin d’appartenance, de reconnaissance ou de distraction, l’enjeu dépasse le simple temps d’écran.

La question utile devient donc :

« Qu’est-ce que ce comportement m’apporte, ou qu’est-ce qu’il m’évite ? »
Le cercle de l’addiction

Un mécanisme fréquent peut prendre cette forme :

déclencheur → envie → comportement → soulagement ou récompense → conséquence → nouvelle tension → nouvelle envie.

À force de répétition, certaines étapes deviennent presque automatiques.

Comprendre le cercle permet déjà de repérer plusieurs endroits où une modification devient possible : éviter certains déclencheurs lorsque cela est pertinent, différer la réponse, modifier l’environnement, trouver une autre réponse à l’émotion, chercher du soutien ou travailler sur la difficulté qui entretient le comportement.

La rechute

Une reprise du comportement après une période d’arrêt ne signifie pas nécessairement que tout le travail précédent est perdu.

Elle peut fournir des informations :

Qu’est-ce qui s’est passé juste avant ?
Quel contexte a changé ?
Quelle émotion était présente ?
Qu’est-ce qui avait jusque-là aidé ?
Qu’est-ce qui n’a pas résisté à cette situation ?

Cela ne signifie pas qu’il faut banaliser une rechute, surtout lorsqu’une substance présente un danger important.

Mais rechuter et abandonner ne sont pas synonymes.

L’entourage

L’addiction ne concerne souvent pas uniquement la personne qui la vit.

Les proches peuvent passer par la peur, la colère, l’épuisement, l’incompréhension, la surveillance, les menaces, les tentatives de contrôle ou la culpabilité.

Ils peuvent vouloir aider au point de commencer à organiser toute leur vie autour du comportement de l’autre.

Soutenir quelqu’un ne signifie pourtant pas pouvoir décider à sa place.

L’entourage peut lui aussi avoir besoin d’informations, de limites et parfois d’un accompagnement.

Comprendre sans excuser

Reconnaître les mécanismes psychologiques d’une addiction ne signifie pas nier la responsabilité d’une personne ni les conséquences de ses actes.

Comprendre explique ; comprendre n’efface pas.

Cette distinction est particulièrement importante lorsque l’addiction entraîne mensonges, dettes, violence, mise en danger ou souffrance de l’entourage.

On peut comprendre qu’un comportement soit difficile à contrôler tout en refusant certaines de ses conséquences.

Quand demander de l’aide ?

Il peut être utile de consulter lorsque la personne constate notamment :

une perte de contrôle répétée ; des tentatives d’arrêt infructueuses ; une place croissante accordée au comportement ; des conséquences professionnelles, financières, familiales ou physiques ; un besoin de dissimuler ; une souffrance importante ; ou l’impression que toute la vie commence à s’organiser autour du produit ou du comportement.

L’accompagnement dépendra de la situation : médecin, psychologue, psychiatre, professionnel spécialisé en addictologie, structure spécialisée ou psychothérapie.

Certaines situations nécessitent également une prise en charge médicale spécifique.

À retenir

Une addiction n’est ni une simple mauvaise habitude ni la preuve d’une faiblesse morale.

Elle se construit à l’intersection de l’apprentissage, de la récompense, des émotions, de l’environnement, des habitudes, de la biologie et de l’histoire individuelle.

Pour la comprendre, il ne suffit donc pas de demander :

« Pourquoi cette personne ne s’arrête-t-elle pas ? »

Il faut aussi demander :

« Pourquoi ce comportement a-t-il pris cette fonction et cette place dans sa vie ? »

C’est souvent là que commence réellement la compréhension psychologique.

Contenu d’information générale. Les techniques de soin et leurs indications demandent une évaluation adaptée à la situation.